LIVRE IV. CHAPITRE IX
paravant, perdra sa valeur moins rapidement. Quel dommage
pourrait-il en résulter pour la communauté commèrciale ?
Si l’or, par exemple, au lieu de valoir 15 fois et demie l’argent, baissait jusqu’au rapport de 14 à 1, il est probable que l’argent ne servirait plus qu’aux appoints, et que les pièces de 10 fr. et de 20 fr. prendraient dans la circulation presque toute la place qu’y occupent aujourd’hui les pièces de 5 fr. La France aurait alors un état monétaire semblable à celui de l’Angleterre.
Car il ne faut pas s’y tromper : bien que la livre sterling , qui n’était, avant 1816, qu'une monnaie de banque , existe réellement aujourd’hui sous la forme d’une pièce d’or et serve de monnaie de compte, la véritable unité monétaire est la pièce d’argent, le shilling, commune mesure entre l’ancienne et la nouvelle pièce d’or, qui est la 21* partie de la guinée , et la 20* partie de la livre. Les besoins et les habitudes du commerce ont seuls fait préférer la livre , comme monnaie de compte , au shilling d’argent.
Il est certain qu’une circulation monétaire , dans laquelle l’or occupe la place principale, est sujette à plus de fluctuations qu’une circulation fondée sur l’argent. Mais qu’y faire? On ne peut empêcher que les deux métaux ne soient employés concurremment aux usages monétaires. En exclure l’or par la suppression de tout change légal et certain de ce métal contre l’argent serait une mesure qui blesserait les habitudes reçues et précipiterait la dépréciation de l’or, sans aucun avantage bien évident et bien distinct. Quant à la dépréciation de la monnaie métallique en général , par l’abondance de la production des mines d’or ou d’argent, c’est un fait purement commercial et inévitable dont le législateur n’a pas à s’occuper. Cette dépréciation, si elle a lieu , sera toujours assez lente pour ne pas troubler les contrats de manière à mettre en danger l’ordre public.
Nous n’avons pas besoin de nous occuper ici des altérations du titre et du poids des monnaies. Les gouvernements des peuples civilisés ont renoncé à cette pratique détestable ; ils ont compris qu’il n’y avait aucun bénéfice pour l’État, qui reçoit toujours autant qu’il paie, à diminuer la valeur réelle en conservant la valeur nominale des monnaies; ils ont compris que cette espèce de fauxmonnayage , autorisant les débiteurs à se libérer par le paiement d’une partie seulement de leur dette , jetait dans tous les contrats
une perturbation déplorable et qu’il importait d’éviter. Désormais on peut considérer le titre et le poids des monnaies comme quelque chose de fixe et qui ne subira guère de variations : on pourra créer des monnaies nouvelles; probablement on ne changera plus le titre et le poids des anciennes.
§ 2. — Delà monnaie de papier.
Mais la plupart des peuples ont introduit, ii côté de la monnaie métallique, une monnaie de papier; ce sont les billets de banque, payables en espèces , à vue et au porteur. On sait quelles sont leurs propriétés, et comment ces billets remplacent et jettent hors de la circulation la monnaie métallique, et comment ils constituent un système monétaire mixte sur lequel on a beaucoup discuté.
Ce système, à ne le considérer qu’au point de vue monétaire, est-il meilleur que celui d’une circulation purement métallique? Est-il plus mauvais ?
11 est inutile de parler ici des émissions excessives et sans motif qui ont préoccupé beaucoup d’esprits. La théorie nous enseigne, et ici la théorie est confirmée par la pratique , que la quantité de monnaie employée dans un pays est réglée uniquement par les besoins du commerce et ne peut s’élever au-dessus de la somme requise par ces besoins, sans qu’il y ait aussitôt une dépréciation. Or toute dépréciation des billets de banque au-dessous de la monnaie métallique occasionne une demande immédiate de remboursement qui modère les émissions des banques. On peut donc affirmer que le billet de banque , payable à vue en espèces, est toujours au pair, comme l’eau contenue dans deux vases communicants est toujours de niveau.
Ainsi , la monnaie de papier a pour le porteur la même valeur que la monnaie métallique, et à l'usage, elle est presque toujours,plus commode.
Ajoutons qu’avec un système mixte, lorsque la circulation monétaire se compose d’un papier convertible et d’espèces, le prix des monnaies est moins sujet aux variations que dans une circulation purement métallique.
En effet les besoins et les usages du commerce, sur lesquels est 2e édition. 22