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CHAPITRE 11. — TRAITEMENT. 18B

taffetas d'Angleterre, dont j 'avais fait usage dans les pansements pour corroborer la suture, et qui avait déteint sur les plaies. Comme celle sorte de tatouage est fort apparente, quoique peu difforme, elle doit être évitée, surtout chez les personnes du sexe ; la précaution de substituer le taffetas blanc au taffetas noir conduira au but désiré. Depuis que je l'emploie dans de telles circonstances, rien de semblable ne m'est arrivé dans ma pratique;

La suture entrecoupée ou à points séparés et la suture entortillée sont à peu près les seules qui entrent dans le domaine opbtbalmologique. Pour effectuer la première , on se sert de petites aiguilles recourbées en arc de cercle, aplaties dans le sens de leur concavité et de leur convexité, et à bords mousses. On les garnit d'un fil de soie ciré. La seconde se pratique avec des épingles courtes, appelées camions, ou mieux, avec les épingles dites de Carlsbad, dont la flexibilité permet au chirurgien de les recourber cà sa guise; on peut, pour en faciliter l'introduction , les engager entre les mors des pinces à torsion d'Amussat. Les épingles et le fil en huit de chiffre ayant été placés, on coupe avec de forts ciseaux les extrémités des tiges métalliques, puis on colle sous elles, sur le côté de chacune des lèvres de la plaie, une petite bandelette de taffetas d'Angleterre. Dans les solutions de continuité verticales ou obliques des paupières , qui intéressent le bord libre de ces organes, il est de règle d'appliquer la première aiguille près de ce bord, afin d'éviter autant que possible les échancrures vicieuses de ce dernier et le coloboma.

Le traitement, après les opérations, sera en barmonie avec la gravité de la lésion produite. 11 suffit souvent d'astreindre le malade au repos, de garantir l'œil des influences excitantes et de pratiquer sur la région oculaire des fomentations avec de très-petites compresses imbibées d'eau froide ou glacée. On doit, dans certains cas, appliquer des sangsues ou des ventouses, ouvrir même la veine du bras, avoir recours, en un mot, à toutes les ressources d'un traitement antiphlogistique énergique. Si l'on prescrit les pédiluves, il est plus convenable de les faire préparer avec du sel ou des cendres qu'avec la moutarde, dont les vapeurs peuvent donner lieu à des éternuements, funestes surtout après l'opération de la cataracte par extraction ou par abaissement. Les opiacés, la belladone, les mercuriaux, les purgatifs, les dérivatifs cutanés rendent encore des services signalés dans les circonstances de ce genre , comme nous le verrons dans la suite.

Quelques chirurgiens préfèrent le froid sec, à l'aide de la glace concassée, qu'on enferme dans des sachets imperméables, comme l'intestin du mouton ; le troid, dans ce procédé, agit sans mouiller, et son action est bornée aux parties sur lesquelles elle doit être sentie. M. Chassaignac couvre la région orbi taire d'une cuirasse de bandelettes de sparadrap entre-croisées , et applique sur cet appareil protecteur un sachet de baudruche contenant des petits fragments de glace, et assujetti à l'aide de deux rubans qu'on noue derrière la tète. M. Max. Langenbeck encadre l'œil dans un anneau de corne, représenté p. 107 t. XXIV des Annales d'uculistiqiic. C'est dans cet anneau qu'on place la glace enveloppée d'un morceau de linge. Nous sommes en mesure d'établir, d'après des expénences comparatives, que les compresses très-légères et imbibées d'eau froide ou

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glacée, que nous recommandons et que le malade peul renouveler lui-même autant qu'il le désire , constituent un mode de pansement bien plus commode et plus en harmonie avec la délicatesse de l'organe visuel que les sacs et autres appareils destinés h maintenir de la glace au devant de l'œil.

Article 5. — Emploi des anesthésiques.

Nous sommes aujourd'hui tellement familiarisés avec l'usage du chloroforme qu'on peut admettre, qu'administré avec les précautions convenables, il est à peu près exempt de danger, quel que soit l'âge des sujets qui y sont soumis. Toutefois, de nombreux désastres, arrivés dans la pratique de chirurgiens expérimentés, imposent à l'oculiste prudent le devoir de n'y recourir qu'en présence de motifs plausibles.

