LIVRE III. CHAPITRE VII
taux disponibles d'un grand pays. Les banques de placement et de spéculation n’ont besoin pour bénéficier ni d'une clientèle trèsnombreuse, ni de relations très-étendues : elles ont peu de détails à surveiller et tous leurs comptes se bornent en général à des comptes d'espèces. Quant au capital propre, elles pourraient à la grande rigueur s’en passer, et elles ne l’emploient eu effet qu’à faciliter au besoin, quelques opérations par des prêts sur dépôts de titres, reports ou déports ou autrement. Ces banques commencent dans les rangs des coulissiers qui vendent et achètent les titres en concurrence avec les agents de change et s’élèvent par degrés jusqu’au sommet de la hiérarchie financière.
Dans les degrés inférieurs, les banques de placement négocient fréquemment les titres en dehors de la Bourse et sans le ministère des agents de change. lorsque le banquier qui fait ces opérations voit venir simultanément dans ses bureaux l’offre et la demande, il n’a pas besoin d’aller trouver deux agents de change pour conclure le marché : il n’en a pas besoin non plus, lorsqu’il sait où trouver le vendeur d'un titre qui lui est demandé ou l’acheteur d'un titre qu’il est chargé de vendre. Lorsqu’il s’agit de titres au porteur, l’affaire se consomme sans difficulté ; lorsqu’il s’agit de titres transférables, il suffit que le vendeur et l’acheteur interviennent au transfert. Le privilège de l’agent de change n’est garanti que pour le cas spécial des inscriptions de rentes nominatives. Il en résulte que le banquier de placement peut très-souvent se contenter d’un simple courtage et s’en contente en effet.
Il n'est guère d’homme qui obtienne plus de confiance que le banquier de placement en obtient de sa clientèle. Comme l’agent de change, il reçoit habituellement des dépôts de fonds ou de titres qui sont bien souvent au porteur, pour des sommes considérables avec un mandat quelquefois très-étendu. Ainsi, on lui donne fréquemment des ordres d’acheter ou de vendre au mieux, sans limite de temps ni de prix, mandat d’acheter ou de vendre dans des limites de prix et de temps assez larges. Combien ne lui serait-il pas facile de garder pour son compte les meilleures opérations et de laisser au compte d’un client celles qui seraient moins bonnes, ou de placer des titres d’une valeur douteuse! De toutes les branches du commerce de banque, il n’en est aucune
BANQUES UE PLACEMENT ET DE SPÉCULATION. 237 qui expose la probité île celui qui s’y livre à de plus fortes épreuves. En effet, tandis que le banquier du commerce répond de toutes ses opérations, le banquier de placement ne répond du résultat intrinsèque d’aucune des siennes; tant qu’il rend compte des fonds, des titres déposés chez lui et de l’exécution des ordres qui lui ont été donnés, il n’est et ne peut être responsable que de l’opinion. Il est vrai d’ajouter que sans le secours de l’opinion, il lui serait impossible d’établir et de conserver une clientèle.
Les banques de placement les plus humbles sont très-utiles pour la négociation des titres industriels qui représentent un petit capital, quelques centaines de mille francs, par exemple. Ces titres, dédaignés par le parquet et les grands spéculateurs, ne sont pas moins quelquefois des placements sérieux et recommandables. Leur concentration sur un seul marché où ils ne peuvent pas toujours être suffisamment connus et appréciés donne lieu sans doute à beaucoup d’abus ; mais, tant que les banquiers des provinces ne chercheront pas à les négocier, on devra s’estimer heureux de trouver dans les capitales des agents spéciaux qui s’occupent de leur négociation.
Il existe des banques de placement dont le capital propre est médiocre et presque nul ; il y en a dont le capital est de moyenne importance ; enfin on en compte un certain nombre dont le capital est considérable et très-supérieur à celui des banques de commerce. Ces grandes maisons désignées ordinairement sous le nom collectif de haute banque, jouent dans les affaires de placement et de spéculation un rôle qu’il importe de décrire avec soin. Elles sont en possession d’entreprendre à forfait et pour leur compte les soumissions d’emprunt, les fondations de compagnies industrielles et généralement toutes les affaires qui exigent la concentration de grands capitaux. Leurs fonctions consistent, comme nous l’avons déjà dit, à acheter les titres en gros et à les revendre au détail en bénéficiant sur la différence.
Essayons de rechercher les conditions nécessaires pour que l’émission d’un titre donne des bénéfices assurés à la maison qui se charge de cette opération?
1° Il faut que cette maison jouisse d’un grand crédit sur la place; qu’on la juge en état de garder la plus grande partie de l’opération à son compte sans être embarrassée pour faire face