‹ Traité théorique et pratique des opérations de banque (volume 2)Chapitre 131 sur 328 · LIVRE 111. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE 111. CHAPITRE V

professait point encore les maximes qui ont eu depuis dans ses conseils force de loi. 11 n’était aucune opération de crédit qu’elle ne crût pouvoir entreprendre. « La Banque, disait le président de ld première assemblée des actionnaires, la Banque pourrait escompter des effets souscrits par des propriétaires fonciers dont la solvabilité lui paraîtrait constante. » Elle payait intérêt sur dépôt : 5 p. ®/o jusqu’à l'an xii, 4 p. •/, à dater de cette époque.

En 1804, les relations de la Banque avec le gouvernement devinrent difficiles. « On s’était proposé, dit M. Pelet l, en fondant la Banque, de faire baisser l’intérêt de l’argent, et d’avoir surtout un établissement qui prit le papier du gouvernement et facilitât ses opérations.

« La Banque ne tarda pas à être en querelle avec Napoléon, qui croyait pouvoir imposer, dans les matières de crédit comme dans les autres, sa volonté absolue. 11 adressa en l’an xu (1804) à une députation de la Banque dé vifs reproches de ce qu’il y avait dans son sein un parti d’opposition qui empêchait qu’on n'escomptât les obligations des receveurs généraux, et qu'on ne donnât au commerce les facilités nécessaires. Le fait est que la Banque avait déjà pour 25 à 30 millions d’obligations du gouvernement et que les prétendus effets de commerce, pour lesquels elle s’était rendue difficile, étaient ceux d’Hervas, de Michel et autres fournisseurs, dont le papier n’était encore que du papier du gouvernement. »

A la fin de l’an xii, les bénéfices mis en réserve par la Banque avaient suffi à l’acquisition de 255,000 fr. de rentes. Elle avait avancé à l’Etat et au commerce des sommes êonsidérables et fait venir d’Espagne des espèces métalliques pour une valeur de 101 millions. Mais ses découverts avec le trésor augmentaient et l’opinion, alors ombrageuse en ces matières, s’en préoccupait. Tout-à-coup, en 1805, le bruit se répand dans Paris que l’empereur a pris et emporté en Allemagne, pour alimenter sa caisse militaire, les réserves métalliques de la Banque; aussitôt les porteurs de billets s’alarment, s'effraient et accourent en foule aux guichets pour y réclamer l’échange à grands cris.

la Banque tint d’abord tète à l’orage et crut expédient de ré-

• Opinion* de Napoléon sur divers sujets, etc., recueillis par un membre de son conseil d'État, etc.; par le baron Pelet (de la Lozère). Paris, 1833.

(luire ses escomptes, ce qui produisit aussitôt une crise commerciale. La panique devint plus forte, plus étendue, et la Banque, réduite à une suspension de paiements, limita le remboursement de ses billets à 500,000 fr. par jour. La circulation descendit un moment à 48,334,000 fr. et les réserves métalliques à 1 , 1 36,000 fr.

Voici en quels termes M. Pelet (de la Lozère), alors auditeur au conseil d’État et depuis ministre, parle de la crise de 1805 :

« Les billets perdirent jusqu’à 10 p. °/0. L’ordre ne se rétablit qu'au bout d’un mois, par les rentrées de la Banque et par la confiance que les succès de l’armée firent renaître dans le crédit du gouvernement.

» Plusieurs causes concoururent à produire cette crise, notamment:

b L’accumulation, dans les mains de la Banque, d’un trop grand nombre d’obligations du gouvernement ou de ses fournisseurs;

b L’obligation que le ministre imposa à la Banque d’augmenter l’émission de ses billets pour favoriser les opérations des fournisseurs ;

b L’affluence des militaires et des employés qui vinrent prendre de l’argent à la Banque pour entrer en campagne '.b

Le compte rendu présenté aux actionnaires en fin d’exercice contient quelques renseignements curieux et de singulières théories : il nous apprend que les besoins ordinaires de la place de Paris à cette époque n’amenaient, par jour, à l’échange, en moyenne, que 500,000 fr. de billets environ. Les remboursements s’étaient élevés, sous l’empire de la panique, à un million et demi par jour. Le compte rendu concluait que toutes les demandes excédant 500,000 fr. par jour étaient l’effet de la malveillance et que la Banque avait fort bien fait de déjouer les malveillants en limitant à ce chiffre ses paiements en espèces. Ilne disait rien de la peur quant au public, ni de l’état des caisses quant à la Banque, et c’était là seulement que se trouvait l’explication bien naturelle de la conduite de l’un et de l’autre. La réduction des escomptes, à laquelle on a eu souvent recours en Angleterre, était une mesure déplorable qui précipitait la crise , et ajoutait des dangers réels à des périls imaginaires.

* Opint'onî de Napoléon, etc., déjà cité,

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