LIVRE H. CHAPITRE XVI
On appelle liquidation, à la Bourse comme partout ailleurs, l’opération par laquelle les contrats s’accomplissent et les engagements s’éteignent. L’escompte précipite la liquidation du marché ferme.
La liquidation des marchés fermes sur rentes a lieu au commencement du mois qui suit les opérations. Elle a lieu au cours moyen des effets au comptant cotés pendant la première heure de la Bourse du 1er de chaque mois et doit être terminée le 4. Elle se fait entre agents de change comme les marchés eux-mêmes, chaque agent étant responsable envers ses confrères des ventes et des achats auxquels il a prêté son ministère et, par suite, personnellement tenu des obligations de ses clients qui ignorent en général à qui ils ont vendu et de qui ils ont acheté. L’acheteur doit toujours être prêt à prendre livraison : si, le terme venu, il ne veut ou ne peut payer, les titres acquis par lui, livrables à la fin du mois, sont vendus le lendemain à ses risques, par les soins du syndic des agents de change. L’usage accorde au vendeur 4 jours de terme pour livrer; s’il n’est pas en mesure, à l’expiration de ce délai, l’inscription qui fait l’objet de la vente est achetée à son compte par le syndic des agents de change et livrée à qui de droit. Tout se résout ordinairement en différences payables par l’acquéreur, le dernier du mois, et par le vendeur le 4 du mois suivant.
Depuis le 15 juin 1844, il y a deux liquidations par mois 6ur les chemins de fer, l’une le 15, l’autre à la fin du mois. Elles se font de la même manière que les liquidations des marchés sur la rente et sont soumises aux mêmes règles, aux mêmes usages.
Les marchés simples à terme portent le nom de marchés fermes, parce qu’ils ne permettent à aucun des deux contractants de renoncer au contrat ou même d’en différer l’exécution.
§ 5. — Marchés libres ou à prime.
Il n’en est pas de même dns marchés libres ou à prime qui sont également à terme; ils diffèrent des marchés fermes en ceci, que l’acheteur peut y limiter ses chances de perte, tout en conservant ses chances de gain illimitées, par une condition résolutoire.
Au moyen du dépôt d’une prime, c’est-à-dire d’une somme
SPÉCULATIONS Sl'tt LES FONDS, ETC. 123
qu’il doit verser effectivement, à titre d’arrhes, l’acquéreur obtient la faculté de jouir des avantages de son marché, si les cours lui deviennent favorables, et de l'annuler, si les cours lui sont contraires, en abandonnant ses arrhes ou sa prime. Ainsi, dans ce marché, la perte de l'acquéreur, qui forme le gain éventuel du vendeur, est limitée, tandis que le gain de l’acquéreur, qui forme la perte éventuelle du vendeur, est sans limites.
Le dernier jour de Bourse du mois, dans les cinq minutes qui suivent 2 heures et' demie, a lieu la réponse des primes. L’acheteur à prime doit déclarer à son vendeur si son marché est « solide, » c’est-à-dire, s’il entend prendre livraison, ou, comme on dit, lever le titre qu’il a acheté : à défaut de réponse, la prime est acquise au vendeur. S’il y a réponse à la prime, le marché libre se trouve transformé en marché ferme.
Pierre veut acheter à prime ou par marché libre 3,000 fr. de rentes 3 p. °/0 à fin octobre. La prime est fixée par le rapport de l'offre et de la demande à 1 fr. par 3 fr. de rente, soit 1,000 fr. Cette somme est versée de suite, et Pierre achète au cours, soit à 75 fr. à fin courant.
Si, à la fin du mois, la rente est à 73 fr., il refuse de lever le titre , parce que la livraison lui imposerait une perte de 2,000 fr. : il préfère abandonner sa prime. Si la rente est à 76 ou plus haut, il lève l’inscription sur le prix de laquelle il se trouve avoir payé 1,000 fr. à compte. Aussi dit-on en termes de Bourse qu’il a acheté à 75 fr. dont un, ce qui signifie : dont un franc par 3 fr. de rente est payé d’avance à titre de prime.
Les spéculateurs ne bornent guère leurs opérations mensuelles à un seul marché : ils modifient très-souvent le lendemain, par une opération en sens contraire, l’opération qu’ils avaient faite la veille. Ils aiment aussi les arrangements complexes, les péripéties, le mouvement, et ils ont trouvé par la liaison des marchés fermes et des marchés libres toute une série de combinaisons compliquées et savantes d’une utilité médiocre et dont la description nous conduirait trop loin de notre sujet.
Les marchés libres suivent en général les mêmes usages que les marchés fermes. L’acquéreur a la faculté d’escompter, et le terme fatal de la liquidation est le dernier jour du mois pour lui, et le 4 du mois suivant pour le vendeur.