LIVRE V. CHAPITRE I
délivré au public, porte deux signatures, celle d’un caissier et celle d’un comptable.
» Il faut que le travail soit exactement divisé, de manière à ce que toute fonction soit dévolue à une personne déterminée, et que jamais un commis, blâmé pour avoir négligé de faire sa besogne, ne puisse dire : « Ce n'est pas mon atfaire. » C’est pourquoi il ne faut jamais remettre un travail collectif à plusieurs commis, parce qù’alors chacun en ferait aussi peu que possible et rien ne serait bien fait. S’il s’élève entre les commis une contestation sur leurs attributions respectives, il faut qu’il y ait près d’eux- quelqu’un qui puisse trancher la difficulté sur-lechamp.
» Il existe trois grandes divisions dans les banques de Londres : la caisse, la comptabilité générale et les recouvrements. Le caissier n'est pas seulement un compteur d’argent; il lui faut une grande mémoire pour se souvenir à peu près de l’état du compte de chaque habitué,. de manière à pouvoir acquitter des mandats sans recourir trop souvent à celui qui tient les comptes courants. 11 lui faut du coup d’œil pour pouvoir reconnaître les fausses signatures, un grand sang-froid au milieu de la foule qui se presse au guichet et, môme en face des reproches les moins mérités, de la politesse et de la prévenance pour le public en tout temps et en tout cas , parce que ce sont ses rapports avec le public qui contribuent le plus à faire la bonne ou la mauvaise réputation de la banque.
» Les employés à la comptabilité doivent avoir une bonne écriture, écrire exactement les chiffres, travailler assidûment et ne pas craindre, dans les temps où les affaires pressent, de passer la soirée sur les livres. Mais il y a une grande différence entre les qualités nécessaires au simple commis et celles que doit posséder le chef de comptabilité.
» Celui-ci n’est pas un simple teneur de livres : autre chose est de tenir des livres, à l’avance réglés et préparés, autre chose est de former une combinaison d’écritures, d’établir une comptabilité appropriée aux opérations d’une maison. Encore lorsqu'une comptabilité est établie, un bon chef aura-t-il souvent l’occasion, en banque, de trouver une meilleure façon de passer certains arides , de faire des essais qui ne ressortent pas immédiatement
des livres, de débrouiller les comptes longs et compliqués, de les éclaircir et de les abréger. Une bonne tenue de livres et un chef à tète lucide (clear hradcd) auraient empêché plus d’une banque de suspendre ses paiements.
» D'après ces données, il faut placer chacun dans la division pour laquelle il a le plus d’aptitude. »
Appointements. — «Dans toute banque, le salaire des plus jeunes est inférieur à celui des anciens. En tëcosse , un commis de banque fait un apprentissage de trois années pendant lesquelles il reçoit peu de chose. Il n’en est pas de même à Londres où un jeune commis reçoit au début t>0 /. par an, et sa part dans les cadeaux de Noël, ou 80 /., dans les banques par actions qui ont supprimé l’usage des étrennes données à leurs commis par le public. Mais partout les règles d’avancement sont variables et il ne peut en être autrement. Quelques banquiers augmentent les appointements de chaque commis tous les ans, lors même qu’il n'aurait pas obtenu d’avancement, et , en ce cas, les appointements sont réglés exclusivement sur le nombre d’années de service; d’autres ont une hiérarchie dans laquelle chaque, grade correspond à un chiffre d’appointements, et alors le salaire dépend de l’avancement : d'autres combinent les deux systèmes et donnent un minimum de salaire au grade et un supplément annuel .à l’ancienneté. Chaque système a ses avantages, mais il est une règle que nous voudrions faire. prévaloir, ce. serait de proportionner toujours l’augmentation des salaires aux profits de la maison. Si la banque prospère, les appointements des employés doivent être augmentés, et si elle éprouve des pertes , ils doivent partager son infortune. C’est le moyen de prévenir les effets du caprice de la part de la direction de la banque , et l’envie de la part des employés. Le taux des appointements doit toujours être fixé par une règle, jamais par la faveur.
