LIVRE 1T. CHAPITRE UI
considérable de la population, les agriculteurs, reste presque étrangère aux opérations de banque : elle donne et obtient peu de crédit : il est vrai qu’en Angleterre les agriculteurs ne forment guère que le tiers de la population totale.
On remarque dans l’ensemble du système anglais beaucoup de dureté pour le capitaliste : il ne reçoit que par exception un intérêt sur les fonds déposés ou sur les soldes de compte courant : encore faut-il que son compte ait peu d’activité pour qu’il en retire un bénéfice, parce que dans les provinces chaque demande qu’il fait à la caisse de son banquier est frappée d’une commission. A Londres, cette commission n’existe pas, mais aussi les comptes courants ne rapportent aucun intérêt aux ayants comptes. Les habitudes de la population tendent à procurer aux banquiers, à Londres surtout, l’usage gratuit de capitaux abondants. Quelle que soit la mobilité des comptes courants, les sommes qu'ils représentent ne varient guère que dans les grandes crises.
Toutefois le placement des fonds ainsi obtenus est bien autrement dangereux et difficile que celui des fonds produits par l’émission de billets-monnaie. C’est la mobilité des comptes courants qui donne aux établissements de banque existant en Angleterre l’agitation et, si l’on peut ainsi dire, la contractilité qui les distingue essentiellement. Avec une telle constitution, l’ensemble du système a besoin d’une réserve qui se trouve à la Banque d’Angleterre, sorte de clef de voûte sur laquelle tout vient s’appuyer dès qu’il se produit une secousse. Il est vrai que cette réserve coûte cher, parce que le monopole de la Banque d’Angleterre présente des obstacles presque insurmontables à tout établissement d’un système général de crédit plus solide : cette réserve coûtera plus cher encore, si le monopole s’étend, et supprime, comme on le pense, toute banque de circulation en Angleterre, s’il parvient à effectuer dans les affaires, chose rare chez nos voisins, un progrès rétrograde.