‹ Traité théorique et pratique des opérations de banqueChapitre 139 sur 268 · LIVRE III, CHAPITRE VIII. Î7l · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VIII. Î7l

aient vendu soit qu'ils aient conservé leurs actions, leurs pa* rôles sont utiles au crédit de l'affaire et attirent des capitaux. Les capitalistes hésitent-ils encore à acheter une valeur nouvelle, il existe un moyen ordinairement infaillible de les y amener : c'est de faire passer devant eux un grand mouvement d'affaires. Si le capitaliste voit vendre successivement dans une bourse vingt mille actions de la maison X, plus ou moins, à un prix qui oscille quelquefois, mais qui s'élève en somme, pendant huit, dix, quinze jours ou plus, pourra-t-il ne pas être tenté d'acheter? Un titre de 800 fr. qui se vend couramment aujourd'hui 600 fr. ne vaudra-t-il pas 650 fr, demain, 700 fr. après demain? Qui sait? En toul cas il vaut bien certainement 600 fr. puisqu'il se vend à ce prix, que la demande est égale ou un peu supérieure à l'offre, que des bénéfices considérables ont été déjà réalisés par des personnes qui ont acheté, revendu et touché les différences.

Or que s'est-il passé? La maison X a acheté et vendu en même temps; elle a créé ce tourbillon d'affaires dans lequel le capitaliste s'est laissé engager. Qui le sait? Personne. Certes les habiles s'en doutent, et peu leur importe ; mais eux-mêmes n'en sont pas certains : car lorsque les agents de change sont allés chaque matin prendre les ordres de la maison X, elle a donné à un ou à deux d'entre eux l'ordre de vendre, et à quarante ou cinquante l'ordre d'acheter *. C'est ainsi que se passent les choses : à mesure que les capitalistes prennent ses valeurs, la maison X augmente ses ordres de vente ou diminue ses ordres d'achat, suivant le cours, non pas de jour en jour, mais de quart d'heure en quart d'heure, jusqu'à ce que tous ses titres ou la plus grande partie de ses titres soient écoulés.

Faisons le compte de l'opération en supposant que la prime ait été de 10 p. Vo ou de 50 fr. pendant les dix premières bourses et qu'elle se soit élevée ensuite en moyenne à 30 p. 7o ou 180 fr. jusqu'à la fin de l'opération. La maison X aura réalisé une prime de 150 fr. sur 94,000 actions, soit:

* Chaque agent de change ignore quels sont les ordres donnés à ses confrères et surtout par qui ces ordres ont été donnés. La loi, les règlements, Tusage, et plus encore son propre intérêt, lui commandent la discrétion.

Pour obtenir ce résultat elle aura dépensé, savoir :

!• Prime de 10 p. Vo payée «ur 1,000,000 aux souscripteurs > nécessiteux 100,000 fr.

2« Courtages d'achat et de vente sur une somme l l 700 000

égale à huit fois le capital des actions émi- r > '

ses à 650 fr. soit 2 p. •/. sur 61,100.000 fr. 1,222,000

3« Frais d'administration, perte d'intérêts, etc. . 478,000

BénéÛce net 12,400,000 f.

Il n'y a évidemment rien de certain ni de fixe dans ces chiffres, que nous écrivons seulement comme exemple et pour rendre plus intelligibles la marche et les résultats de l'opération. Cette opération resterait fort belle, lors même qu'on décuplerait les premiers sacrifices d'actions cédées au pair, et que la prime moyenne de réalisation serait un peu moins élevée. Nous croyons toutefois que les bénéfices indiqués ci-dessus ne sont pas sans exemple. Seulement pour s'assurer le concours ou la neutralité des concurrents, il faut que la maison X leur cède une part de ses profits, car il leur suffirait d'acheter et de revendre en sens inverse de cette maison pour écraser les cours et faire échouer l'opération. Mais ce sacrifice est médiocre, et on peut le considérer comme nul, lorsque chacun fait à son tour des affaires semblables.

Si les gains sont proportionnellement un peu moindres dans les émissions des titres de bons emprunts publics, ces émissions sont, par compensation, plus faciles et plus promptes.

On comprend, sans qu'il soit nécessaire de revenir sur ce point, combien le mouvement des marchés à terme, qui tend à élever les cours ou que l'on peut toujours facilement ramener à la hausse au moyen des escomptes *, favorise les émissions de titres.

Dans la supposition que nous venons de faire, nous avons pris pour exemple une affaire très-régulière, établie dans des conditions normales en quelque sorte. Mais en temps de spéculation, lorsqu'un mouvement de hausse a duré pendant

* Voir page 131.

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