LIVRE VI. CHAPITRE V
Ainsi, pour opérer une spéculation en connaissance de cause, il faut savoir si un achat important de livres sterling à Vienne n’élèverait pas le cours sur cette place, et si une vente importante à Naples n’y ferait pas baisser la valeur de la livre, etc. Or, ce sont toutes ces considérations très-complexes, et sur lesquelles on ne peut être fixé qu’à la suite d’une longue expérience et par des relations sures , qui doivent décider à faire ou à ne faire pas l’opération.
Quaut aux opérations combinées et multipliées auxquelles peuvent donner lieu les spéculations sur les changes, elles sortent complètement de notre sujet. C’est une matière sur laquelle il n’y a point de théorie certaine , pas plus que sur les opérations particulières de tel ou tel commerce déterminé. Quels que soient les ordres de banque, composés ou simples, fondés ou non sur une circulation de papier, il faut en dernière analyse conclure par un achat ou par une vente de monnaie, ou plus exactement, par le change d’une monnaie pour une autre, et, en ce qui touche l’arithmétique, on ne sort pas de la règle conjointe.
Les commissions et les calculs auxquels elles donnent lieu ont même per 'si depuis quelque temps une grande partie de leur ancienne importance. Les spéculations sur les changes deviennent rares, et lorsqu’un banquier en fait une, c'est , ordinairement, de compte à demi avec un de ses correspondants. La plupart dt s opérations de change roulent sur les paiements et recouvrements du commerce de marchandises.
Les arbitrages entre les monnaies et les matières d’or, qui tenaient autrefois une grande place dans les affaires des banquiers cambistes, ne sont plus qu’une opération exceptionnelle depuis la découverte des mines de la Californie et de l’Australie. Les matières d’argent ont fait l’objet d’un commerce plus actif depuis quelque temps et on a commencé échanger contre de l’or des pièces de 5 fr. pour les convertir en roupies.
Les monnaies qui servaient le plus habituellement au commerce des matières d’or et d’argent , étaient les quadruples et les piastres d'Espagne. Aujourd’hui la poudre d’or fait concurrence aux quadruples et les pièces de 5 fr. viennent presque partout remplaceriez piastres.
DES ARBITRAGES
Dans les arbitrages de monnaies et de matières d’or et d’argent, on calcule exactement la valeur intrinsèque des premières . et on les compare aux métaux précieux ; on juge , on arbitre , s’il est avantageux de changer les unes contre les autres. La règle conjointe, au lieu de porter sur les monnaies et sur les chilfres des cours , portera sur le change des divers poids et mesures et sur l’évaluation du tin contenu dans les monnaies.
On trouvera peut-être que l’arithmétique de banque, ainsi réduite à quelques opérations qui se reproduisent sans cesse, soit dans les comptes d’intérêt, soit dans les comptes courants, soit dans les arbitrages, est une arithmétique fort simple. En effet, en théorie, la connaissance approfondie des proportions et des applications immédiates qui s’en déduisent est suffisante pour bien comprendre toutes les opérations usitées en banque. Mais comprendre est une chose et pratiquer en est une autre. On peut bien connaître la théorie et faire exactement toutes les opérations ; c’est peu si l’on ne les fait vite ,* dans la forme qu’elles doivent recevoir sur les livres, de manière à rendre le résultat saillant. C’est peu même de calculer exactement et vite , la plume à la main et dans l’isolement; il faut encore savoir calculer de tète, sans livre, ni plume, dans son bureau et à la promenade, dans la rue même et en entretenant une conversation, de manière à pouvoir embrasser d’un coup d’œil une offre de négociation, en apprécier tous les détails et y répondre en quelques instants. Une longue expérience et une aptitude mnémonique spéciale peuvent seules enseigner les secrets de l’arithmétique mentale. Ce serait folie de prétendre l’enseigner dans un livre.