LIVRE 11. CHAPITRE XVI
Il existe aussi des marchés libres dans lesquels la prime est donnée par le vendeur qui limite ses chances de perte, tandis que celles de l’acquéreur restent illimitées. On dit alors que la prime est pour recevoir. Les choses se passent en sens inverse, mais de la même façon que dans le marché à pri me proprement dit.
Les marchés libres sont ceux que préfèrent les spéculateurs ardents : on les voit conclure, non-seulement à tin de mois, mais à terme rapproché, quelquefois du jour au lendemain, sur parole et sans le concours des agents de change.
§ 6. — Des Reports.
Ce mot reçoit à la Bourse trois acceptions différentes :
1° On appelle report la convention qui reporte un marché ferme de la fin d’un mois à la fin du suivant. Ce report sert à prolonger une opération, soit en hausse soit en baisse.
Pierre a acheté par marché ferme 3,000 fr. de rente 3 p. °/„ livrables à la fin d’octobre. Ce terme échu ou même avant l’échéance, Pierre veut-il reporter son opération à la fin de novembre, il vendra, livrable à fin octobre, son inscription de 3,000 fr., et la rachètera en même temps, livrable fin novembre. S'il existe une différence en plus ou en moins entre le prix d’achat primitif et le prix de vente à fin octobre, cette différence est sur-le-champ reçue ou payée par Pierre, et l’opération à la hausse faite du 1er au 31 octobre se trouve reportée du 31 octobre au 30 novembre. Supposons que Pierre ait conclu tous ses marchés successifs avec le même adversaire, Paul : celui-ci aura reporté, par des engagements en sens inverse, uue spéculation à la baisse de la fin d’octobre à la fin de novembre.
2° On nomme aussi report la différence qui existe habituellement entre le cours de la rente au comptant et le cours de la rente à fin du mois, différence qui résulte du nombre et de l'importance des opérations à terme, soit à la hausse, soit à la baisse. Ce report donne lieu à des opérations particulières.
Ainsi le 3 p. °/0 est à 75 fr. au comptant et à 75 fr. 50 fin courant. Pierre a des eapitaux-écus disponibles : il achète au comptant 15,000 fr. de rente au prix de 375,000 fr. et il vend au même instant, ferme et à fin courant cette rente au prix de
377.500 fr. Il réalise par ce moyen, dans le temps qui est à courir entre le jour de son opération et la fin du mois, sous déduction de l'intérêt de ses fonds et du double courtage de l’agent de change, un gain de 2,500 fr., sans courir aucun risque à peu près, quel que soit le cours du marché à la fin du mois.
Un autre jour, les spéculateurs à la baisse sont les plus nombreux : le 3 p. °/„ est coté à 75 fr. au comptant et fin courant à 74 fr. 50. Pierre se trouve, en ce moment, porteur d’inscriptions : il les vend au comptant à 75 fr. et en même temps les rachète fin courant à 74 fr. 50. Devenu capitaliste par la vente au comptant, il escompte son marché ferme, c’est-à-dire force son vendeur à lui livrer la rente de suite ou à payer le report de 50 c., soit