LIVRE IV. CHAPITRE X
sure de remplir leurs engagements , d’avoir de la marchandise demandée par la consommation. Ils peuvent avoir de la peine à trouver du crédit , à traiter avec la banque; mais une fois qu'ils ont obtenu ce crédit, ils n’ont plus qu'à travailler avec ardeur, surs qu’ils sont d’avoir un débouché pour les produits de leur travail , et sans crainte de se voir dépouillés par des méventes forcées , consenties sous le coup des échéances. Ce service vaut bien une commission.
Ainsi dans le mécanisme des affaires, la banque d’échange, sans attenter en quoi que ce soit aux droits du capital, et en lui ouvrant même des débouchés nouveaux par la mise en valeur des aptitudes productives , tend à améliorer surtout et à assurer les conditions du travail, à augmenter la liberté économique de celui qui travaille. A ce point de vue, son introduction dans les affaires a unir immense portée , mais ce n’est pas ici le lieu d’insister sur cet ordre de considérations : nous préférons faire ressortir son caractère commercial et sa méthode générale.
Elle se présente au premier abord sous l’aspect d’un commerce de détail hérissé de difficultés, parce qu’il touche à toules les marchandises, et, en effet, il est difficile d’y réussir si on craint les détails et si on n’a pas des connaissances très-variées sur les hommes et les choses du commerce. Mais ces connaissances n’ont pas un caractère proprement spécial : sur chaque marchandise, il suffit de pouvoir répondre à ces deux questions : « Dans quelles proportions se vend-elle et à quel prix? » Quant à l’homme, il suffit de savoir s'il sait acheter ou fabriquer et vendre, et s’il est de bonne foi. Mais le travail d’esprit du directeur d’une banque d’échange doit porter plus haut; il doit rechercher incessamment quelle est, dans le mouvement général des échanges, l’importance relative de telle marchandise et de tel homme qui la vend ou la produit. 11 doit suivre avec soin les mouvements généraux de l’offre et de la demande , de la production et de la consommation , et chercher la solution de problèmes qui , jusqu’à ce jour, ont peu occupé le commerce , et qui ont été à peine posés par la science. Il faut donc apporter dans les opérations de la banque d’échange l’intelligence des généralités et une volonté qui ne soit ni intimidée, ni rebutée par le détail des affaires.
Le bon d’échange s’adapte avec une grande facilité aux be-
soins de la petite industrie, a Le bon du producteur primitif qui a reçu la matière première est transmis au second producteur, qui achève la transformation de cette matière; celui du second producteur est transmis au' marchand en gros; celui du marchand en gros au marchand en détail, et celui de ce détaillant au consommateur, qui paie aussi en produits de son industrie1. »
On peut observer que le crédit représenté par le bon d’échange court en sens inverse du crédit représenté par le papier de commerce ordinaire. Dans le commerce, le consommateur paie habituellement en numéraire et quelquefois en billets : en ce dernier . cas, ces billets sont négociés par le marchand au détail, avec ses billets propres ou ses acceptations, au marchand en gros, parle marchand en gros au fabricant, par celui-ci à l'auteur de la première fabrication, et par celui-ci au producteur ou vendeur de la matière première, laquelle s’achète souvent au comptant. Le crédit accordé au consommateur est à la charge du producteur : avec la banque d’échange, le crédit, au lieu de naitre des affaires faites et réalisées, peut naitre d’affaires à venir prochaines, et il se trouve accordé au producteur par le consommateur dont la banque tient en quelque sorte la place. En même temps que la banque d’échange étend le champ du crédit, elle en réduit l’usage, mais celui qu’elle procure tout directement au travail est plus fécond, comme l’engrais jeté dans la terre est d’autant plus actif qu’il est plus rapproché des racines de la plante.
Est-ce à dire que la banque d’échange soit, comme le prétendent quelques personnes, une panacée sociale? En aucune façon. 11 n’existe et il ne peut exister rien de pareil. La banque d’échange, qui peut d’ailleurs à bon droit être comparée aux inventions les plus grandes et les plus utiles, n’est qu’un procédé, une simplification apportée dans le mécanisme des échanges, quelque chose comme le retranchement d’un ou deux engrenages dans une machine, la diminution et presque la suppression des réalisations dans chaque transaction. Cette innovation, qui peut être appliquée avec le même succès aux grandes et aux petites opérations, apporte, comme tous les procédés qui économisent un emploi de temps et de travail, des richesses nouvelles à la
1 Compte-rendu de la Banque d’échange de Marseille, I85Î.