‹ Traité théorique et pratique des opérations de banque (volume 2)Chapitre 241 sur 328 · LIVRE V; CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE V; CHAPITRE I

autres , peut tromper ; mais , en général , le port et les manières d’un homme témoignent de son caractère. Il y a des gens qui présentent toujours par l’intermédiaire de leurs employés les bordereaux à l'escompte, etc. C’est fort bien tant qu’ils n’ont pas besoin d’un crédit extraordinaire! mais s’ils ont besoin d’un crédit qui .dépasse les habitudes, le banquier doit faire venir le chef de la maison , et s’il a des doutes sur le caractère de son client, qu’il se rapporte à l’impression que produira la première entrevue : neuf fois sur dix, cette impression ne le trompera pas. Il n’est pas besoin d’étudier la phrénologie ou la physiognonomie pour apprécier exactement le caractère d’un homme avec lequel on cause d’affaires.

» Un banquier de province peut bien plus facilement être renseigné sur le caractère et la solvabilité de ses habitués que le banquier de la capitale. En province, tout le monde connaît les affaires de chacun , ses relations de famille, sa fortune, ses espérances et surtout ses habitudes.

» Un banquier doit se diriger dans ses affaires par des principes généraux : il doit savoir d’avance s’il veut ou ne veut pas faire des avances sur hypothèques, sur contrats, sur connaissements, sur warrants, s’il veut escompter du papier qui ait plus de trois mois à courir, etc., etc.

» Le grand avantage des principes généraux , c’est qu’ils économisent le temps. Lorsqu’un banquier répond à un habitué : « Il est contraire aux règles et principes de la maison de faire des avances sur connaissement, » il n’y a rien à répliquer. A défaut de principes généraux, il faudrait s’expliquer, causer et courir le xisque d’être surpris par un interlocuteur habile et beau parleur. Le banquier qui s’est imposé uue règle, écoute patiemment, sans changer de réponse ni de résolution.

» Il est utile à un banquier d’avoir des principes généraux, et plus il acquerra d’expérience, plus il en aura; mais il n’est pas -utile de les exposer et de les discuter à tout propos. En général , «n cas de refus, il vaut mieux ne pas motiver. La science de la .banque est si peu répandue , que les explications du banquier ne seraient pas comprises. D’ailleurs quel raisonnement pourrait prouver à celui qui a besoin d’argent, que le banquier n’a pas tort de lui en refuser?... On peut toutefois, dans certains cas par-

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ticuliers, s’écarter des principes généraux, mais il est bon de ne s'en écarter ni souvent , ni sans motifs graves.

» Dans les grandes villes , il vaut mieux prendre une ou deux branches d’affaires que de se livrer à toutes les opérations de banque. C’est ce qui se fait à Londres.

» Un banquier doit être prudent lorsqu’il ouvre un nouveau compte sur ses livres. Le nouveau client doit être présenté par quelque négociant dont il soit personnellement connu. Plus ce négociant sera considérable, plus la recommandation aura de poids. A celui qui se présenterait sans parrain , il faudrait demander de qui il se recommande, et en même temps l’interroger sur Je genre d’affaires qu’il fait, et sur le crédit dont il présume avoir besoin. 11 devra dire dans cet entretien de quelle espèce et de quel caractère sont les effets qu’il apporte à l’escompte, et donner tous les détails qui méritent une considération particulière. C’est une grande faute à un commerçant de fournir au banquier chez lequel il ouvre un compte des renseignements inexacts. Tout banquier craint les comptes douteux qui lui font soupçonner quelque fraude ou l’emploi de valeurs suspectes, et prend facilement ombrage. Eu général, il serait bon de ne jamais accepter le compte de celui qui a un autre banquier: on n’a le plus souvent deux banquiers que pour obtenir de l'un et de l’autre autant de crédit que l’on peut. Si le commerçant a quitté son banquier, il est bon de savoir pourquoi.

» C’est une mauvaise politique d’attirer à soi la clientèle des autres banquiers en ouvrant des crédits plus larges. C’est aussi le plus souvent une mauvaise politique d’avoir des clients éloignés dont on ne peut suivre les affaires...

» Un petit banquier ne doit pas avoir chez lui de gros comptes. Des banques, d'ailleurs bien administrées, ont été ruinées par un gros compte. En effet si ce compte a besoin de crédit, il absorbe les ressources du banquier et l’oblige à restreindre le crédit de ses autres clients ou d’avoir recours, soit au réescompte, soit à quelque autre mode d’emprunt. Le gros compte, fùt-il toujours créditeur, aurait encore de grands inconvénients. Un petit banquier ne peut pas employer un dépôt considérable de manière à le retrouver en cas de besoin : et il est obligé, pour faire face aux demandes de remboursement, d’augmenter son encaisse beaucoup

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