LIVRE IV. CHAPITRE Vil
d’un étal de crédit donné, ni s’engager en conséquence, sans courir, eux qui ne voudraient pas jouer, les chances du jeu. Pas n’est besoin d’aller rechercher, comme les écrivains de l’école métallique , si ce sont les émissions de la Banque d’Angleterre qui ont fait le mal , ou si ce sont les émissions des banques provinciales. Le mal vient d’une cause plus prochaine, d’une révulsion soudaine du crédit résultant d’engagements excessifs contractés par la spéculation. Si les banques provinciales sont atteintes, c’est parce qu’elles -mêmes spéculent ou soutiennent des spéculateurs , ou comptent sur un crédit que le banquier de Ixindres est forcé tout-à-coup de fermer.
Mais cet état de choses légitime et rend jusqu’à un certain point nécessaire l’excessive prudence que les Américains ont quelquefois reprochée à la Banque.d’Angleterre. Sur une place telle que Londres, il est bon de trouver un établissement de réserve qui vienne, au moment du besoin, appuyer, par un crédit intact et par des émissions de monnaie devenues utiles, le crédit chancelant des banquiers et du commerce lui-même. Il est bon que dans les temps ordinaires cet établissement ne dispose pas de la totalité de ses ressources, car s'il se trouvait engagé au moment de la crise , il n’existerait aucun moyen régulier d'en sortir, et il faudrait , par nécessité , recourir aux expédients extraordinaires.
Il est étrange qu’au lieu de se rendre à l’évidence de ces faits, l’école métallique et le gouvernement aient pris le parti d’embarrasser, par des restrictions au moins inutiles , la Banque d’Angleterre et les banques provinciales , comme si les opérations faites avec le commerce régulier, avec l'industrie et l’agriculture , pouvaient jamais causer des crises semblables à celles qui , de temps en temps, éclatent sur la place de Londres! L’Angleterre a déjà son change intérieur, ses appels d’espèces par des cultivateurs qui n’usent pas des billets de banque; et au lieu de parer à cet inconvénient en répandant davantage les banques et les billets, on s’est appliqué à les restreindre.
Tout ce que nous avons dit de l’organisation générale du crédit en Angleterre trouve son application en France. Le système qui domine des deux côtés de la Manche est le même : seulement il est plus imparfait, plus irrégulier, en un mot plus conforme aux théories de l’école métallique, de ce côté du détroit. En 1848, nous
sommes arrivés à l’unilé de banque de circulation préparée en Angleterre par l'acte de 1841. et l’on applique dans trente villes de commerce des statuts destinés à la place orageuse de Paris. Depuis longtemps on a déclaré chez nous que les banques de circulation étaient inapplicables à l’agriculture à laquelle on affecte les établissements spéciaux de crédit foncier.
Outre les préjugés déplorables qui régnent en France , au sujet des banques de circulation, le développement du crédit trouve un obstacle dans l’organisation des finances de l’Etat et dans les habitudes qu’elle a créées. Le gouvernement reçoit le dépôt des fonds des Caisses d’épargne et de retraites : la Caisse des dépôts et consignations, qui lui appartient, bonifie un intérêt aux capitaux qui y sont volontairement déposés. Les opérations de banque du Trésor lui-même sont livrées exclusivement à des banquiers, privilégiés, sous le nom de receveurs des finances, qui obtiennent à divers titres des avantages très-supérieurs aux profils moyens de banque. Non-seulement ils jouissent d’un intérêt élevé sur leurs avances toujours considérables, et qui, au 31 décembre 1852, s’élevaient à plus de 55 millions, mais ils reçoivent sur les divers mouvements et à divers titres, des commissions très- supérieures à celles que perçoivent les banquiers, au cours qui existait en France il y a cinquante ans. Les sommes inscrites au compte général des finances directement au profit des receveurs généraux, s’élèvent à une somme de plus de 10 millions, et ce n’est pas tout, pour un mouvement de fonds inférieur, en recette et en dépense , à trois milliards et demi.
Il résulte de cet état de choses que là où le receveur des finances est un homme actif qui veut se livrer aux opérations de banque, il a sur ses concurrents un avantage exceptionnel. S'il se contente des bénéfices de ses fondions , il enlève toujours une certaine quantité d’affaires.
En Belgique, nous l’avons vu, et en Angleterre, l’État n’a accordé le privilège d’émettre des billets de circulation qu’au prix de services de trésorerie plus ou moins étendus. En Belgique, le service de caissier de l’État est devenu à peu près gratuit. En Espagne même où il n’existe sur ce point aucune organisation, où l’État fait des traites sur les comptables et les négocie comme un particulier, il est douteux que ce service coûte aussi cher qu’en France.