‹ Traité théorique et pratique des opérations de banque (volume 2)Chapitre 20 sur 328 · DU COURS DE L’INTÉRÊT · texte numérisé non relu

DU COURS DE L’INTÉRÊT

11 importe à la société que le prix de tous les services soit aussi bas que possible, et cependant qu’il donne une rémunération suffisante pour que ces services n’éprouvent aucune interruption. I.e loyer des capitaux ne. fait point exception à cette règle : il est utile que le taux de l’intérêt soit bas, de manière toutefois à ne pas compromettre le service, qui est la conservation et, en quelque sorte, l’entretien des capitaux. 11 faut donc maintenir la prime d’accumulation, si l’on veut éviter que les capitaux soient détruits ou exportés.

Le crédit est une marchandise du même genre que tous les services productifs : on peut l’assimiler à celles que l'on touche et que l’on voit, car le prix du crédit ou intérêt subit dans son cours ordinaire et dans ses variations de hausse ou de baisse les mêmes lois que celles-ci. Mais comme, en dépit des usages commerciaux et de la pratique de chaque jour, l’opinion des gens du monde se refuse à reconnaître cette vérité, il est nécessaire d’insister et de pousser jusqu'au bout l’analyse des faits spéciaux qui déterminent l’offre et la demande en matière de crédit.

Il y a prêt ou plus exactement crédit toutes les fois que le capital d’un particulier a été coudé à un autre particulier. On peut tirer de cette proposition si élémentaire une conséquence qui ne l’est pas moins : « lin capital n'est offert au prêt qu'à la condition que son propriétaire ne veuille ou ne puisse pas, pendant le temps du prêt, l'employer lui-même. » En d’autres termes, pour qu’une relation de crédit s’établisse, il faut, de toute nécessité, qu’au moment du prêt, le capital qui en fait l’objet soit disponible.

Observez que la disponibilité ne résulte point de la nature de l’objet qui forme le capital, mais de la volonté du propriétaire. Un fonds de terre, une maison, une machine que le propriétaire veut louer, est un capital disponible aussi bien qu'une somme de numéraire que le propriétaire veut prêter.

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C’est donc à tort qu’on a distingué les capitaux en disponibles et engagés, attribuant la qualification de disponibles aux capitaux circulants les plus rapprochés de la consommation, et la qualification d’engagés aux immeubles, outils, etc. Le capital représenté par un tonneau de sucre est aussi engagé qu’un capital-terre; le premier est attaché jusqu’à consommation au corps du sucre, comme le dernier est attaché au fonds de terre jusqu’à consommation.

Par leur nature même, tous les capitaux sont nécessairement engagés, puisqu’ils sont matériels : par la volonté du piopriélaire, au contraire, tous deviennent ou peuvent devenir disponibles pour lui : un fonds de terre, une machine, un outil, un lot de fer, de soie, de laine ou de coton, aussi bien qu’une somme d'espèces en numéraire.

En général, les capitaux disponibles sont des capitaux plus ou moins oisifs ou sur le point de devenir tels. Une somme d’argent en caisse, lorsque son propriétaire n’a ni achat au comptant, ni paiement à faire, est un capital oisif ; une marchandise en magasin, sans utilité, est également un capital oisif; il en est de même d’un fonds de terre, d’une maison, d'un outil à louer. Les capitaux, comme les hommes, ne sont jamais oisifs par nature et nécessairement; ils peuvent tous, sans distinction de classe ni d’origine, devenir oisifs par occasion.

Les capitaux disponibles étant les seuls offerts sur ce que nous appellerons le marché du crédit, il en résulte que le taux de l’intérêt n’a aucuu rapport nécessaire avec la somme des capitaux existants, ni avec celle des capitaux épargnés ou accumulés. Ou peut supposer sans effort un état social où tous les capitaux soient employés comme instruments de travail ou de jouissance par leurs propriétaires respectifs, et, encecas, quelque abondantsqu’ils fussent, il n’y aurait ni disponibilité, ni offre. De même, les épargnes et accumulations pourraient être employées par ceux mêmes qui les font, et ne point paraître, par conséquent, sur le marché du crédit.

A plus forte raison, le taux de l’intérêt ne peut-il dépendre de l’abondance d’une marchandise quelconque, puisque cette abondance n’a aucun rapport nécessaire, ni avec la somme totale des capitaux, ni surtout avec la somme des capitaux disponibles. L’a»

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