LIVRE III. CHAPITRE IV
d'ètre remboursables contre espèces, ce qui ne peut avoir lieu que par une dérogation formelle à la loi commerciale par excellence, à la loi des contrats. Lorsque des actes de gouvernement autorisent de telles dérogations, on entre dans l’arbitraire : la banque de circulation proprement dite n’existe plus et il ne reste à sa place qu'une fabrique de papier-monnaie bien ou mal administrée. Nous nous occuperons plus loin des établissements placés dans cette situation : ici nous ne parlons que des banques vraiment commerciales, dont les billets à vue et au porteur sont échangés contre espèces à bureau ouvert.
Le mécanisme de ces établissements repose tout entier sur le principe de la limite naturelle des émissions, telle que nous venons de l’indiquer. Ce principe est la base même de leur existence, le point de repère sur lequel une direction intelligente règle toutes les opérations et tous les mouvements d’une banque de circulation.
§ 3. Comment les banques de circulation utilisent leur crédit.
Il existe des banques de circulation qui jugent à propos de n’user que par exception du crédit qu’elles obtiennent du public par les émissions de billets ‘ ; mais ces banques sont en petit nombre : on peut les comparer à un grand seigneur qui aurait pour son usage une belle et forte locomotive employée à le conduire jusqu’à l’église du village, les dimanches et les jours de fêtes.
D’autres banques, en plus grand nombre, veulent user du crédit qu’elles obtiennent du public par l’émission de leurs billets et l’appliquer, autant qu’il est possible, à l’escompte des effets de commerce. C'est en observant bien leur marche et les résultats obtenus par elles qu’on parvient à bien comprendre en quoi consiste la puissance des banques de circulation.
Reprenons la supposition, faite plus haut, d'une banque de circulation qui ouvre ses opérations sur un marché où il n’existe
* Deux came* peuvent amener ces banques à pratiquer cette p litique : ou elles sont trop considérables pour n’ëtre pas forcées d'adopter une procédure méticuleuse tt uniforme qui éloigne des demandes de crédit; ou elles ont pour actionnaires des banquiers, intéressés à cc que la Banque ne leur enlève pas des affaires qu’ils tiennent è conserver.
BANQUES DE CIRCULATION. 187 x
aucun établissement de ce genre. La limite absolue de la circulation monétaire sera représentée par 100, et la limite des émissions possibles, d’après la coupure des billets, sera égale à 70. Nous faisons abstraction des dépôts particuliers; nous supposons le crédit complet et le papier escompté de première valeur : la banque se forme au moyen d’un capital représenté par un portefeuille plein de papier à courts jours et commence ses opérations.
Elle emploie son capital propre à l’escompte et fait tous ses paiements en billets au porteur. Comme elle reçoit d’abord en espèces, par les recouvrements, autant ou à peu près quelle paie en billets, le chiffre de la circulation n’est pas altéré : les émissions, par exemple, s’élèvent à 20, et une somme égale d’espèces entre dans les caisses de la banque. Lorsque les échéances du portefeuille et des effets remis à l’encaissement arrivent et que le garçon de recette se présente chez les négociants, quelle monnaie lui donnent-ils? Des écus de préférence, d'abord parce qu’ils représentent encore 80 °/0 dans la circulation et que les billets, plus commodes pour les échanges, sont préférés et recherchés. Les choses se passant ainsi, la banque augmente le chiffre de ses escomptes et, par conséquent, ses émissions : peu à peu ses billets remplacent les espèces métalliques qui viennent successivement s’accumuler dans ses caisses jusqu’à la limite de 70.
Alors la banque se trouve dans une situation étrange : ses billets émis s’élèvent à la limite de 70 et cependant le crédit qu’elle obtient du public ne lui sert à rien , parce qu’elle n’a point prêté les capitaux ainsi obtenus : sa position, quant au produit, est semblable à celle d’un banquier qui aurait en caisse le montant de tous les dépôts exigibles sur demande que les particuliers lui auraient confiés.
La banque donc, voulant user de son crédit et en tirer bénéfice, augmente ses escomptes d’une quantité que nous supposerons égale à 15, et élève d’autant le chiffre de ses émissions. La circulation monétaire se trouve portée à 1 15, dont 30 en espèces indispensables aux petits paiements et aux appoints et 85 en billets. La monnaie se trouve dépréciée de 15 °/0, ou en d’autres termes le prix des marchandises s’élève d’autant : aussitôt les marchandises du dehors viennent sur ce marché où les ventes sont avantageuses, et elles continuent jusqu'à ce que l’exportation des