‹ Traité théorique et pratique des opérations de banque (volume 2)Chapitre 93 sur 328 · LIVRE II. CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE XVI

sur uu petit nombre de ventes effectuées pur îles particuliers étrangers à la spéculation, d’après leurs besoins. Le spéculateur qui dispose de grands capitaux peut toujours, en même teipps qu’il fait des marchés à terme, dominer le marché gu comptait ou les affaires réelles s’élèvent au cinquantième à pejne de la somme des marchés à terme et dont le cours règle tous les autres- Un tel spéculateur opère-t-il à la hausse : lorsque approche le moment de la liquidation, il lui suffit de demander, pendant quelques jours, de faire acheter au comptant une somme considérable des rentes ou des actions sur lesquelles il a opéré : la hausse est inévitable sur les trois cours. Spécule-t-il à la baisseà l’approche de la liquidation, il offre sur le marché au comptant de fortes parties de rente, et une baisse opportune lui donne la facilité de liquider ses opérations à terme avec avantage. Par ce moyen, il compense et bien au-delà, sur les marchés à terme, qui roulent sur des chiffres énormes de valeurs fictives, les pertes qu’il peut subir sur les marchés au comptant. Qu’importe une perte de 1 p. °/0 sur 10 à celui qui se procure, par ce moyen, un gain de 1 p. °/n sur 50?

Si plusieurs capitalistes de premier ordre opéraient en même temps en seps opposé, il s’établirait entre eux une lutte dans laquelle la victoire resterait à celui que le mouvement naturel des affaires sérieuses, du marché au comptant viendrait à favoriser. Mais ce serait un jeu plein de périls auquel les possesseurs de grands capitaux n’ont garde de se livrer. A quoi bon courir des risques, lorsqu’on peut opérer à coup sûr. En vérité, on ne peut assez admirer l’ardeur des spéculateurs vulgaires qui achètent et vendent dans l'obscurité la plus profonde, au hasard, sans connaître la valeur de ce qu’ils font.

11 est vrai qu’ils s’attachent à calculer la portée financière des événements, à supputer les résultats probables d’une nouvelle vraie ou fausse sur le cours des fonds. Ils ont les yeux fixés sur les causes naturelles de hausse ou de baisse, et ee sont des causes artificielles qui régissent les cours dans les temps ordinaires. — « J’ai gagné! mes calculs étaient justes; je suis un habile politique! » — Point. Vous avez opéré dans le même sens que MM. X, Y, l, et vous n'en saviez rien. — Les révolutions seules déroutent quelquefois les combinaisons que l’on pourrait ^ppçler

de force majeure; encore n’ont-elles pas toujours ce résultat.

Si de semblables combinaisons se produisaient souvent, elles auraient bien vite découragé la spéculation par la ruine successive et prompte des spéculateurs. Aussi ne sont elles pas trèsfréquentes; la spéculation sur les rentes ou actions n’est qu’une distraction pour les détenteurs de grands capitaux, et ils préfèrent opérer sur les émissions d’actions industrielles.

§ 9. — Émission des actions industrielles.

Les actions industrielles anciennes, classées, dont le produit est connu, ne donnent guère lieu à des opérations à livrer, à moins que des causes spéciales et accidentelles, telles qu'un ac-croissement de concession, une fusion, etc., ne les signalent à l’attention des spéculateurs. Il en est autrement des actions en émission. Dès que celles-ci sont émises par un banquier accrédité, quelle que soit leur valeur intrinsèque, elles sont assurées d’une hausse, à moins que les capitaux mobiliers ne soient ou ne deviennent rares. Pourquoi? Uniquement parce que les spéculateurs de profession ont confiance dans le banquier qui émet les actions, et qu’ils ont l’habitude de le suivre. Cette hausse est si bien prévue qu’elle a donné lieu à une mendicité d’un genre nouveau, qui s’est répandue au-delà de ce que l’on pourrait imaginer.

Une Compagnie est fondée au capital de 40, 50, 100 millions, divisés en actions de 500 fr. ou de 1,000 fr., par exemple, pour la confection et l’exploitation d’un chemin de fer. Aux termes de l’acte de société, les actionnaires doivent verser le montant de leurs actions en quatre ou cinq termes successifs. Toutes ces actions sont prises immédiatement, au pair, par un ou plusieurs grands capitalistes qui versent le premier terme, soit un cinquième. Aussitôt ces capitalistes sont assaillis de demandes : des gens du monde, des femmes, des diplomates, des danseuses, des magistrats, des militaires viennent solliciter bien humblement, qui 20, qui 30, qui 100, qui 500 actions au pair. Est-ce pour faire nn placement sérieux? Ont-ils besoin de placer des fonds? Ont-ils même les fonds nécessaires pour acquérir la propriété intégrale des actions qu’ils sollicitent? Nullement; mais ils savent que ces

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