Nous employons le chloroforme chez les personnes timorées, indociles ou nerveuses, quand les malades surtout sont saisis d'une frayeur vive à la pensée d'une tentative opératoire. Nous en invoquons le secours lorsque l'irritabilité • les yeux enflammés et le blépharospasme rendent trop épineuse ou trop danger reuse une opération chirurgicale. C'est ainsi qu'on peut être contraint d'endoRmir des sujets pour leur extirper des corps étrangers, alors notamment que des essais d'extraction ont déjà été entrepris sans succès. Tel était le cas d'un de nus malades, menuisier, en proie depuis huit jours à une inflammation violente et à des douleurs atroces, par suite de la présence à l'œil droit d'un clou dont la tête était enfoncée dans cet organe.

L'extirpation du globe, son amputation partielle, l'ablation de grandes tumeurs, sont accompagnées de souffrances assez vives pour qu'il soit permis de les épargner au patient à l'aide du chloroforme. S'agit-il de quelques opérations bléphai'oplastiques, le calme produit par cet agent contribuera à imprimer à la manœuvre le degré de précision utile dans les entreprises de ce genre.

Les enfants, dont l'indocilité est si propre à contrarier le manuel des tentatives chirurgicales, seront soumis au chloroforme. Les moyens de contention que nous indiquerons pour le cas où il s'agit d'opérer les nouveau-nés de la cataracte sont tellement simples, tellement efficaces , qu'il nous parait superflu d'endormir, dans cette circonstance, les petits malades.

Le secours que nous fournissent l'élévateur de la paupière supérieure et la pique de Pamard nous dispensent, dans les conditions habituelles, d'endormir les malades qui doivent être soumis à l'extraction. Nous en dirons autant en ce qui concerne les autres modes d'opérer la cataracte chez les adultes. Nous ferons remarquer à cet égard que chez les sujets qui subissent l'extraction dans l'état d'anesthésie complète, la pupille se contracte immédiatement après la formation du lambeau et l'issue de l'humeur aqueuse, do même qu'elle se resserre dans celle condition chez les malades nfln endormis, quel que suit le degré de dilatation que lui aient imprimé les instillations mydriatiques. Dans la réclinaison également, une contraction spasmodique envahit la pupille au moment où l'obstacle rient d'être détourné de l'axe visuel. *

On évitera autant (pie possible d'user du chloroforme chez les sujets qu'on doil

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opérer du strabisme. Cette opération, peu douloureuse, et que les malades supportent parfaitement, n'est pas toujours achevée du premier coup par la division du muscle agent de la déviation. Il faut, après cette incision, étudier la direction que l'œil a prise et compléter souvent l'opération par quelques débridements supplémentaires. Or cette exploration sera faite bien plus convenablement, et les débridements ultérieurs seront mieux régularisés quand le malade se trouve dans les conditions habituelles que quand il est en proie au trouble qui peut succéder à l'intervention des anestbésiques.

Une jeune lîlleque je venais d'opérer d'un staphylôme de la cornée, sous l'influence du chloroforme, fut prise, au moment du réveil, de vomissements violents; je ne parvins à empêcher l'évacuation de l'humeur vitrée que par l'occlusion immédiate de l'organe. On considère généralement la position couchée et le soin d'opérer les malades à jeun comme les meilleurs moyens de prévenir les vomissements et d'autres accidents spasmodiques. M. A. Quadri, qui en redoute justement les pernicieux effets dans l'extraction , n'a recours au chloroforme , chez les sujets nerveux ou pusillanimes, que pour la taille du lambeau ; la division de la capsule et l'ablation de l'obstacle n'ont lieu que plus tard, quand le malade est sorti de sa léthargie. Des mouvements désordonnés se manifèstentils après le réveil, ils deviennent moms dangereux, au point de vue de l'effusion du corps vitré, à cause de la persistance des rapports anatomiques qui unissent le cristallin à cet organe.

Article 6. — Compression.

La compression, méthodiquement appliquée, peut rendre des services signalés à l'oculistique.

L'occlusion de l'œil, à l'aide de bandelettes de taffetas d'Angleterre qui maintiennent la paupière supérieure serrée contre le globe, constitue déjà, après l'extraction de la cataracte par la kératotomie supérieure, un moyen décompression sous l'influence duquel les bords du lambeau s'accolent aux lèvres correspondantes de la plaie. Ajoute-t-on à ce mode de pansement une dernière bandelette qui, croisant les bandelettes par lesquelles est effectuée l'occlusion, occupe, sur la paupière supérieure, la région qui correspond à la vulnération de la cornée, la compression est rendue plus efticace encore. Une contention plus forte estelle jugée nécessaire par suite de l'écartement du lambeau, d'où la crainte d'un travail suppuratif aux bords de la plaie, on peut l'exécuter avec des boulettes de charpie, et mieux avec des compresses graduées, qu'on applique transversalement sur la paupière supérieure, par-dessus les bandelettes de taffetas d'Angleterre déjà placées, et on les assujettit avec une bande.

