LIVRE rv. CHAPITRE II
réglée la quantité de monnaie en circulation, sont sujets à varier. Dans une crise purement commerciale, par exemple, les capitaux sous forme de monnaie sont l’objet d’une demande extraordinaire qui en élève le prix : le besoin de réaliser multiplie les échanges, et les capitaux appropriés subissent une baisse dont nous avons indiqué les lois La circulation monétaire est-elle purement métallique? Elle ne peut se modifier d’un jour à l’autre : avant que le commerce ait importé du dehors des monnaies et des capitaux mobiliers, il s'écoule du temps, et pendant cette période les désastres se multiplient ; les réalisations se précipitent et se font à vil prix : le cours de la monnaie subit une hausse énorme qui finit de jeter du trouble sur le marché du crédit.
Lors, au contraire, que le marché jouit d’une circulation mixte en écus et en billets à vue et au porteur, il suffit à la banque ou aux banques d’escompter largement , de manière à augmenter les émissions, pour rétablir l’équilibre : la monnaie parait sur le marché au moment même où elle y est demandée, de telle façon que son prix éprouve peu de variations. Tant que la crise dure , les billets émis en excédant restent dans la circulation : que la crise passe , ces billets, inutiles désormais, rentrent à la banque.
Cette propriété remarquable d’un système de circulation mixte mérite de fixer toute l’attention du lecteur, d’autant plus qu’elle a été singulièrement méconnue par les théoriciens et surtout par lticardo et par l’école métallique anglaise. Les actes de sir Robert Peel, dictés par cette école, en 1844 et 1845, ont eu pour effet immédiat de priver la Banque d'Angleterre de cette élasticité, si l’on peut ainsi dire, qui faisait le mérite principal de cet établissement et qui lui avait permis de rendre plusieurs fois des services signalés au commerce anglais. On s’en aperçut bien lorsque la crise de 1847 éleva tout-à-coup la demande des capitaux évalués en monnaie : sans en bien comprendre le motif et sous la seule inspiration de la nécessité, on suspendit l’acte de 1844 et la crise fut conjurée.
C’est par celte faculté d’augmenter soudain , au moment précis du besoin, la somme de la circulation monétairaque les ban-
* Livre l*r, ch. 13 et 14.
ques mêmes qui utilisent le moins leurs émissions de billets comme les Banques de France et d’Angleterre, sauvent quelquefois le commerce des dernières extrémités.
11 semble que ce soit un paradoxe de dire que le besoin de monnaie augmente tout-à-coup dans des proportions considérables sous l’empire de certaines circonstances. On croit généralement que la prévoyance du commerce, les importations, etc., suffisent à maintenir un équilibre constant entre l’offre et la demande , parce qu’on ne tient pas compte d’un grand élément des affaires humaines, du temps. Cependant il n’est pas un homme d'affaires un peu expérimenté qui n’ait vu quelqu’une de ces crises, et il suffit de jeter les yeux sur le tableau du cours de l’or monnayé et de l’or en barres, pendant la panique de 1818, pour voir à quel point les besoins sont impérieux en certaines circonstances , et combien les espérances les plus prochaines et les plus certaines suffisent peu à les satisfaire. En 1848, au moment où l’or en barres valait seulement 30 francs, par 1,000, où il pouvait sous huit jours être converti en monnaie, l'or monnayé se vendait 120 fr. par 1 ,000 ! Que représentait citte différence de prix ? Huit jours d'attente, pas davantage.
Jamais la supériorité d'une circulation mixte sur une circulation purement métallique ne fut plus sensible que dans la grande crise qui, à la fin de 1823, bouleversa le marché de Londres. Des emprunte à l’étranger, des spéculations de toute sorte à l'intérieur, tles jeux de Bourse avaient absorbé, pendant les années 1823 et 1824, la somme des capitaux disponibles sur la place de Ixmdres1.
1 On a calculé depuis la crise que le nombre des projets lancés en I82i à la Bourse de Lundres était de 243, au capital nominal de 248 millions sterling, sur lequel 43,062,008 livres étaient pavées. Restait donc une dette connue et déclarée de 204,937,302 liv. En ajoutant à ces projets ceux qui s’étaient produits dans les provinces, on trouve que la somme demandée aux capitaux disponibles de l’Angleterre s’élevait à 350 millions sterling ! La plupart de ces projets avaient pour but l'exploitation de mines d'or et d’argent en Amérique. Les actions jouirent presque toutes, durant l’année 1824, dune prime fort élevée. Sans parler de la grande compagnie d’assurance fondée par la maison Rotschild, l’action de 100 livres de la compagnie anglo-mexicaine, sur laquelle 10 livres payées, jouissait au 10 décembre 1821 d’une prime de 33 livres, celle de la Colombienne dans les mêmes conditions, gagnait |9 livres. La compagnie de Real-del-Monte, dont l’action était de 400 livres, dont "0 payées, se cotait à 550 livres et à 1350 livres, le 1 1 janvier