LIVRE III. CHAPITRE VII
n’était besoin de verser que 10 p. °/0 ou 50 livres : pour obtenir une action de 5,000 livres de la troisième émission de la même Compagnie, il n’était besoin de verser effectivement que 500 livres. En effet, les fonds absorbés par les versements effectifs sont retirés du marché pour entrer dans l’entreprise à l’exécution de laquelle ils sont destinés, tandis que s’ils restent sur le marché, ils servent à fournir une matière aux primes et alimentent la hausse. D’ailleurs , moins il faut verser de fonds pour obtenir un titre, plus le nombre des acquéreurs est grand et plusle courtage des agents de change est élevé 1 ; plus ils sont intéressés par conséquent à ce que les affaires soient abondantes sur ce titre.
Il est vrai qu’en laissant sur le marché les fonds qui, si on exigeait que le capital nominal fût versé de suite, pourraient être appelés dans une affaire, on nuit au succès de l’entreprise à laquelle les actions sont destinées. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’il ne s’agit ici ni de l'intérêt des entreprises, ni de leur valeur intrinsèque, mais de spéculations faites sur la négociation des titres. On dit d’ailleurs et non sans raison que l’activité du jeu attire sur le marché des titres des capitaux qui, s’ils n’avaient eu cet appât, n’y seraient jamais venus.
2° Une fois le jeu établi et l’ardeur des capitalistes bien provoquée, l.aw liait une opération nouvelle à une opération antérieure, de manière à élever la valeur des titres de celle-ci. Ainsi, pour obtenir au prix d’émission une action de la Compagnie des Indes, seconde série, il fallait être propriétaire de quatre actions de la première série. Pour obtenir au pair une action de la troisième série, il fallait justifier de la possession de cinq actions des créations antérieures, et c’est pourquoi les contemporains appelèrent les actions de la seconde et de la troisième série les filles et les petites-filles. En délivrant au pair, à cette condition, un titre qui se vendait bien au-dessus du pair, Law faisait rechercher avec une ardeur nouvelle d’anciens titres dont l’émission n’était pas terminée ou qui avaient été rachetés dans un moment de baisse. En soutenant, comme on dit, la valeur d’un seul titre, il élevait la valeur de deux ou trois autres titres dont il était détenteur.
* Voy. page 116.
BANQUES DE PLACEMENT ET DE SPÉCULATION. 243 3* Enfin Law avait l’art d’introduire fréquemment, de semaine en semaine en quelque sorte, de nouveaux éléments et de nouvelles péripéties dans ses opérations. Ainsi , pour ne parler que des plus importantes, il fondait d’abord une Banque générale , puis une Compagnie d Occident , laquelle se transformait bientôt en Compagnie des Indes. La Banque générale, devenait banque royale; la Compagnie d’Occident était propriétaire de la Louisiane et de tout le commerce avec l’Amérique du Nord ; la Compagnie des Indes y joignit le monopole du commerce de l'Afrique et de l’Asie méridionale; elle acquérait un jour le monopole de la vente des tabacs, un autre jour une partie de la ferme des revenus publics, puis la ferme tout entière, puis la fabrication des monnaies, etc., etc. Mais cette manière d’opérer a plutôt pour but la spéculation que l’émission des titres proprement dite.
En effet la spéculation est facile en haute banque. La maison X , par exemple, ayant un capital propre de 50 millions placé en valeurs diverses a réalisé en hausse 25 millions qui sont placés, soit à son compte courant à la Banque de France, soit en bons effets de commerce , soit en bons du Trésor à courte échéance. Elle jette les yeux sur un titre abandonné par la spéculation , ou qui appartient à une compagnie dont M. X est directeur ou administrateur. En ce dernier cas, M. X sait à n’en pas douter que la Compagnie, à l’administration de laquelle il participe, va faire une opération qui élèvera la valeur de ses propres titres ou ceux de toute autre compagnie , qui fait ses affaires avec elles. 11 achète lentement et à petit bruit, en baisse, ces titres sur lesquels l’attention des capitalistes ne s’est pas portée, puis, lorsqu’il a fait soh placement, le bruit prévu se répand : alors M. X opère à la hausse et la pousse jusqu’au moment où il peut revendre avec bénéfice ce qu’il vient d’acheter. Ces opérations menées avec une prudence même médiocre sur des titres qui ont une valeur intrinsèque , ne peuvent manquer de produire un bénéfice considérable, d’autant qu’il n’est pas même nécessaire pour les faire de tenir à l’état de numéraire une somme bien forte. Ne peut-on pas emprunter couramment à la Banque de France, sur dépôt de rentes ou d’actions de chemins de fer h Ne peut-on pas se procurer par ce moyen des capitaux dont on peut se servir sans perdre un seul jour d’intérêt î En outre, par la combinaison des conditions auxquelles se