‹ Traité théorique et pratique des opérations de banqueChapitre 118 sur 268 · LiVRE m, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LiVRE m, CHAPITRE V

La Banque eut recours aux moyens extraordinaires ; elle fit venir des départements, à grands frais, 5 millions d'espèces et acheta au dehors avec ses reiites 43 millions environ de lingots. Ces mesures, excellentes en elles-mêmes, furent inutiles. La cession de rentes 5 p. Vo et 3 p. Vo pour une somme d'environ 50 millions, payables en Russie, fut consentie au gouvernement russe lorsque le danger était entièrement passé, lorsque les encaisses étaient remontés à HO millions! cette cession, qui eut pour effet de modifier le cours naturel des changes, fut plus utile au commerde des grains qu'à la Banque elle-même.

L'élévation du taux de l'escompte à 5 p. Vo> décidée le 14 janvier 1847, au moment même où les encaisses commençaient à remonter, n'était justifiée par aucune nécessité. On invoqua à ce sujet l'exemple de l'Angleterre, qui en a donné quelquefois de bons et souvent aussi de mauvais. Les atigmentatîons du taux de l'escompte, le rapprochement du terme obligatoire d'échéance des effets escomptés et les rejets arbitraires de bordereaux, conviennent peu à une banque privilégiée, surtout lorsque ces mesures sont tardives et ont pour effet, non de prévenir la crise, mais de l'àggi-aver. Lorsque son crédit est entier, et celui de la Banque de France en 1847 n'avait point souffert, elle ne doit jamais réduire ses émissions, de manière à exposer la place ou le pays à un déficit de la monnaie de papier en môme temps qu*il souffre du déficit de la monnaie métallique. La Banque de France, qui, depuis le 1" juin 1820, avait tenu invariablement ses escomptes à 4 p. Voj eut beau les porter à B p. Vo, les présentations ne diminuèrent pas, et jamais le portefeuille ne fut mieux garni que pendant l'année 1847. On sortait de la crise monétaire et on allait entrer dans la crise des capitaux.

I^es importations de grains troublent la circulation des monnaies ; mais le déficit que ces importations viennent com^ hier a des conséquences plus graves ; il diminue de toute la somme qu'il représente la masse des dispoiybles. De là vient que les importations de grains sont presque toujours suivies

de la réserve métallique nécessaire à la Banque de France^ sauf les besoins des succursales acquises par elle depuis celle époque*

de près par les crises commerciales. En 1847, il y avait une autre cause de contraction du crédit dans les spéculations désordonnées qui avaient eu lieu depuis deux ans. Mais la Banque de France est administrée de telle façon qu'elle sent peu le choc de ces crises, lorsqu'elles ne sont compliquées ni par une panique, ni par une exportation de numéraire. Les effets de commerce, repoussés par les exigences statutaires de la Banque ou par le taux élevé de l'escompte, vont souvent, dans les temps ordinaires, chez les escompteurs : en temps de crise, ils viennent à la Banque de France, réserve dernière des banquiers de Paris. Les escomptes ne diminuèrent donc pas, à la Banque, en 1847 ; en décembre, elle en ramena le taux à 4 p. Vo et remplaça par des achats sur place les rentes qu'elle avait vendues à la Russie. Cette dernière mesure tendit à soutenir les cours et à faciliter la réalisation des réserves particulières. La Banque, du reste, n'engagea pas toutes ses ressources, puisque son encaisse atteignit 180 millions, et se trouvait, à la fin de Tannée, au plus fort des escomptes, à 107 millions.

Le tableau suivant de la situation des principaux comptes de la Banque de France à la fin de chaque trimestre des années 1846 et 1847, peut donner une idée du mouvement des opérations durant cette période.

Fin mars

ESPÈCES

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