‹ Traité théorique et pratique des opérations de banque (volume 2)Chapitre 127 sur 328 · LIVRE III. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE IV

bitué à l’usage de la monnaie de papier. En France, au contraire, les banques départementales étaient exposées à de fortes demandes chaque lois que le commerce qui employait leurs billets allait aux achats dans la campagne, qui sous ce rapport pouvait être assimilée à un pays étranger.

11 n'y a ni règle, ni mesure lixe pour le rapport qui doit exister entre l'encaisse et les émissions de billets d’une banque de circulation, parce que les habitudes et les besoins du commerce varient en chaque pays, et meme dans chaque localité. Mais dès qu’une banque a quelques années d’existence , il lui est bien facile, en mesurant les mouvements ascendants et descendants de son encaisse métallique , et en étudiant les causes de ces mouvements , de voir si elle a gardé en réserve des espèces dont elle pouvait se passer. Si, par exemple, son encaisse métallique, représenté par 100, a varié longtemps entre ce chiffre et 50, il est évident que la banque a conservé en caisse une somme de 40 environ, dont elle avait la faculté de disposer et qu’elle peut hardiment donner à celte somme un placement productif.

En effet une fois qu’une banque a porté ses émissions au chiffre qu'il convient au public d’accepter et de conserver, soit qu’elle garde en caisse les espèces remplacées par ses billets, soit qu’elle en emploie la valeur aux escomptes et en provoque l’exponation ou la fonte, cette circonstance n’influe en rien sur les besoins de numéraire que le marché peut éprouver. Les habitudes du commerce restant les mêmes, il est probable qu’il aura à peu près les mêmes besoins, tant qu’il ne se produira aucun fait nouveau et considérable de nature à les faire changer. Il importe donc fort peu, quant au service monétaire, que le numéraire inutile soit dans la caisse de la banque ou aux antipodes , et il est fort important pour la banque et pour la production en général que l’on ne garde pas dans une cave une somme de numéraire dont on n’a nul besoin, comme un avare garde son trésor.

§ 5. — Quelles affaires conviennent aux banques de circulation.

Les ressources que l’émission des billets à vue et au porteur fournissent aux banques de circulation sont infiniment moins mobiles que les dépôts particuliers des banques de première

classe. Une fois que le public est habitué à l’usage des {billetsmonnaie, il n’en demande jamais le change par fantaisie et par caprice. Une banque de circulation dont les affaires sont bien conduites peut compter sur la durée de son crédit de billets, tant que le commerce extérieur ou une panique politique ne feront pas accourir les porteurs à sa caisse. Elle peut donc faire, contrairement à l’opinion établie en France, des placements à plus longue échéance que les banques ordinaires qui opèrent sur des dépôts particuliers.

Lorsqu’une banque de circulation est ancienne, elle peut considérer son minimum de circulation comme un dépôt permanent et faire avec les capitaux de ce dépôt, des placements à long terme. Je ne dis pas qu’elle doive le faire, ni surtout qu’elle ne doive pas réfléchir beaucoup avant de s’engager dans cette voie; mais seulement qu’il ne faut avoir sur ce point ni préjugés, ni craintes superstitieuses. Les banques d’Écosse prêtent couramment sur hypothèque et celles des États-Unis n’y répugnent pas. La Banque d’Angleterre et celle de France même ont fait, par dérogation à leurs statuts et par exception, quelques placements dè ce genre et cette circonstance n’a point altéré leur crédit.

L’expérience a prouvé bien d’autres choses que les théoriciens n’avaient pas même soupçonnées et, par exemple, que les oscillations de caisse des banques de circulation établies dans des contrées agricoles étaient moindres que celles des banques de même nature établies dans de grands centres industriels et commerciaux. Comment s’en étonner? Les agriculteurs ne vont point faire des achats par masses au dehors, et ceux avec lesquels ils ont affaire étant habitués au crédit, il n’y a point par leur fait d’exportation d’espèces, partant point de présentation au change des billets émis par les banques. Les districts agricoles, où le crédit est ordinairement peu développé, ne connaissent point non plus les crises périodiques, si dangereuses pour les banques établies dans les grands centres commerciaux ou industriels.

C’est en vertu de ces principes que fonctionnent depuis un siècle avec un incomparable succès les banques d'Écosse, l’une des plus belles créations des temps modernes. Ces banques ont presque toutes leur principal établissement dans une grande ville, mais elles s’appuient sur un certain nombre de succursales ré- 2* ÉDITION. 13

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