‹ Traité théorique et pratique des opérations de banqueChapitre 141 sur 268 · LIVRE m, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE VIII

M. X est directeur ou administrateur. Eo ce dernier cas, M. X sait, à n'en pas douter, que la compagnie à l'administration de laquelle il participe, va faire une opération qui élèvera I^ valeur de ses propres titres ou ceux de toute autre compagnie qui fait ses affaires avec elle. Il achète lentepaent et à petit bruit, en baisse, ces titres sur lesquels Tattention des capitalistes ne s'est pas portée, puis, lorsqu'il a fait son placement, le bruit prévu se répand : alors M. X opère à la hausse et la pousse jusqu'au moment où il peut revendre avec bénéfice ce qu'il vient d'acheter. Ces opérations, menées avec une prur dence même médiocre sur des titres qui ont une valeur intrinsèque, ne peuvent manquer de produire un bénéfice considérable, d'autant qu'il n'est pas môme nécessaire pour les faire de tenir à l'état de numéraire une somme bien forte. Ne peuton pas emprunter couramment à la Banque de France, sur dépôt de rentes ou d'actions de chemins de fer? Ne peut-on pas se procurer par ce moyen des capitaux dont on peut se servir sans perdre un seul jour d'intérêt?

En outre, par la combinaison des conditions auxquelles se traitent les marchés à terme, une maison puissante qui a des capitaux et des titres, peut pousser à la hausse, au moyen des escomptes dans les premiers jours du mois, vendre des titres en liquidation à la faveur de cette hausse, et, au moment de la liquidation, forcer livraison, si elle a vendu ferme, et reporter elle-même les titres qu'elle livre, ou garder la prime, si elle a vendu par marché libre.

Il n'est pas nécessaire, ni même utile en haute banque, de faire des frais d'invention. Celui qui dirige des affaires de cet ordre n'a besoin de se préoccuper que d'une chose, de l'état du marché et de la masse des capitaux disponibles qui peuvent s'y trouver ou y être amenés. Une fois le courant établi, on ne doit pas craindre que les capitaux se rebutent, surtout lorsque le mouvement s'est étendu et a gagné les provinces. On a vu une maison qui voulait émettre une certaine masse de titres^ vendre au commencement de la Bourse, à l'heure où les agents de change exécutent les ordres que les départements leur ont envoyés. Peu à peu les actions émises, pour lesquelles les car pitalistes de Paris n'avaient pas uû grand empressement, ve-

naient à baisser de 15, 20, 30, 40 fr., et vers trois heures, il De se faisait plus d'affaires sur cette valeur. A trois heures moins uu quart, la demande reprenait tout à coup, pour de fortes sommes, et les prix se relevaient aussitôt, de manière à montrer aux départements, par la cote officielle, un cours de clôture de 5 ou 10 fr. plus élevé que le cours d'ouverture, afin de provoquer de nouveaux ordres* La maison qui avait fait vendre au commencement de la Bourse avait fait racheter à la fin. Par ce moyen très-simple répété souvent, cette maison a dû placer ses valeurs d'une manière fort avantageuse.

Un banquier parfaitement accrédité sur le marché produit une baisse par un moyen encore plus simple : il vient, selon son usage, à la Bourse : quelqu'un s'approche et lui demande assez haut pour être entendu : — M. X est-il preneur de tel titre? — Le banquier répond tout haut par un non! bien accentué : aussitôt le titre baisse de 1 fr. 50. Il n'y a personne de plus impressionnable parfois et parfois aussi personne de plus difficile à émouvoir que le public de la Bourse. Il faut du tact, de l'art et une grande connaissance du terrain, même à un capitaliste puissant, pour n'y pas commettre de fausses manœuvres.

Toutes les combinaisons ordinaires deviennent impossibles dès que l'on peut craindre de les voir déranger par des événements politiques ; mais c'est justement alors que les manœuvres fondées sur des nouvelles vraies ou fausses deviennent faiîiles. Toutes les combinaisons peuvent aussi rencontrer un obstacle dans l'épuisement des capitaux disponibles d'un pays ou dans une panique violente.

L'influence des opérations qui se font sur le marché des titres est immense. « Les jeux de Bourse, disait J.-B. Say, ont l'attrait de toutes les loteries : l'attrait que présente au joueur un gain rapide. On voit autour de soi des gens qui dépensent beaucoup, qui font une grande figure dans le monde; on se flatte toujoui's d'avoir le même bonheur ou la même adresse ; on fixe ses regards sur l'appât brillant que vous . offre la fortune; on en est ébloui, et l'on ne voit pas l'abîme qui vous en sépare. Le nombre des familles qui, depuis quelques années, ont été ruinées par les spéculations de la Bourse est vé-

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