LIVRE V. CHAPITRE I
des banques qui sont tombées, out péri pour n’avoir pas su regarder une perte en face : d’abord on avait ouvert un crédit avec imprudence, puis, pour ne pas compromettre les fonds avancés, ou s’était engagé davantage, puis davantage, jusqu’à ce que le sort de la banque s’était lié à celui du client, et à la fin ils avaient succombé l’un et l’autre. »
On remarquera sans doute que dans l’ensemble de ces préceptes, M. (iilbart semble supposer que le banquier est libre de faire ce qu’il veut, de prendre tel ou tel papier, de refuser tel ou tel autre. Cette liberté existe dans une certaine mesure à Paris, à Londres, et peut-être dans quelques autres grandes villes. Mais il en est autrement dans les villes de second, de troisième ordre et surtout dans les campagnes. Or il se fait, dans ces localités, un grand nombre d’opérations de banque, plus difficiles que celles des grandes places et qui demandent au banquier beaucoup de soin, d’intelligence et quelquefois d’invention. Les banques répandues dans les localités obscures sont nombreuses et dignes d’encouragement ou au moins de souvenir; ce sont en quelque sorte les pionniers de la civilisation commerciale, qui mènent rude vie et endurent les fatigues au profit de tous; qui vont à la recherche des capitaux et de ce qui, dans les campagnes, est plus rare que les capitaux, des aptitudes commerciales ou industrielles.
Dans les villes même, il faut souvent traverser- des temps fort durs, où les affaires sont rares et la concurrence ardente et aveugle 11 faut du travail pour se défendre des exigences des capitalistes, du travail pour fixer une clientèle capricieuse, mobile, oublieuse des services rendus; et dans ces situations quelquefois extrêmes, on ne conserve pas sans pëine sa liberté. D’ailleurs les principes énoncés dans la citation ci-dessus sont sous tous les rapports irréprochables.
Il est une espèce de papier que M. (Iilbart et les praticiens traitent avec trop de dédain, c’est le papier bourgeois, si l’on peut ainsi dire, tel que les lettres en recouvrement venant de personnes étrangères au commerce, envois de fonds, etc. Ce papier, il est vrai, n’est pas abondant, mais il est sûr, puisque jamais il ne vient à l’escompte. 11 serait convenable de l’encourager, au lieu de lui opposer du dédain et des exigences élevées. Bien ac-
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HABITUDES ET MAXIMES
cueillir ce papier serait un moyen de populariser la banque et d'habituer toutes les classes de la société à s’en servir. Tel homme pour lequel on refuse ou dédaigne de faire un envoi de fonds ou un recouvrement viendrait bientôt peut-être déposer quelques épargnes chez le banquier; plus tard il y aurait un compte courant, il aimerait à payer et à recevoir par écritures, sans maniement de fonds, sans garder, pendant plusieurs mois dans une armoire, des écus qui ne sont utiles ni à lui-même, ni à qui que ce soit. On se plaint quelquefois de la répugnance qu'éprouvent les habitants de la campagne à aller en banque, à déposer leurs fonds; on peut être certain que cette répugnance n’est pas sans motifs et qu’il n’est pas impossible de la surmonter.
Je n’insisterai pas davantage sur les maximes et les préceptes pratiques; aussi bien la plupart de ces maximes se trouvent répandues dans tout le cours de cet ouvrage et rattachées aux principes qui leur servent de démonstration. Suivant une méthode qui convient mieux à qui ne peut invoquer, comme M. Gilbart, l’autorité d'une longue expérience. J’emprunte encore une citation à cet auteur : elle se rapporte à la conduite que doit tenir le banquier en temps de crise. Les paniques dont il est ici question ne sont, fort heureusement, connues que sur les grandes places, à Londres et à Paris surtout; mais elles ont leur contre-coup dans les provinces et constituent un des fléaux contre lesquels il importe le plus au banquier de se tenir préparé.
« Une crise est toujours précédée d’une période de spéculation ; il suit de là que le banquier qui veut traverser sans peine la crise doit être prudent eu temps de spéculation. Il lui faut une grande fermeté pour cela, car il est bien plus difficile d’agir avec sagesse en temps de spéculation qu’en temps de crise. Mais si le banquier n’est pas sage en temps de spéculation, sa sagesse lui servira peu lorsque la crise sera venue.
» Lors donc que l’argent est abondant, que le prix des renies est élevé, et que les autres banquiers ouvrent libéralement des crédits, il doit redoubler de précaution dans ses escomptes et dans les avances qu’il fait. Il ne faut pas que la crainte de garder des capitaux sans emploi ou d’offenser ses ayants compte lui fasse oublier les vrais principes. C’est le moment de faire balancer les comptes débiteurs et dormants, d’éloigner les valeurs douteuses