LIVRE II. CHAPITRE XVI
il est nanti d’une somme d’argent ; il ne court de chances que sur la différence et sous la responsabilité de l’agent de change.
§ 7. — Fonds étrangers. — Eventualités.
Nous n’avons point parlé spécialement des fonds étrangers, ni des actions industrielles étrangères, parce que les opérations auxquelles donnent lieu ces deux sortes de titres ne diffèrent qu’en quelques détails insignifiants de celles qu’on fait sur les fonds français et sur les actions industrielles françaises. Les valeurs étrangères ne se négocient pas à la Bourse de Paris aussi couramment qu’à celle de Londres, le plus grand marché de capitaux qu’il y ait au monde, et on n’opère habituellement sur les valeurs de cette espèce qu’au moment de leur émission. Encore faut-il qu’elles soient émises par une maison bien connue et accréditée sur la place.
Il n’y a pas longtemps que les gouvernements qui sont souvent les moins dignes de crédit en obtiennent cependant sur les marchés de Londres et de Paris en se mettant sous la protection d’une maison puissante. On attribue à M. Nathan Meyer Itotschild, de Londres, l’introduction dans les affaires des titres étrangers au porteur dont les intérêts étaient payables à Londres et à Paris. C’est ainsi qu’il put négocier facilement l’ancien emprunt de Naples, dont les banquiers les plus hardis hésitaient à se charger.
On appelle éventualités les titres dont la valeur est incertaine et problématique, tels que le cautionnement acquis à l’État d’une compagnie en déchéance, etc. 11 y a des États étrangers dont les emprunts sont considérés à juste titre comme des éventualités, parce que le paiement des arrérages est indéfiniment suspendu.
§ 8. — Avantages des grands capitaux.
Le marché des fonds publics est alimenté par trois classes d’hommes : ceux qui, disposant de capitaux considérables, se sont fait une profession de spéculer sur les fonds et effets publics ; ceux qui, avec des capitaux médiocres, se sont fait aussi une profession de la spéculation; et ceux qui, ayant dans la société une autre profession et des capitaux d’importance moyenne plus ou moins disponibles, viennent chercher dans la spéculation un
mo\eu nouveau pour eux d’augmenter leur fortune en peu de temps.
Les spéculateurs de Bourse peuvent se diviser en deux classes que l’on distingue dans la pratique à ce signe certain, que les uns vont chez l’agent de change donner leurs ordres, tandis que l’agent de change va prendre à domicile les ordres d( s autres. Entre les deux classes se trouvent ceux chez lesquels vont seulement les commis de l’agent de change. Nous venons de dire quels étaient les spéculateurs de la première espèce.
Dans cet étrange marché où la plupart des vendeurs et des acheteurs ne savent pas avec qui ils opèrent, les petits spéculateurs et les nouveaux venus ne connaissent que leur agent de change chez lequel sont déposés le plus souvent leurs fonds et leurs titres et autour duquel ils s’agitent, achetaut ou vendant sur une parole, sur une conjecture, au hasard, sans aucune donnée certaine sur le résultat de leurs opérations. L’habitué de Bourse n’a sur le spéculateur d’occasion qu’un avantage, c’est d’ètre quelquefois informé un peu plus vite et de savoir mieux s’y prendre pour se retourner et annuler une fausse opération : il connaît mieux la manœuvre des marchés à terme.
Mais pour peu que l’on réfléchisse à l'ensemble des règles qui constituent en quelque sorte le code des marchés à terme, on s’aperçoit bien vite que ceux qui joignent à la possession de capitaux importants l’habitude des spéculations de Bourse, jouissent d’avantages tels, qu’ils sont en réalité les maitres du marché dans les temps ordinaires. Ils peuvent à volonté exiger livraison effective, ou forcer livraison dans les marchés à terme, c’est-àdire agir énergiquement dans le sens de la hausse ou de la baisse, et eux seuls le peuvent.
Ils ont encore à leur disposition un moyen plus efficace et plus direct. En effet, il y a bien trois cours de rente : 1° au comptant;
2” à terme; 3° à prime; mais les cours qui règlent la liquidation * des marchés fermes et à prime ne peuvent jamais s’écarter beaucoup du comptant vers lequel ils sont ramenés sans cesse par les reports et par les escomptes qui ne leur permettent ni de s’abaisser beaucoup au-dessous, ni de s’élever beaucoup au-dessus du cours au comptant.
Or le cours au comptant s’établit, dans les temps ordinaires,
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