ÉCHANGE. — VALEUR. — VALEUR COURANTE
Le désir d’acquisition qu'inspire l'appréciation de l’utilité donne naissance.à un effort humain qui est la cause première et génératrice de la valeur des choses. Pour acquérir une chose qu’il ne possède pas, l'homme consent à un effort : ou il travaille, ou il cède le produit d’un travail antérieur dont il a la propriété. Celte cession consentie en vue d’une cession équivalente porte le nom d’Écbange.
L'échange d’uu objet contre un autre semble impliquer l’égalité d’Utilité des objets échangés. Mais lorsqu’on réfléchit un moment à la nature de ce contrat, on reconnaît bien vite qu’il n’est, comme tous les contrats, qu’un simple accord de convenances, et, si l’on peut s’exprimer ainsi, le point où les volontés se rencontrent. Deux sauvages, réunis par hasard avec des rapports pacifiques, entrent en relations d'échange : l’un possède un chevreuil, l’autre une peau de tigre : qui fixera la mesure de l’utilité de chaque objet? Uniquement la convenance personnelle, l’appréciation, le désir des deux échangistes. Si celui qui possède la peau de tigre manque de provisions, s’il est pressé par la faim, il ne tiendra pas compte des peines et des dangers au prix desquels il a acquis la peau de tigre, et il la cédera facilement. Si, au contraire, il est bien approvisionné, le chevreuil qu’on lui offre en échange aura pour lui peu d’utilité, et il refusera le contrat.
Supposons que l’échange s’accomplisse : où aura-t-on pris la mesure de l'utilité des objets échangés? Sera-ce dans la quantité de travail humain employée sur chacun d’eux? Non. Sera -ce dans un sentiment fixe et en quelque sorte philosophique du degré d’utilité de chaque objet? Pas davantage. Il se produit quelque chose de nouveau par le rapport du désir qui existe dans i’àme de chacun des deux échangistes pour chacun des objets échangés. Ce quelque chose qui naît, d’une combinaison de désirs et d’uti-
.ÉCHANGE, VALEIR, VALEUR CopKA.Yl'E. 5
lités s’appelle Valeur. Mais d’oil naissent les désirs combinés? Du besoin de la vanité, etc., d’une circonstance fortuite et temporaire, de telle sorte que demain peut-être chacun des deux contractants se repentira du contrat, et attribuera aux choses échangées une autre valeur que la veille.
La valeur est donc quelque chose de plus relatif, s’il est possible, que l’utilité, car le rapport exprimé par l’utilité n’a que deux termes, l’homme et la chose qu’il possède ou qu'il désire : le rapport exprimé par la valeur a quatre termes qui sont les deux échangistes et les deux choses échangées.
Dans un échange isolé, la valeur de chaque objet est en raison inverse de la valeur de l’autre. Si un hectolitre de blé s’échange contre deux hectolitres de vin, il vaut deux hectolitres de vin, ou deux hectolitres de vin valent un hectolitre de blé : les deux expressions sont synonymes. Si le rapport de valeur vient à changer, il est clair que tout ce que l’un des deux objets gagnera de valeur sera perdu par l’autre et réciproquement, indépendamment peut-être de l’utilité de l’un et de l’autre.
La valeur étant simplement un rapport d’échange, il est évident qu’il n’y a point, à proprement parler, de hausse générale des valeurs. En effet, la valeur, définie comme ci-dessus, n’est que l’expression du rapport qui existe entre deux choses utiles, dont la réunion forme, si l’on peut ainsi dire, une somme d’utilité donnée et invariable dont chacune des deux prend une plus grande part, selon que sa valeur s’élève ou s’abaisse. La valeur d’une chose peut s’élever ou s’abaisser relativement à plusieurs autres ou même à toutes les autres, sans que la somme des utilités qui existent subisse la même variation.
Chaque fois qu’un homme consent à un échange, il est persuadé que l’objet qu’il reçoit est plus utile pour lui que l’objet qu’il cède. A ses yeux , l’utilité des objets échangés n’est pas égale, et il ne se détermine au contrat que par une préférence. « Dans chaque échange considéré comme isolé, dit avec raison Turgot, la valeur de chacune des choses échangées n’a d’autre mesure que le besoin ou le désir et les moyens des contractants balancés de part et d’autre, et n’est fixé que par l’accord de leur volonté. »
Tant que les homme» ont été rares sur la terre, les échanges