‹ Traité théorique et pratique des opérations de banque (volume 2)Chapitre 168 sur 328 · LIVRE IV. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAPITRE I

I.es Banques d'Écosse, on le voit par les chiffres cités plus haut, fondent principalement leur circulation de papier sur les petites coupures au-dessous de 5 livres, puisque ces petits billets sont aux autres dans le rapport de 2 à 1 au moins. En 1826, les théoriciens de Londres, qui, depuis cinquante ans, ont la manie de chercher dans l’administration des banques la cause des crises commerciales, faisaient rude guerre aux billets d’une livre et ils entreprirent de les faire supprimer en Écosse. Une enquête fut ordonnée par le parlement, et le pays entier en' quelque sorte vint alors déposer en faveur des petits billets-monnaie. Les banques elles-mêmes protestèrent par quelques observations pratiques et pleines de sens qui jettent une vive lumière, non-seulement sur leur système particulier, mais sur la théorie même du papier de circulation.

« Si l’on nous interdisait les billets au-dessous de 5 livres, disait le secrétaire d’une de ces banques devant le comité de la chambre des lords, nous serions réduits à diminuer le nombre de nos comptoirs, à cause de la dépense que nous imposeraient les fréquents envois d’or. Jamais ces comptoirs, qui font la portion difficile et périlleuse de nos affaires, ne parviendraient à couvrir leurs frais.

» Nous devrions retirer nos crédits sous caution, parce que notre but principal, lorsque nous les ouvrons, est de faciliter et de maintenir en circulation nos petits billets.

» Nous serions forcés de réduire l’intérêt que nous bonifions à nos déposants, parce qu’il nous faudrait avoir constamment en caisse de fortes sommes d’or pour parer aux oscillations, qui seraient fréquentes. Nous gardons toujours actuellement sous notre main une certaine quantité de petits billets fabriqués pour suffire aau demandes éventuelles : il nous faudrait garder en caisse une somme égale d'or et même une somme supérieure, car il faudrait plus d’or pour faire le service monétaire qu’on n’emploie actuellement de billets. »

Le directeur d’un comptoir écrivait : a La suppression des billets au-dessous de 5 livres serait ruineuse pour le pays, et je ne sais vraiment de quelle manière les affaires s'y feraient. Dans les Highlands, par exemple, nous vendons du grain, du bétail, du bois et du poisson. Le petit fermier conduit au marché trois ou quatre veaux de la valeur moyenne de 2 à 4 livres. Là, les nour-

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tisseurs en achètent souvent deux ou trois cents, un à un, à leur convenance. Ce sont autant de paiements de plus d’une livre et de moins de 5 livres, qui se font actuellement en papier, et qui devraient être effectués en or. Il faudrait à ces marchands des masses d’or et d’argent qu’ils ne trouveraient qu’avec peine auprès des banques, auxquelles une telle avance ne procurerait pas les avantages qui résultent actuellement pour elles de la circulation de leurs billets. 11 en est de même pour le grain qui se vend sur nos marchés par petites parties, et pour les salaires qui se paient une fois par mois.

» La pèche du hareng sur nos côtes emploie plusieurs milliers d’hommes. A Loclifme seulement cette pêche a produit dans une saison 40,000 /., et mille bateaux y sont employés habituellement. Le pêcheur vend chaque matin à des marchands le poisson qu’il a pris et repart pour en chercher d’autre. la valeur du poisson ainsi vendu s’élève rarement à 5 livres, et il faudrait dans cette seule station de quoi payer en or le produit de mille bateaux environ. Et lorsqu’il s’agirait d’envoyer des fonds... »

Walter-Scott, qui n’était pas seulement un grand romancier et un grand poète, prit, lui aussi, dans une Revue, la défense des banques d'Écosse. « Si les Anglais se sentent malades, écrivaitil, qu’il prennent médecine et ne viennent pas nous la faire prendre à nous qui nous portons bien... » Ses articles, remplis de sens et de raison, eurent un plein succès : le pays entier s émut, et le parlement, comprenant qu’après tout les théories les plus spécieuses et soutenues par les hommes les plus honorables devaient fléchir devant les faits, respecta les billets de petite coupure.

Mais les banques écossaises ne pouvaient longtemps échapper aux utopies de ce qu’on pourrait appeler l’école métallique anglaise. Par le bill étrange qu'il obtint du parlement en 1845, sir Robert Peel atteignit ces banques et leur imposa des restrictions nouvelles, la médecine dont avait parlé W. Scott. D’après cette loi, le droit d'émettre des billets à vue et au porteur est limité aux banques existant au 1" mai 1845, et le montant de la circulation de chacune d’elles ne doit pas dépasser la circulation moyenne de l’année expirée le l*1' mai 1845. Chaque banque ne peut excéder ce maximum qu’à la condition d’avoir eu caisse une somme de monnaie métallique égale à l’excédant de sa circulation de pa-

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