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CHAPITRE II. — TRAITEMENT

cataracte dès le début de la vie, tandis que si vous avez affaire, chez un enfant, à une tumeur ou à une fistule lacrymale, il vaut mieux ordinairement attendre les effets du développement des organes, d'où peut résulter la guérison, sans l'intervention de nos moyens chirurgicaux. La présence des vers dans le tube digestif, la dentition, la grossesse, l'époque de l'établissement ou de la cessation des menstrues, le temps des règles, sont encore des circonstances auxquelles il faut avoir égard. Le riche, qui peut modifier à sa guise les conditions atmosphériques auxquelles il est soumis, peut, en général, être opéré en toute saison ; chez le pauvre, qu'il s'agit de traiter à domicile, la temporisation est souvent une précaution utile, quand il fait froid et surtout s'il règne un froid humide.

Il est plus convenable d'opérer le matin que l'après-midi. Le chirurgien, qui se conforme à cette conduite, a devant lui la journée tout entière pour visiter son malade et parer aux premiers accidents qui pourraient survenir, ce dont il s'acquittera plus commodément pendant le jour que pendant la nuit.

M. Mackenzie recommande avec juste raison de ne pas différer le moment d'une opération, quand il aura été une fois fixé. L'anxiété du malade, dit-il, s'accroît d'heure en heure, et il s'exagère considérablement les dangers qu'il redoute.

Nous nous occuperons successivement, dans cette section , de l'exercice des opérations oculaires, de l'appareil instrumental qui les concerne, de la position du malade et du chirurgien pendant leur exécution, du choix des aides, des pansements, du traitement consécutif, de l'opportunité des anesthésiques dans ces tentatives. La compression, si utile à la suite de quelques opérations et contre plusieurs maladies du globe et de ses annexes, l'application des caustiques, d'un usage journalier dans l'oculistique, et la paracentèse de la cornée trouveront éga- ' lement leur place dans cette partie de notre travail.

Article 1. — Exercice des opérations oculaires. — Ophthalmophantômes. —

Cataractes artificielles.

La branche oculaire de la chirurgie réclame, plus que toute autre, une main agile et légère, des sens fidèles et délicats. On a déjà fait dans la carrière un pas immense, lorsqu'on a eu le bonheur d'assister des maîtres habiles, et de s'habituer, sous leur direction, à la manœuvre de ce genre d'opérations; mais tout n'est pas là : il faut les avoir longtemps exécutées sur l'homme vivant pour devenir un opérateur consommé; l'agitation de l'œil, les contractions des paupières, l'écoulement des larmes, etc., fontmaître des difficultés qu'on n'apprend à vaincre que par la pratique.

Rien ne vaut le cadavre pour se familiariser avec le manuel des opérations oculaires. Nous recommanderons surtout, en ce qui concerne celles qui ont trait au globe , et principalement quand on s'exerce seul, le dilatateur palpébral de Kelley-Snowdcn ( pl. 1, fig. 5). Le cadavre, pour ces mêmes opérations peut être remplacé par un ophthalmophantôme garni d'yeux humains, ou, à leur «faut, d yeux de cochon, appareil qu'on établit sur une table, auprès d'une fenêtre. Dans les cliniques oculaires allemandes, on a recours à ce moyen d'instruction, que nous voyons avec regret délaissé , et pour ainsi dire inconnu on

France ; le chirurgien éloigné des grandes cités peut surtout y trouver une ressource précieuse. L'ophlhalniophanlômc dont nous nous servons , et que nous préférons à cause de sa simplicité, est celui qu'a adopté le professeur Ja?ger, dans les manœuvres' auxquelles il exerce ses élèves. 11 se compose d'un socle en bois d'un masque, d'un porte-œil en cuivre et d'une branche verticale qui soutient les dèui dernières parties de l'appareil; ces pièces se démontent, ce qui rend l'instrument très-portatif. Le porte-œil est organisé de telle sorte que le globe dont il est muni roule dans le sens de la pression qu'on lui imprime, disposition qui simule jusqu'à un certain point les mouvements de l'organe malade. Un aide, dont la main se place derrière l'appareil, peut faire cesser à volonté cette mobilité, l'exagérer dans telle ou telle direction, la rendre plus ou moins rapide, créant ainsi des obstacles auxquels ne s'attend pas l'opérateur. Quelques autres machines ont été imaginées dans le même but. L'ophthalmophanlôme de Sachs est figuré et longuement décrit dans la traduction de l'ouvrage de Weller

Des praticiens se sont occupés de produire dans le cristallin, sur des yeux de cadavres, des opacités artificielles destinées à faciliter l'exercice des opérations de la cataracte. Neuner (de Darmstadt) injecte dans l'appareil lenticulaire, et par sa face postérieure, quelques gouttes d'une solution de 30 centigrammes de sublimé corrosif dans 4 grammes d'alcool pur. Un moyen très-simple consiste à faire passer à travers la chambre postérieure, et à l'aide d'une longue aiguille qu'on engage par la sclérotique, un fil dont un des chefs est imbibé d'acide sulfurique étendu d'eau; le liquide qui se dépose sur le cristallin, pendant qu'on tire d'un côté à l'autre la portion humectée du fil, détermine quelquefois •la formation d'une opacité satisfaisante. Le procédé de l'immersion des yeux dans l'alcool présente l'avantage de ne pas occasionner la détérioration des instruments qu'on emploie pour la manœuvre, inconvénient dont ne sont point à l'abri les expédients dans lesquels on fait usage d'acides et de substances corrosives. Quelle que soit d'ailleurs la valeur de ces moyens, ils sont généralement abandonnés, comme à peu près inutiles. L'exercice de l'extraction ne gagne rien aux opacités de ce genre, et l'on peut très-bien s'en passer dans celui de l'abaissement et des autres modes d'attaquer la cataracte. J'ai dirigé, dans les manœuvres de chirurgie oculaire, un bon nombre de jeunes gens, que j'ai fait ensuite opérer, à ma grande satisfaction, sur le vivant, dès que j'étais sur de leur main, et je n'ai jamais éprouvé la nécessité de recourir aux cataractes artificielles. S'agit-il de les obtenir chez les animaux vivants, il suffit de piquer le cristallin avec une aiguille qu'on introduit par la cornée, vers sa périphérie. Quelques expérimentateurs procèdent en injectant de l'eau chaude dans le sac capsulaire.

i Weller, Traité des maladies des yeux , traduit par Riesler el Jallat , i. II, p. 26o, pl. VI.

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