CHAPITRE II. — TRAITEMENT. i
J'ai souvent recours à la pierre infernale \ dans un grand nombre de conditions qui seront signalées plus lard. Dans d'autres, dans les conjonctivites granuleuses, par exemple, aiguës ou chroniques, je préfère les solutions de nitrate d'argent cristallisé, portées sur la région affectée avec un pinceau à miniature. D'une application moins douloureuse que celle du crayon, ces solutions ont sur lui l'avantage d'offrir moins de dangers, au point de vue de la transparence de la cornée, si le caustique se propageait à cette membrane. Elles ne donnent jamais lieu à l'entropion ni au symblépharon. Trois numéros de ces liquides répondent à tous les besoins de ma pratique. Le numéro 1 contient 1 gramme de nitrate d'argent pour 8 grammes d'eau ; le numéro 2, 2 grammes de ce sel pour 8 de véhicule; le numéro 3 se compose de parties égales des deux éléments. Les deux premières solutions sont surtout applicables aux conjonctivites granuleuses et aux ophthalmo-blennorrhées ; le dernier numéro, caustique énergique, me sert dans des cas où plusieurs praticiens emploieraient le crayon : ulcérations interciliaires, hernies de l'iris, etc. Dès que les paupières ont été touchées avec le caustique, on peut en neutraliser le surplus, en portant, sur leur paroi interne, avec un pinceau, une solution d'une partie de sel marin sur dix parties d'eau. Il m'arrive souvent de ne pas avoir recours à ce dernier liquide, faisant immédiatement plonger la paupière cautérisée, que je continue à maintenir retournée, dans un vase rempli d'eau froide.
La coïncidence existant entre quelques phlegmasies ophthalmiques et l'inflammation chronique des fosses nasales, chez les sujets lymphatiques, a porté le docteur Morand (de Tours) à considérer les conditions de la membrane olfactive comme un point de départ fréquent des accidents du côté des yeux, la phlogose de la muqueuse nasale s'étendant à la muqueuse oculaire à travers les voies lacrymales. Il suit de là, dans l'opinion de M. Morand, que le meilleur moyen de traiter ces ophthalmies et de couper le mal dans sa racine consiste à s'adresser aux fosses nasales. Tantôt il y pratique des cautérisations avec un crayon de pierre infernale enchâssé dans un tuyau de plume ou dans tout autre tube, l'extrémité du caustique ne dépassant celle du tuyau que de 6 ou 8 millimètres; tantôt il dépose dans la cavité olfactive une pommade concentrée de nitrate d'argent. Celte dernière est également introduite dans un tube ouvert à ses deux extrémités et contenant le corps gras jusqu'eà la moitié environ de sa longueur; elle est poussée dans la narine avec une tige de bois, qu'on engage dans l'orifice externe de l'appareil; le malade doit se livrer à quelques aspirations pour que le remède pénètre plus avant. Bien que ces applications paraissent avoir été suivies de résultats généralement satisfaisants, dans le service de M. Morand, à l'infirmerie de la colonie de Mcttray, et dans les essais tentés à la Pitié par MM. Bérard et Tavignot, qui employèrent à cet effet une pommade composée d'une partie de nitrate d'argent pour dix parties d'axonge , cette pratique est à peu près tombée dans l'oubli. C'est surtout dans quelques affections
>On trouve à 1.. pharmacie Pelletier, rue Jacob, des crayons de pierre infernale trèsdéliés, qui ont éié coulés dans des lingolières d'un petit diamètre. Pcriélrant avec facilite dans des passages étroits, ils sont fort utiles dans la pratique ophlhalmolBgiqitc,
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lacrymales compliquées d'ozone, avec ulcérations et fongosités de la membrane de SchtïBider, que la cautérisation îles fosses nasales mérite d'être prise en considération sérieuse.
Le docteur Deleau m'a dit avoir dissipé un bon nombre des conjonctivites, accompagnées de surdité, en guérissant l'inflammation de la membrane olfactive. Dans l'espèce, la surdité s'explique par la propagation du travail phlcgmasique de la membrane pituitaire à la trompe d'Kustache.
Article 8. — Paracentèse de la cornée.
On peut établir en thèse générale que la ponction de la cornée a pour objet l'accomplissement d'une double indication. Tantôt on se propose d'imprimer une délente au bulbe visuel, en provoquant l'évacuation de l'humeur aqueuse; tantôt on a pour but de solliciter l'expulsion d'amas puriformes ou sanguins accumulés dans la cavité de l'organe.
S'agit-il simplement d'obtenir l'écoulement de l'humeur aqueuse, le malade s'assied ; on en fait soutenir la tète par un aide, ou, à défaut de ce dernier, on l'appuie contre l'embrasure d'une croisée ou contre un mur ; on assujettit les paupières avec le dilatateur palpébral de Kelley-Snowden (pl. 1, lig. o) ; puis le chirurgien fixe l'oeil avec l'indicateur posé sur la sclérotique, vers le grand angle, ou avec ce doigt porté au haut du globe et le pouce appliqué sur la région opposée de cet organe, comme s'il s'agissait de le saisir entre ces deux doigts. Cela fait, l'opérateur effectue la ponction dans la cornée, près du bord de cette membrane, en dehors et en bas. Il importe peu, d'ailleurs, que la ponction soit faite un peu plus haut ou un peu plus bas qu'au point qui vient d'être indiqué. L'aiguille à paracentèse de M. Desmarres (pl. 3, lig. 12) m'a paru fort commode pour pratiquer cette petite opération, qui n'offre aucune difficulté et n'occasionne aucune douleur. La lame ayant été enfoncée jusqu'à sa base, pourvue d'un épaulemcnl transversal qui l'empêche de pénétrer plus avant, on dégage lentement de l'œil la tige métallique, en lui imprimant un léger mouvement de rotation sur son axe, afin de rendre béante la solution de continuité et lui permettre de livrer au liquide un passage facile. L'adossement de l'iris à la cornée indique que le résultat a été obtenu.
Il faut avoir soin, pendant cette manœuvre, défaire marcher la lame parallèlement à la cloison iridienne. 11 convient même d'en diriger un peu la pointe en avant, comme s'il s'agissait d'aller atteindre le centre de la cornée. Si la pointe était inclinée en arrière, on risquerait de blesser l'iris et même la cristalloïdc antérieure. L'opération terminée, il suffira de prescrire l'occlusion de l'œil et quelques fomentations réfrigérantes.
La ponction de la cornée, entreprise dans le but de provoquer l'évacuation d'un hypopyon ou d'un hypohéma, sera placée, plus favorablement dans une partie déclive de la chambre antérieure, c'est-à-dire sur le segment inférieur du miroir, vers son union à la sclérotique. L'ouverture devant être plus grande que celle qu'on obtient avec l'aiguille à paracentèse, il est plus convenable de la pratiquer avec le couteau-lance droit (pl. 3, fig. I) ou coudé, qui sera manmu-