‹ Traité théorique et pratique des opérations de banque (volume 2)Chapitre 244 sur 328 · LIVRE V. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE I

et les clients faibles ; il ne faut plus alors faire que des placements à courte échéance sur des valeurs faciles à réaliser et peu sujettes à changer de prix sous l’effet de la crise. L’escompte du papier de commerce de premier ordre, même à un intérêt minime, les avances sur rentes ou autres valeurs sûres sont les meilleurs placements en pareil cas.

» Bientôt les affaires prennent un aspect menaçant; il faut alors refuser l’escompte aux effets inférieurs et tenir ses capitaux réalisables. Pour obtenir ce résultat, il convient de parcourir plus attentivement que jamais les livres, de rappeler les avances, de veiller à ce que les comptes courants soient bien couverts, de réduire les escomptes et d'éloigner les comptes inférieurs. Tout ceci doit être fait avec discrétion et jugement, de manière à faire porter les réductions sur les effets douteux ou qui n’appartiennent point à la clientèle ordinaire. Il faut aussi surveiller avec soin les comptes dont le solde créditeur n’est pas proportionné aux escomptes obtenus.

» lorsque la crise arrive, les fonds sont demandés de trois côtés : 1° les ayants compte réduisent leurs soldes créditeurs; les dépôts sont retirés, parce qu’alors les capitalistes peuvent trouver ailleurs un intérêt plus élevé ou sont tentés par le bas prix des rentes; 2° les demandes d’escomptes et d’avances augmentent, et elles viennent non-seulement de la petite clientèle dont le banquier peut ne pas se soucier, mais aussi de négociants riches qu’il a intérêt à obliger et qu’il désire obliger; 3° lui-même jugera qu’il est prudent de garder un encaisse plus fort pour subvenir aux demandes. Il faut donc que le banquier réalise sa réserve en commençant par les valeurs sur lesquelles il n’a pas de perle à subir.

» S’il a placé des fonds exigibles à volonté chez un escompteur, il les rappellera; s’il a prêté à la Bourse à courte échéance, il ne • renouvellera point ses prêts; s’il a pris du papier d’escompteur, il le réalisera à échéance et n’escomptera plus. Si ces réalisations ne suffisent pas, qu'il vende ses rentes ou ses billets de l’échiquier ou qu’il les mette en gage. Le banquier de province qui a placé sa réserve en effets de commerce sera heureux alors de les réescompter, et plus heureux s’il peut les réescompter à des conditions qui ne soient pas trop dures.

HABITUDES ET MAXIMES

» Lorsque la crise a commencé, il ne faut plus songer ni à réduire les avarices, ni à suspendre les escomptes. Il vaut mieux élever le taux de 1 intérêt. Toute demande d’argent serait inutile et ferait croire que le banquier est court de fonds. La crise toutefois est un bon prétexte pour exiger des remboursements ou pour refuser des crédits k ceux auxquels on ne veut pas prêter du tout.

» En temps de crise, un banquier est obligé de refuser souvent et il doit apporter beaucoup de discrétion dans la forme de ses refus. Mais quelque polie que soit cette forme, il offensera. L’offensé se plaindra peut-être et répandra dans le public que le banquier est gêné, peut-être même que le banquier est sur le point de suspendre. C’est la la cause des bruits de faillite qui courent dans ces moments et qui, détruisant la confiance, augmentent la gène.

» En temps de crise, on offrira plusieurs fois au banquier de porter chez lui un compte à condition qu’il fera certaines avances.

» Il doit examiner avec précaution une telle offre. Il est bien possible que tel négociant, dont le compte est important et bon, veuille quitter son banquier, parce que celui-ci n'est pas en mesure de suffire à ses besoins. Mais il est possible aussi que des marchands de peu d’importance prennent le prétexte de la rareté de l'argent pour demander un crédit que leur banquier n’a pas pu, disent-ils, leur accorder, et qu’en fait il n’a pas voulu leur accorder. C’est au banquier auquel ils s’adressent à voir et à réfléchir. Eu acceptant et en refusant cette offre, il court la chance de se tromper, mais s’il commet une erreur, il vaiit mieux que ce soit par excès de prudence.

» Il y a peu de sagesse à vouloir attirer à soi la clientèle des autres banquiers, en temps de crise, par des offres de crédit. Le meilleur moyen d’acquérir de nouveaux clients, c’est de bien traiter ceux que l’on a. 11 vaut mieux employer ses capitaux à soutenir de vieux amis qu’à en acquérir de nouveaux. Si vous en avez assez pour suffire aux deux emplois, c’est fort bien ! Encore fautil ne prendre qu'avec prudence de nouveaux comptes, surtout s’il est nécessaire de faire les premières ouvertures. En temps de crise, le banquier verra venir quelques-uns de ses clients les plus riches qui, dans les temps ordinaires, négocient leur papier à l’escompteur chez lequel ils trouvaient des conditions plus dou-

Page 1