» Maîtres, donnez à vos serviteurs ce qu’il est juste et équitable de leur donner, en vous souvenant que vous aussi avez un maitre dans le ciel. » Soyez justes dans vos distributions d’avancement, et choisissez ceux qui sont les plus dignes et les plus capables de remplir l’emploi auquel ils sont destinés. Soyez justes dans la fixation du salaire, et souvenez-vous qu’ayant plus de responsabilité que les serviteurs ordinaires, ils doivent être payés
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eu conséquence. Foyez justes dans les promotions et né laissez jamais supplanter le mérite, par le patronage et le favoritisme. Soyez justes dans la quantité de travail que vous exigez : ayez a-sez d’employés pour qu’ils puissent accomplir leur tàclye sans s'excéder de fatigue ; ne les faites pas veiller trop tard et ne leur refusez pas quelques congés utiles à leur santé et à leurrécréat on. Soyez justes dans vos reproches : que vos censures soient mesurées aux torts, et reconnaissez aussi facilement le mérite de vos commis que leurs défauts. Soyez justes dans vos pensions, et récompensez avec respect et libéralité vos vieux serviteurs : souvenez-vous qu’ils ont été jeunes et que vous avez eu le bénéfice de leurs services.
» Dans toutes les banques, les employés fournissent habituellement deux cautions de 500 /. chacune, et ces cautionnements sont plus élevés dans les grades supérieurs. En 1841, la banque d'Angleterre a renoncé au système des cautions et l’a remplacé par un autre système. Chaque employé souscrit en entrant 10 p. °/« de la somme pour laquelle il était tenu de fournir caution : les anciens ont souscrit pendant cinq ans 2 p. °/0 de la même somme et le revenu de ce fonds fixé à 6,000 /. est versé à la caisse des veuves d’employés, fondation patronée par la banque. Si les secours abaissaient cette somme au-dessous de 6,000/., on comblerait le déficit avec les arrérages des rentes qui forment cette dotation ; on recourrait à de nouvelles contributions, si le cautionnement commun devenait inférieure 4,700/., mais jamais la contribution ne peut s’élever au-dessus de 2 p. % de l’ancien cautionnement personnel, et jamais la banque ne peut réclamer au fonds de garantie une somme supérieure au montant de cet ancien cautionnement. Les employés sont, en outre, personnellement engagés pour toute la somme dont ils seraient responsables, et le fonds de garantie n’est jamais qu’un cautionnement. — La retenue annuelle pendant cinq ans a été fixée à une livre. »
Discipline. — h Comme la discipline du bureau dépend principalement du commis-chef, la description de ses fonctions servira à expliquer celles des autres.
» Le commis-chef doit connaître à fond le bureau. Il doit aussi posséder certaines qualités morales, telles que le sang-froid, l'amour de l’ordre et de la régularité, le sentiment de la discipline
joint à une grande bienveillance naturelle. 11 doit surtout prêcher d’exemple.
» Iæs fonctions du commis-chef consistent : — à veiller à ce que les autres commis viennent au bureau le matin à heure fixe, à ce qu’ils ne s’absentent pas sans motif dans la journée et à ce qu’ils ne quittent pas la banque jusqu’à ce qu’ils aient rempli leur tâche ; à vérifier de temps en temps si les livres sont en bon ordre, et, s’ils n’y sont pas, à faire les avertissements et les remontrances nécessaires ; à voir pendant le jour si les guichets sont bien tenus de manière à ce que le public y soit à son aise ; à vérifier si les livrets des habitués sont bien et convenablement écrits, et. en cas de plainte, à examiner la chose et à s’expliquer avec l'habitué ; à voir, le matin de bonne heure, si la balance de la veille au soir est exacte, et si elle ne l’est pas, à venir le soir ou le lendemain, et à trouver le moyen d’empôcher la chose de se reproduire; à vérifier de temps en temps les caisses, et à faire, sur le résultat de la vérification, son rapport au banquier; éveiller à ce que tous les employés de la maison soient polis les uns envers les autres et envers le public, etc.
» Il doit veiller d’une manière spéciale à ce que chacun arrive exactement à l’heure ; quelques banques ont établi une feuille de présence.
