LIVRE IV. CHAPITRE UI
La conséquence naturelle et commerciale de cet état de choses, c’est que la Banque d’Angleterre est peut-être, de toutes les banques de circulation , celle qui doit garder en caisse la plus forte réserve métallique. Si elle veut aller plus loin et régler, comme on dit, la circulation, elle poursuit une chimère.
En effet, la circulation se règle d’elle-mème. Quelque puissante que soit une banque, elle n’a jamais d’action que sur ses propres escomptes; c’est par là, si toutefois elle peut les limiter à discrétion, qu’elle règle son encaisse en augmentant ou en diminuant ses émissions. Pour régler la circulation, il faudrait avoir au moins le monopole de l’escompte en même temps que celui des émissions; il faudrait pouvoir arrêter le commerce par des refus de crédit, lorsqu’il tend à la spéculation. Mais justement alors le commerce n’a pas besoin de la Banque d’Angleterre, il obtient du crédit à meilleur marché chez les banquiers proprement dits et chez les escompteurs. On vient à la Banque lorsque les sources ordinaires du crédit commencent à s’épuiser : faut-il qu’elle choisisse ce moment pour refuser l’escompte? Lorsque le mouvement de retraite est commencé, doit elle charger à fond et précipiter la déroute, comme en 1825? Malgré tout le respect dû aux noms des chefs de l’école métallique, aucun homme d’affaires n’admettra une pareille conclusion.
Le bill de 1844 est fondé sur plusieurs erreurs de fait : il suppose que les banques peuvent augmenter leur circulation à volonté, ce qui n’est pas exact; que le commerce a besoin d’une quantité de monnaie toujours égale, ce qui n’est pas exact; enfin qu'une circulation métallique est plus sûre et moins variable qu’une circulation du papier convertible en espèces, ce qui n’est pas exact non plus. Ainsi ce bill est allé à l’encontre des lois naturelles qui régissent le mouvement réel du commerce, et, dès qu’il a subi le contrôle de l’expérience, on a pu reconnaître combien le régime qui en résultait était insuffisant et dangereux.
Nous n’aurions pas autant insisté sur les défauts de l’acte de 1844, s’il n’était fondé sur des erreurs répandues en France et qui ont contribué en 1 848 à faire décréter le monopole des banques de circulation. Désormais, les intérêts que ces erreurs protègent sont devenus tellement puissants, qu’on ne doit pas espé • rer une modification prochaine de l’opinion ; l’expérience seule
peut renverser l’autorité de l’école métallique; mais le devoir de l’écrivain, même isolé, est de protester au nom des principes et d’interrompre en quelque sorte la prescription que l’on voudrait faire prévaloir contre la vérité.
Revenons à l’exposé des faits :
A la fin de 1847, la Banque d’Angleterre avait treize succursales qui faisaient de médiocres affaires dans les villes où elles
étaient établies. I^ur circulation moyenne à vue et au porteur s’élevait à 6,527,740/., et leurs billets à sept et à vingt-un jours de vue à 242,734 leurs dépôts ne dépassaient pas 1,200,000 l. Le bilan général de cette Banque, mis sous la forme des bilans ordinaires, présentait, au 7 mai 1853, les chiffres suivants :
Hit.
Capital £
Réserve
Dépôts publics. .
Comptes courants. .
Billets à vue. . . .
— à sept jours de vue.
Dette Gxe du Gouvernement JT.
Papier du Gouvernent.
Portefeuille et titres divers
Espèces en caisse. . .
irtir.
§ 2. — Banques provinciales.
A coté de la Banque d’Angleterre, il existe, comme nous l’avons déjà dit, des banques particulières de deux sortes dans les comtés et d’autres banques à Londres. Dans les comtés on distingue les banques particulières, qui ne peuvent avoir plus de six associés, des banques par actions, Joint stock banks. Les unes et les autres pouvaient émettre, avant 1844, des billets-monnaie à la condition de prendre une licence de 30 l. payables annuellement, comme chez nous la patente. De ces banques, dans les deux catégories, les unes émettaient des billets-monnaie, les autres se bornaient aux opérations ordinaires de nos banquiers. Au 7 octobre 1848, on comptait en Angleterre et dans le pays de Galles 184 banques particulières de circulation, formant avec leurs succursales 375 bureaux d'émission et 66 banques par actions', ayant, avec leurs succursales, 407 bureaux. On en comptait 8 du même genre en Irlande avec 155 bureaux, et en totalisant les
1 Le 19 mars 1853, il n'y avait plus que (69 banques particulières et 65 banques par actions qui émissent des billets.