LIVRE 111. CHAPITRE VU
700 fr. après demain'? Qui sait ? En tout cas il vaut bien certainement 000 fr. puisqu’il se vend à ce prix, que la demande est égale ou un peu supérieure à l’offre, que des bénéfices considérables ont été déjà réalisés par des personnes qui ont acheté et revendu.
Or que s’est-il passé? La maison X a acheté et vendu en même temps ; elle a créé ce tourbillon d’affaires dans lequel le capitaliste s’est laissé engager. Qui le sait ? Personne. Certes les habiles s’en doutent et peu leur importe; mais eux-mêmes n’en sont pas certains : car lorsque les agents de change sont allés chaque matin prendre les ordres de la maison X, elle a donné à un ou deux d’eulre eux l’ordre de vendre, et à quarante ou cinquante l’ordre d’acheter 1 . C’est ainsi que se passent les choses: à mesure que les capitalistes prennent ses valeurs, la maison X augmente ses ordres de vente ou diminue ses ordres d’achat, suivant le cours, non pas de jour en jour, mais de quart d’heure en quart d’heure, jusqu’à ce que tous ses titres ou la plus grande partie de ses titres soient écoulés.
Faisons le compte de l’opération en supposant que la prime ait été de 10 p. °/n ou de 50 fr. pendant les dix premières bourses et qu’elle se soit élevée ensuite en moyenne à 30 p. % ou 150 fr. jusqu’à la fin de l’opération. La maison X aura réalisé une prime de 150 fr. sur 94,000 actions, soit :
14,100,000 fr.
Pour obtenir ce résultat elle aura dû dépenser, savoir :
1” Prime de 10 p. °/0 payée’ sur 1,000,000 aux souscripteurs nécessiteux. . • . 100,000 fr
2° Courtages d’achat et de vente sur une somme égale à huit fois le capital des actions émises à 650 fr.
soit 2 p. %, sur 61,100,000 fr. 1,222,000
3° Frais d’administration, perte d’in-
tcrèls, etc 478,000
Bénéfice net
Il n’y a évidemment rien de certain ni de fixe dans ces chiffres, que nous citons seulement comme exemple et pour rendre plus
1 Chaque agent de change ignore quels sont les ordres donnés à ses confrères et surtout par qui ces ordres ont été donnés. La loi, les réglements, l’usage, et plus encore sou propre intérêt, lui commandent la discrétion.
BANQUES DE PLACEMENT ET DE SPÉCULATION. 241 intelligibles la marche et les résultats de l’opération. Cette opération resterait fort belle, lors même qu’on décuplerait les premiers sacrifices d’actions cédées au pair et que la prime moyenne de réalisation serait un peu moins élevée. Nous croyons toutefois que les bénéfices indiqués ci-dessus ne sont pas sans exemple. Seulement pour s'assurer le concours ou la neutralité des concurrents, il faut que la maison X leur cède une part de ses profits, car il leur suffirait d’acheter et de revendre en sens inverse cette maison pour écraser les cours et faire échouer l’opération. Mais ce sacrifice est médiocre et on peut le considérer comme nul, si chacun fait à son tour des affaires semblables.
Si les gains sont proportionnellement un peu moindres dans les émissions des titres de bons emprunts publics, ces émissions sont, par compensation, plus faciles et plus promptes.
On comprend, sans qu’il soit nécessaire de revenir sur ce point, combien le mouvement des marchés à terme, qui tend à élever les cours ou que l’on peut toujours facilement ramener à la hausse au moyen des escomptes ', favorise les émissions de titres.
Dans la supposition que nous venons de faire, nous avons pris pour exemple une affaire trcs-régulière, établie dans des conditions normales en quelque sorte. Mais en temps de spéculation, lorsqu’un mouvement de hausse a duré pendant quelque temps sur toutes les valeurs; lorsque des fortunes apparentes et éclatantes se sont élevées dans ce mouvement, les capitaux affluent de tous les côtés et de loin au marché des titres. Alors les émissions sont faciles, lucratives, et on emploie, pour les rendre et les maintenir telles,- des moyens encore plus énergiques. Afin d’éviter toute interprétation oblique, prenons nos exemples dans l’histoire de Law, qui a importé en France les marchés à prime et la plupart des procédés employés depuis son époque sur le marché des titres.
Law employait, pour élever le cours des titres qu’il émettait, quelques moyens très-efficaces :
1° 11 ne demandait au souscripteur de ses actions que le versement d’une partie médiocre du capital : ainsi pour obtenir un titre d’action de la Compagnie des Indes fondée en 1718, il
Voir page 121 .