Parfois la compression se montre utile, dans quelques kératocèles et dans des hernies iridiennes, quuid elles sont surtout de date récente. Elle peut avantageusement seconder la cautérisation d'une procidence de l'iris, qu'elle recon naisse pour cause une opération de cataracte par extraction, ou qu'elle ait une autre origine. Mais ici , comme dans toutes les conditions qui se prêtent à l'emploi de cet expédient thérapeutique , il doit être mis en harmonie avec la déli-

'PO UVRB ). — CONSIDERATIONS OÉNÉRALBS.

catessc tlcrorganc et les tolérances individuelles. l)onne-t-il lieu à des douleurs et à de l'exaspération dans les accidents inflammatoires , force est d'en interrompre l'emploi, de le cesser même quelquefois tout à fait.

Quand la cornée est ramollie, infiltrée, menacée de perforation, l'imminence de celle-ci n'existerait-elle que sur un seul point de la membrane, j'ai toujours le soin d'en soutenir la face antérieure, prèle à céder, opposant ainsi un contrepoids à la contraction des muscles oculaires. Il suffit, dans de telles circonstances, d'une simple compresse de petite dimension , qu'on fixe sur les paupières avec une bande étroite.

On a invoqué la compression avec fruit contre quelques tumeurs érectiles de médiocre volume, quand la position de la télangieclasie vers l'une des commissures palpébrales ou vers quelque autre point de la périphérie extérieure de l'orbite mettait le chirurgien à même de la tenir aplatie contre la région osseuse correspondante. On peut en seconder l'action en plaçant entre la tumeur et l'appareil qui la comprime un linge plié en plusieurs doubles et chargé d'un remède astringent, comme une forte dissolution d'alun. C'est ainsi que Carron père guérit, en moins de six semaines, un jeune sujet atteint au grand angle, d'un nœvus qui, au commencement du onzième mois de l'enfant et à la suite d'une coqueluche, avait acquis les dimensions d'une baie d'airelle.

Le traitement de quelques orbitocèles peut trouver dans la compression un secours utile. Hope ayant extirpé une tumeur située vers la paroi interne de l'orbite et détruit, avec la pierre infernale, quelques excroissances molles et fongueuses, l'œil restait immobile et déjeté vers la tempe. Ce chirurgien eut alors recours à un bandage que l'on serra graduellement, et qui rendit à l'organe sa situation naturelle et la liberté de ses mouvements.

A une époque où l'on considérait le relâchement des parois du sac comme la cause de la rétention des larmes dans ce réservoir, on croyait pouvoir en triompher, en produisant mécaniquement l'affaissement de la tumeur. La facilité avec laquelle elle se vide habituellement par la pression a donné lieu de penser que cette dernière, longtemps soutenue, était la ressource la plus efficace; de ces erreurs naquit la compression permanente. Employée par Fabrice d'Aquapendente, Dionis, Heister, etc., elle a été exécutée de mille manières. Laurent Verduc enseigne de la pratiquer avec une série de compresses en demi-lune et de dimensions différentes; la pyramide qui en résulte est placée, par son sommet, sur la région du sac, sa convexité dirigée vers le nez, et on l'assujettit à l'aide d'une, bande. La planche XIII du Dictionnaire oplilhalmologiquc de Wenzel nous offre, sous le nom de bandage lacrymal, le eompressorium modifié de Fabrice, tel que J.-L. Petit l'a lui- même.employé plusieurs fois, mais qu'il finit par abandonner. 11 se compose de deux demi-cercles d'acier , soudés crucialement ensemble à leur partie moyenne ; l'un s'applique par sa concavité, de l'occiput au front, tandis que l'autre se place de la tempe gauche à la tempe droite. A l'extrémité frontale de la tige anléro-postérieure est adaptée une troisième pièce, garnie d'une pelote, laquelle est destinée à appuyer sur la fumeur; cette pièce est mobile, car une vis qui traverse la tige antero-postérieure éloigne <"i rapproche de cette dernière, au gré du chirurgien, la branche munie du coussi-

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