‹ Traité théorique et pratique des opérations de banque (volume 2)Chapitre 210 sur 328 · LIVRE IV. CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAPITRE VII

Reste à comparer la valeur des diverses organisations au point de vue de la propagation des habitudes de banques et de crédit au sein des populations.

La population de l’Europe était presque tout occupée , il y a un siècle, à l’agriculture. Les progrès du commerce et de l’industrie, l’invention des machines, etc., ont introduit de nouveaux besoins. La consommation a augmenté, et, pour y suffire , il a fallu trouver de nouveaux moyens de production.

Les classes industrielles et commerciales ont pris l’initiative de ce mouvement: plus actives, plus intelligentes que les classes agricoles, elles ont pu, sans s’appauvrir, se procurer une aisance et un bien-être auparavant inconnus. La population agricole a voulu les imiter; mais bientôt les revenus des propriétaires ont été insuffisants dans les pays où la terre a été divisée : ailleurs même , le propriétaire oisif et vivant du fermage de la terre est descendu du rang qu’il occupait dans l’échelle sociale, et le laboureur, tout en améliorant sa condition materielle, s’est senti plus pauvre.

Alors s’est produit un mouvement général vers le commerce , vers l’industrie et aussi vers les professions dites libérales et les fonctions publiques. Ceux qui se dirigeaient vers les professions libérales et les fonctions publiques ont pu garder impunément leurs anciennes coutumes ; mais ceux qui venaient au commerce et à l’industrie devaient en changer. Malheureusement les habitudes se forment avec lenteur et les nouveaux venus dans la carrière industrielle y ont apporté trop souvent, avec leur activité et leurs capitaux, une grande inexpérience; trop souvent ils ont troublé, par leurs erreurs et leurs fautes, la marche du commerce et de l’industrie.

Cette transformation des habitudes de la population, cette distribution nouvelle des fonctions économiques a eu lieu dans toutes les parties de l’Europe, et le mouvement est encore bien loin de son terme. C’est peut-être la cause la plus active et la moins observée des perturbations industrielles et commerciales; car on peut attribuer avec justice à l’introduction dans le commerce d’hommes qui n’y sont pas habitués, bien des erreurs et bien des revers. Un bon système de banques aurait épargné la plupart des fautes qui ont été commises, car le banquier, partout

où on le rencontre, e<ÿ appelé par la force même des choses à di- , riger, à encourager et à contrôler les nouveaux entrepreneurs et les nouvelles entreprises.

En Écosse, les banques ont exercé sur les nouveaux venus dans le commerce une influence excellente : elles seules disposaient du crédit et elles ne l’accordaient qu’à bon escient. Établies en vue d’une longue existence, elles ont apporté dans toutes leurs opérations un esprit de suite et des principes fixes, dont le particulier le plus éclairé ne peut faire usage que dans les limites étroites de sa vie. Leurs comptoirs ont été des séminaires de banquiers habiles, instruits par une tradition savante dans l’art de faire des placements. Aussi, en Écosse, le passage des habitudes agricoles aux habitudes commerciales a eu lieu sans secousse violente, et l’agriculture elle-même a emprunté à l’industrie ses allures et ses procédés.

En France, plusieurs banquiers, en divers temps et en divers départements, ont tenté ce qu’on pourrait appeler des défrichements commerciaux : ils ont favorisé, dans le rayon de leurs opérations, la création d’usines et de maisons de commerce. La plupart d’entre eux ont échoué ou n’ont obtenu qu’un médiocre succès, soit parce qu’ils avaient accordé des crédits à des entreprises mal combinées ou à des hommes peu propres aux affaires, soit parce qu’ils avaient eux-mêmes mal conduit leurs propres opérations et immobilisé leurs capitaux. Aucun d’eux, que je sache, n’avait songé à l’agriculture et ne l’avait considérée comme une industrie susceptible de donner des produits importants.

Du reste, quelques lumières et quelque application qu’un homme apporte dans une telle œuvre, il ne peut guère établir une tradition qui lui survive; en tous cas, il n’a jamais autant de moyens qu’une compagnie d’appliquer longtemps les mêmes méthodes, et pour obtenir quelque résultat avec l’agriculture il faut toujours beaucoup de temps. Que d’obstacles d’ailleurs n’opposent pas d’une part la routine et l’ignorance, de l’autre l’absence de principes fixes, de sentiments pratiques et une éducation purement littéraire!

Grâce aux obstacles de toute sorte que la véritable banque, la banque du commerce, a rencontrés, elle s’est souvent découragée et n’a pas même usé des moyens qui restaient à sa disposition.

2* édition. 21

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