LIVRE IV. CHAPITRE IX
chaque paiement, le crédit de la Banque à celui d‘un nouveau particulier : les compensations s’opèrent, les crédits s’éteignent jusqu'à ce qu’on arrive à l’emploi dans lequel le capital représenté par le billet va s’arrêter. Le billet, alors, par une voie ou par l’autre, rentre à la Banque et tout reprend son assiette ordinaire. Le déplacement soudain de capitaux qui avait donné lieu à la crise commerciale s’est opéré par un déplacement de crédits.
§ 3. — Du papier- monnaie.
Les billets de banque, payables à vue et au porteur, sont de la monnaie de papier : ils ne sont point du papier-monnaie. On a réservé ce nom à des titres sur lesquels le gouvernement qui les émet ou qui autorise leur émission, n’a stipulé aucune promesse de remboursement ou n’a stipulé que des promesses auxquelles il a manqué.
La monnaie ordinaire tire sa valeur de la matière même dont elle est faite et aussi de l’usage auquel elle sert. Le chiffon de papier auquel un gouvernement donne cours forcé de monnaie, ne tire aucune valeur de sa matière; mais il peut servir à l'acquittement des créances existantes et au paiement des contributions publiques : cela suffit pour lui conférer une valeur qu’il n’obtiendrait jamais auprès d’un peuple peu avancé dans la civilisation, chez lequel les créances particulières et les contributions publiques ont toujours assez peu d’importance.
La valeur de ce papier, résultant uniquement de l’usage auquel il éert, est limitée par cet usage même : si les émissions étaient médiocres, le papier-monnaie pourrait valoir autant que la monnaie métallique. Mais dès que les émissions excèdent le chiffre inconnu que l’usage et les besoins ont fixé, sa dépréciation commence, et suit, en raison directe, le progrès des émissions.
Si nous évaluons à 100 la quantité de papier-monnaie que comporte l’emploi dont ce papier est susceptible, toute émission qui excédera ce chiffre de 100, n’ajoutera rien à la valeur totale de la circulation : elle ne servira qu’à déprécier le papier-monnaie précédemment émis en même temps que le nouveau, dans une proportion facile à calculer d’avance. Si, par exemple, l’emploi utile du papier-monnaie égale 100, et que l'émission soit de
100, ce papier vaut la monnaie métallique, et on pourrait le convertir en billet échangeable à vue contre espèces, sans qu’il sortit pour cela de la circulation. Mais il est rare que le cours forcé de monnaie soit attribué à un papier sans intention d’en forcer les émissions : l’histoire n’en fournit peut-être qu’un seul exemple1 . Supposons donc que les émissions soient portées à 1 25 : la totalité du papier émis ne vaut cependant que 100 : chaque billet perd une partie de sa valeur dans le rapport de 25 à 100 ou de 1 à 5; cinq francs en papier-monnaie, par exemple, ne vaudront plus que quatre francs de monnaie métallique. Eu ajoutant 25 à la somme du papier monnaie en circulation, le gouvernement aura réduit dans la proportion de 1/5 chaque billet antérieurement émis, dans la main ou dans la caisse du porteur. Comme transfert de propriété, le résultat est le même que s’il avait pris de vive force 1/5 de toutes les sommes de papier-monnaie possédées par les particuliers.
11 faut observer que, dans la supposition faite ci-dessus, la somme de 25 émise en excès par le gouvernement perd, elle aussi, 1/5 de sa valeur, soit au change contre la monnaie métallique, soit pour l’achat de services personnels ou de marchandises. Les émissions continuent-elles et atteignent-elles en somme le chiffre de 150? La valeur totale du papier-monnaie n'a point varié : elle est toujours égale à 100. Iæs dernières émissions ont réduit la valeur de chaque billet en circulation dans le rapport de 100/150 : chaque billet perd donc 1/3 de sa valeur primitive, les derniers émis par le gouvernement, comme tous les autres.
Si les émissions continuent jusqu’à 200, jusqu’à 500, jusqu'à 1,000, la valeur de la somme totale du papier-monnaie n’en est point altérée; elle reste toujours égale à 100, tandis que la valeur de chaque billet est réduite exactement en raison des émissions, de telle sorte que chaque billet vaut seulement 1/2, 1/5, 1/10 de ce qu’il valait au commencement. Pour prendre un quart de la valeur de la somme du papier-monnaie lorsque les émissions ont atteint 1,000, il faut donc recourir à une émission nouvelle de 300, tandis qu'à l’origine, le môme résultat eût été obtenu par
* Le décret qui donna cours forcé aux billets do la Banque de France, en 1848.
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