LIVRE III. CHAPITRE IV
pauducs dans les campagnes où elles ont provoqué et secondé les progrès de l’industrie agricole et introduit les habitudes exactes du commerce en matière de crédit. Dans cette organisation, les succursales servent de point d’appui à la caisse centrale contre les grandes secousses commerciales et la caisse centrale renouvelle sans cesse auprès des succursales l’impulsion et le mouvement.
Comment est-il possible, dit-on quelquefois en France avec uil étonnement incrédule, comment est-il possible que le cultivateur écossais accepte les billets de banque et les préfère aux espèces, taudis que dans tout le reste de l’Europe le cultivateur se défie de ces billets et les repousse? Le cultivateur écossais accepte ces billets parce qu’ils n’ont jamais eu cours forcé et parce qu’il profite du crédit que les émissions procurent aux banques : débiteur de ces établissements, il n’a pas besoin qu’on lui fasse des discours sur leur solvabilité pour la connaître. N’a-t-il pas presque toujours en ses mains un capital prêté égal et bien supérieur à celui des billets qu’il accepte? S’il n'est pas débiteur lui-même^ s’il n’a pas eu besoin de crédit, c’est un de ses parents, un de ses voisins, un homme qu’il connaît en un mot, qui l’a obtenu. D’ailleurs, si lui-même n’a pas eu recours au crédit des banques> il peut en avoir besoin à l’avenir.
Le fondateur d’une banque, c’est encore l’expérience qui le prouve, peut calculer exactement d’avance le marché sur lequel ses billets circuleront : ce sera celui même où il fera ses escomptes. Iæs billets s’étendront dans la même sphère que les escomptes et ne les dépasseront guère, quel que soit d’ailleurs le crédit d’une banque. On a pu s’eu convaincre en France par le peu d’extension des émissions de la banque de Paris, de ses succursales et des anciennes banques départementales. Si donc on veut étendre partout le crédit des billets de banque, on n’a qu’un moyen, mais il est sùr, c’est d’étendre partout les escomptes au moyen desquels l’émission de ces billets a lieu.
Les banques de circulation peuvent faire toutes les opérations de banque sans exception, aussi bien celles de troisième classe que celles de première et de seconde. Elles ont une portion de leurs dépôts qui peut être considérée comme dépôt perpétuel} une autre partie est à long terme dans les contrées où il y a des sorties
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■périodiques de numéraire; enfin, elles ont des dépôts mobiles qui ne peuvent convenir qu’aux opérations de première classe. Les banques de circulation, une des dernières et des plus hautes combinaisons qui aient été trouvées pour l’administration du crédit, constituent un mécanisme savant et en même temps trèssimple, très-fort, et qui peut facilement être adapté par une direction habile à toutes les localités et à tous les besoins.
Je n’ignore pas que ce court exposé des lois naturelles qui régissent les banques de circulation contredit des maximes passées en force de dogme en France et même, quoique d’une manière moins absolue, en Angleterre. Mais en matière de banques, aussi bien qu’en physique et en mécanique , les faits seuls et les lois qui en résultent font autorité : les opinions individuelles les plus imposantes, les théories les plus ingénieuses, les principes de fantaisie les plus spécieux, ne peuvent prévaloir contre l’évidence des faits qu’une expérience positive a constatés.
Dans une autre partie de cet ouvrage, nous étudierons la question du privilège et de la concurrence, et toutes celles qui se rattachent à l’influence des banques de circulation sur les intérêts sociaux, et à l’action qu’elles exercent. Ici, nous avons voulu seulement énoncer les lois générales de la banque de circulation grande ou petite, telles qu’elles résultent, non de la volonté des particuliers ou des gouvernements, mais du mouvement spontané des affaires et de la force même des choses.