LIVRE II. CHAPITRE XVI
(jui se rapporte à des opérations plus fréquentes et plus familières aux banquiers. Lorsque la spéculation est active; lorsque surtout, depuis un certain temps, les fonds ont une tendance à la hausse, il arrive presque toujours qu’une quantité considérable de rentes se déclasse, c’est-à-dire sort des mains des capitalistes sérieux qui profitent de l’élévation du prix pour vendre, et passe aux mains des spéculateurs. Tant que la hausse dure, les rentes étant nécessairement demandées, tout va bien; mais peu à peu les livraisons effectives faites à des hommes qui spéculent uniquement sur les différences, finissent par les gêner et les forcer -à vendre. Alors les vendeurs qui spéculent en sens contraire, offrent, le plus qu’ils peuvent, livraison réelle au moment des liquidations, et les acheteurs, n’ayant plus de fonds pour lever les inscriptions, sont obligés de s’en procurer à tout, prix ou de transiger.
Pierre a spéculé à la hausse et, ne calculant que les différences probables du cours, il a acheté 1 '«,000 fr. de rentes 3 p. °/0 à fin courant à 76 fr. A la fin du mois, la rente à terme est à 75 fr. 60 et la rente au comptant à 74 fr. 80 : il offre à son vendeur de lui payer la différence des cours qui est de 2,000 fr. Mais le vendeur, qui se trouve porteur d’inscription, exige que Pierre exécute le marché, lève l’inscription. Celui-ci, auquel il faudrait 380,000 fr. pour cela, n’en a que 20,000, que 10.000 peut être de disponibles. Que faire? Il offre de transiger, de reporter l’opération à la fin du mois suivant, moyennant une indemnité, soit 1/2 par 3 fr. de rente, soit 2,500 fr. après avoir acquitté la différence.
Le vendeur a-t-il besoin de ses fonds, il refuse tout report et exige la liquidation immédiate du marché, l’exécution pure et simple du contrat. Pierre, en cette extrémité, recourt à son agent de change qui, dans la prévision d’accidents de ce genre, est toujours en rapport avec des capitalistes. L’un de ceux-ci consent à fournir les fonds nécessaires pour lever l’inscription et la conserver jusqu’à la fin du mois suivant, moyennant les 2,500 fr. de report. Ce point arrêté, on prend livraison : la rente est remise ou transférée au capitaliste qui en a fait les fonds et vendue à terme pour la fin du mois suivant à Pierre, au prix auquel il l’avait primitivement achetée, augmenté de celui du report, à 76 fr. 50. Pierre a un mois devant lui pour trouver un acquéreur ou des fonds et liquider son opération avec le capitaliste qui lui a fourni
les premiers : s’il ne trouve ni l’un ni l'autre, c’est à recommencer.
Sur les actions de chemins de fer, le report est d’une liquidation à l’autre, c’est-à-dire du 1er au 15 ou du 15 à la fin du mois.
Le capitaliste ou le banquier qui fait le report ne spécule point à proprement parler : il prête sur dépôt de rentes ou d’actions. Cependant il peut arriver que l’emprunteur soit insolvable au moment de l’opération ou qu’il le devienne dans le mois ou dans la quinzaine, soit par des spéculations malheureuses, soit par une baisse considérable des rentes ou des actions sur lesquelles il a opéré, qui ne lui permette pas de trouver un acquéreur pour couvrir son imprudence. En ce cas l'inscription r sic au prêteur, capitaliste ou banquier, sauf reconrs contre lunpruuteur ou plutôt d un agent de change contre l’autre. — Les fonds empruntés sur report coûtent souvent au spéculateur un intérêt fort élevé, jusqu’à 12, jusqu’à 24 p. % sur la rente et jusqu’à 3 p. °/0 d’une liquidation à l’autre, c'est-à-dire à 72 p. % sur les actions industrielles. Le report est presque toujours plus cher que l’escompte des effets de commerce de premier ordre, parce qu’en etfet, soit en raison de la nature même de l’opération, soit en raison de la qualité des personnes et faute d’être suffisamment sanctionné par la loi et la jurisprudence, le prêt sur report fait courir plus de risques que le prêt sur escompte.
Le déport est l’opération inverse du report. 11 arrive souvent que, pour ne pas subir les conséquences à’ une hausse et surtout pour ne pas l’augmenter par une nouvelle demande sur le marché, le vendeur de litres qui, en liquidation, ne se trouve pas en mesure de livrer, aime mieux emprunter un titre que l’acheter. Cet emprunt prend comme le report la forme d’une vente. Celui qui emprunte un titre l’achète au comptant à un prix et le revend en liquidation à son préteur à un prix inférieur au premier de tout le montant du déport, toujours sous la responsabilité de l’agent de change. Pierre, vendeur de 4,500 fr. de 4 1/2 p. °/0 à 103, n’a pas l’inscription qu’il lui faudra livrer en liquidation. 11 l’emprunte au moyen d’un déport, en l’achetant au comptant à 104, et en la revendant à fin courant à 103,50. Le prêteur du litre aura bénéficié de la différence de 50 centimes sans que les intérêts de son inscription aient cessé de courir.
Dans le report, le préteur est nanti d’un titre : dans le déport,