LIVRE V. CHAP1TRS I
heure au bureau, y travailler tous les jours dans le même ordre et se retirer à la même heure. En observant cette routine , il évitera l’agitation morale et prendra des habitudes de calme , de travail et de décision qui lui permettront d'expédier beaucoup de besogne sans être jamais ahuri.
» Un banquier doit encore économiser le temps en ayant avec sés habitués et le public des communications aussi tourtes que possible. Il ne doit jamais encourager la conversation sur un sujet autre que celui dont il est question , et il fera bien de recevoir son inonde detout , afin qu’on reste moins longtemps à l’entrelfenir. Le mobilier du bureau doit être arrangé de manière que le siège destiné à l’habitué soit plutôt à côté de la porte qu’auprès du feu. Il est utile aussi que le bureau soit placé de manière à avoir une porte pour le public et une autre qui communique avec les bureaux des commis, afin de pouvoir, au besoin , vérifier à l’instant un compte, etc. Il n’est pas bon qu’un habitué qui présente des valeurs importantes à l’escompte, assiste à la délibération du banquier : il vaut donc mieux établir l’usage de la présentation préalable au buieau du principal commis, qui vient consulter le patron et rapporte sa réponse.
» Un banquier doit prendre des moyens pour obtenir et se rappeler les renseignements qu’il reçoit. Il ne doit tenir lui-même aucun livre, mais il doit toujours avoir à son bureau : 1° le livre des balances générales où est inscrit, semaine par semaiue, le mouvement de ses affaires; 2° le livre des balances quotidiennes où se trouve un relevé, jour par jour, de tous les comptes courants ; 3° le livre des balances hebdomadaires sur les escomptes , prêts, etc., obtenus par chaque habitué durant la semaine précédente ; 4° le livre d’inspection où se trouve consigné le montant des valeurs souscrites par des personnes qui ne sont pas en compte avec lui; 5° le livre d’informations où se trouvent des renseignr ments sur le caractère et la solvabilité des personnes avec lesquelles il est en relations d’affaires; G0 enfin le mémorial où sont inscrits les arrangements particuliers faits avec chacun de ses habitués. Tout banquier ferait bien aussi d’avoir une liste de ses habitués, classés par profession, comme marchanus de grains, de cuirs, etc. Il verrait d’un coup d’œil dans quelle classe sont ses relations et quels événements peuvent apporter du gain
HABITUDES ET MAXIMES. 373
ou de la perle clans tel ou tel commerce. Il trouverait aussi dans cette étude le moyen déjuger si les effets que ses habitués lui présentent à l’escompte ont bien pour origine une opération de leur commerce ordinaire.
» Il importe beaucoup de tenir un livre de renseignements. Sans doute, un banquier dont la mémoire est forte et l’expérience grande, pourrait s’en passer. Mais la mémoire la meilleure peut tomber en défaut, et cela dans les occasions les plus importantes. D’ailleurs il arrive un jour ou l’autre que le banquier est absent, ne fût-ce qu'un moment, et il emporte sa mémoire avec lui...
» Un banquier peut obtenir des renseignements sur un commerçant, soit pour lui-même, soit pour un client, auprès du banquier de ce commerçant. Mais ces renseignements sont défectueux : le banquier auquel on les demande ne juge ordinairement de la solvabilité de ses habitués que d’après l’état de leur compte courant chez lui; et si le compte se balance par un solde créditeur, les renseignements fournis par lui sont toujours favorables. En outre , le banquier peut avoir intérêt à maintenir ou à étendre le crédit de son client et à en dire , par suite , plus de bien qu’il n’en pense. Au contraire, les maisons qui exercent le même commerce se connaissent bien entre elles : le marchand en gros sait bien quelle est la solvabilité des marchands au détail qui font des affaires avec lui , et chaque banquier en a quelqu’un de chaque branche de commerce dans sa clientèle, -auprès duquel il lui est facile de se renseigner. Il peut trouver aussi d'utiles indications sur les effets mêmes qui passent dans son portefeuille, s’il a le temps de les examiner.
11 importe infiniment au banquier de se tenir au courant de la fortune et des affaires de ses habitués. L’habitué, lorsqu’il se met en compte, fournit lui-même quelques renseignements. Bientôt les livres en fournissent d’autres : le total du compte courant indique l’importance des affaires ; l’état des balances atteste 6i le négociant a ou n’a pas beaucoup de-fonds disponibles; les effets disent s’il fait beaucoup d’affaires avec les mêmes maisons et si ces maisons sont bonnes. D’uu autre côté, les acceptations du client indiquent l’e pèce de gens auxquels il a affaire ou qui ont l’habitude de lui accorder du crédit. Mais le meilleur moyen de se renseigner est de voir l'homme. Ce moyen, comme tous les