» L'exactitude est un signe du caractère. On peut conclure avec, raison que celui qui est exact à l’heure remplit ses devoirs avec exactitude pendant le jour, qu’il a les habitudes les plus régulières et qu’il est le plus digne d’avancement. Les plus exacts sont ceux qui méritent le mieux d’obtenir des congés au besoin, car les autres prennent les leurs en détail chaque jour de l’année; chaquefois qu'un employédemande un congé,il est bon de voirs’il est exact à l’heure. Quant aux absences pour cause de maladie, on ne peut pas supposer qu’elles ne soient pas légitimes et qu’un employé se dise malade lorsqu’il ne l'est pas réellement; s’il s’eu , trouvait quelqu'un capable d'un tel mensonge, cette action indiquerait une telle absence de dignité personnelle qu’on ne devrait pas tolérer la présence d’un tel employé dans une banque. »
Vacances. — « Il est désirable, sous plusieurs rapports, que tous les employés d’une banque, et spécialement ceux qui sont chargés de la garde du portefeuille ou de la caisse, aient tous les
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ans une semaine ou deux au moins de vacances. Les vaeances ne devraient pas même être facultatives; elles devraient être établies comme une règle fixe et placées à l'époque où elles ont le moins d’inconvénients dans la maison. La bienveillance et l'humanité devraient suffire à décider le patron à prendre ce parti ; mais à défaut de ces sentiments, celui de l’intérêt personnel doit le faire accéder à toute demande légitime de vacances. En premier lieu, le défaut de récréation et de repos peut à la longue déterminer une maladie qui occasionne toujours un- grand dérangement dans la maison, lorsqu’elle atteint un employé important. En ce cas la banque éprouve plus de dommage que si le congé avait été accordé. Ensuite les absences momentanées, lorsqu’elles sont prévues, améliorent la discipline du bureau; en effet l’absent est remplacé par celui qui le suit immédiatement en grade, et lorsque tous les employés sc sont absentés, il y a dans la banque deux personnes au moins familiarisées avec chaque emploi, de telle sorte qu’en cas d'absence forcée d’un employé, pour cause de maladie ou autrement, le service est moins empêché. Ces absences rendent la banque plus indépendante des services de qui que ce soit, tandis qu’autrement si l’on est surpris par l’absence accidentelle d'un employé supérieur, l’embarras qui en résulte rend les services de cet employé plus apparents et ajoute même à leur importance effective. Les vacances qui le reposent et le rendent capable d’un meilleur service réel lui font sentir en même temps qu’il n’est pas indispensable.
» Ce n’est pas tout ; l’absence temporaire des employés est une garantie de plus de leur probité. Je connais des cas dans lesquels un employé supérieur a pu continuer durant plusieurs années des fraudes qu’une absence d’un jour aurait mises à découvert. Lorsqu’un commis a des vacances et qu’il sait qu’à une époque déterminée les valeurs dont il est dépositaire seront confiées à d’autres mains, cette prévision suffit pour l’éloigner d’une carrière dans laquelle son improbité ne pourrait tarder à être connue et punie. »
Déficits de caisse. — « Il ne faut pas s’attendre à ce qu'un caissier reçoive et paie durant une journée entière sans jamais commettre une erreur. 11 y en aura toujours quelqu’une dont le caissier est responsable. Pour couvrir ces déficits, quelques
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banques accordent une indemnité , soit 20 ou 30 l. par an. D’autres supportent les déficits et se contentent d’un avertissement au caissier lorsque l'erreur est grosse. Une exactitude supérieure sous ce rapport est considérée comme un mérite. Partout il est bien convenu que le caissier ne doit jamais se servir des fonds de la caisse, même temporairement, pour son usage personnel, ni avancer aucune somme, quelque faible quelle puisse être, aux autres commis, sans encourir un renvoi immédiat.
» Quelques banquiers renvoient ceux de leurs employés qui jouent à la Bourse. Les effets de cette espèce de jeu sont très-fàcheux et il est impossible que des engagements spéculatifs ne distraient pas un commis de ses devoirs. S’il perd, le voilà dans les dettes,... il ne s’appartient plus. »
Instruction. — « Quelle que soit l’aptitude naturelle d’un jeune homme qui débute dans la carrière, il ne faut pas attendre un bon service de sa part tant qu’il n’a pas acquis l'instruction pratique. Il y a une méthode bonne et une méthode mauvaise pour faire la plus simple opération : des habitudes d’incorrection ou de relâchement une fois acquises ne se perdent pas facilement. Ixirs donc qu’un jeune homme entre dans une banque, il convient de le mettre sous la direction d’un commis plus expérimenté, capable de lui enseigner les détails de la besogne dont il est chargé. 11 est bon également que le chef de comptabilité ne soit pas trop surchargé de travail manuel, afin qu'il ait le temps de parcourir les bureaux, d’observer le travail de chacun et de donner les instructions qu’il pourra juger convenables et utiles. Les employés anciens et supérieurs doivent aussi être prêts adonner poliment et obligeamment aux débutants tous les conseils que ceux-ci pourront leur demander.
» 11 y a plusieurs manières de s’assurer du mérite d’un employé : la plus directe est l’examen des livres qu’il tient. On verra d’un coup d'œil s'ils sont propres, si l’écriture est bonne, s’il n’y a ni taches ni grattages, et s’ils indiquent du soin ou de la négligence. La promptitude est un signe d’habileté ; le commis qui compte vite, qui additionne en un instant une longue colonne de chiffres, est presque toujours un bon commis. La promptitude de la main prouve la lucidité du cerveau. Je ne dis pas quelle atteste un bon jugement, mais elle n’atteste pas non plus