CHAPITRE III
BANQUES AN6LÀI6S8.
En Écofi86 et dang la Nouvelle-Angleterre, tout est banque de circulation. Aux États-Unis, on ne comprend guère qu'un banquier, qui a la faculté de recevoir les fonds d'autrui en compte courant ou en dépôt direct, n'ait pas également la faculté de s'en procurer par des émissions de billets au por« teur. Les Américains, qui senties derniers venus dans la civilisation, en ont pris tout d'abord les procédés les plus parfaits, sans se laisser égarer par les vieux préjugés : ils se servent sans hésiter des banques de circulation, comme ils construisent des chemins de fer tout d'abord, avant d'avoir des routes macadamisées ou même des chemins vicinaux. En Ecosse, on est arrivé au même résultat par degrés et à la longue ; il n'y existe de maisons de banques privées qu'en petit nombre, et seulement dans les grandes villes.
n en est autrement ei^ Angleterre. Jusqu'à l'année 4844, le système de crédit de ce pays a été le même à peu près que celui de la France avant 1848. Au-dessus et au somdiet de la hiérarchie s'élevait la Banque d'Angleterre, instrument politique puissant et éprouvé, dont le privilège repoussait à distance de Londres toute autre banque de circulation, et dont les succursales commençaient à menacer dans les comtés les établissements rivaux. Dans les provinces, on trouvait des banques particulières ou par actions, soumises à un régime répressif, mais dont la formation ne dépendait en aucune manière de l'administration publique.
§ 1 . — Banque d'Angleterre.
Nous n'avons pas à raconter ici l'histoire de la Banque d'Angleterre fondée en 1694, ni à tenter l'analyse des actes du parlement qui la concernent, et dont l'indication seule remplit deux cents pages in-folio dans la table générale des statuts, ni
à décrire son organisation ' . C*est avant tout une Banque d*État, car son capital, de 14,553,000 J., est tout entier placé en effets publics, et ses opérations les plus lucratives et les plus importantes ont été, de tout temps, celles qu'elle a faites avec l'État. Toutefois, elle reçoit les dépôts des particuliers, tient des comptes courants, fait des escomptes, délivre des mandats sur ses succursales, émet des billets à vue, des billets à sept jours de vue, et des billets à échéance plus longue. Mais ses opérations avec le commerce sont beaucoup moins importantes dans la masse de ses afEaires qu'elles ne le sont dans la masse des affaires de la Banque de France. D'après la déposition de M. Palmer, alors gouverneur de la Banque d'Angleterre, dans l'enquête de 1833, les principales fonctions de cet établissement consistent u à fournir à la circulation les billets-monnaie qui y sont nécessaires, et à servir de centre de dépôt aux capitaux qui en ont besoin ^. y>
On ferait une lourde bibliothèque avec les volumes écrits de l'autre côté du détroit sur la circulation, sur les banques en général et sur le rôle de la Banque d'Angleterre dans les crises commerciales qui ont affligé la place de Londres. Chaque fois que le marché du crédit était troublé, ce qui arrivait fréquemment, on accusait la Banque d'Angleterre, et celle-ci ou ses partisans rejetaient le blâme sur les banques provinciales.
Dieu nous garde d'entrer dans l'exposé des théories nombreuses émises par nos voisins sur la circulation monétaire ! Il suffira de rappeler ici les faits qui ont préparé l'état de choses créé par le bill de 1844.
Chacun sait que la Banque d'Angleterre fut réduite par les événements et les nécessités politiques à suspendre le payement en espèces de ses billets, en février 1797. Durant toutes les guerres de la République et de l'Empire, elle fournit au gouvernement le papier-monnaie dont il eût besoin et lui donna la facilité de contracter ces emprunts dont la somme énorme a étonné le monde. Naturellement, pendant cette période, les émissions de la Banque d'Angleterre ne furent
< J'en ai indiqué les traits principaux dans la brochure intitulée : /^ Crédit et la Banque. Paris, 1840.
5» Question 181.