‹ Traité théorique et pratique des opérations de banqueChapitre 184 sur 268 · LIVRE IV, CHAPITRE VIIU · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE VIIU

jamais présentés au remboursement que peu à peu, par degrés et par petites sommes, hors les cas de panique et de déroute. Les dépôts fournissent au banquier un crédit mobile, les billets lui offrent un crédit stable; et comme ce crédit porte sur une somme fixe, quel que soit le nombre des banques d'une localité, leur concurrence apporte au publie de nouvelles garanties, celles de nouveaux capitaux propres, qui viennent prendre leur part aux emprunts par émission des billetsmonnaie.

Mais le crédit par dépôts de banque est ancien, et le crédit par émission de billets est nouveau : on fait donc à celui-ci l'accueil réservé aux novateurs ; on l'enchaîne, on le repousse. Les dépôts de banque passent inaperçus, ils échappent à tout règlement * et même à toute critique. En effet, le monde les connaît et ils y ont acquis droit de cité, depuis le banquier Pasion, qui ne les avait pas inventés. Le crédit par émission de billets est suspect, parce qu'il était inconnu à Pasion et à ses prédécesseurs. Notre siècle, qui se vante souvent de l'indépendance de ses pensées, n'est guère moins assujetti à la routine que les siècles précédents; les progrès de la civilisation n'ont changé que les objets sur lesquels la routine est établie.

La liberté absolue serait le régime le plus fécond et le plus sûr qui pût être appliqué aux banques de circulation. Les dures leçons de l'expérience finiront sans aucun doute par l'imposer, comme elles ont imposé à l'industrie les machines les plus complètes et les plus parfaites. Mais l'opinion en est encore fort éloignée, et elle mettra sans doute bien longtemps à s'y habituer.

§ 4. — De la séparation du crédit commercial et du crédit

foncier.

PlusieursÉtatsdel'Europe ont établi des banques de crédit foncier. Dans le Nord surtout, en Russie, en Suède, en Dane-

* Nous avoni vu toutefois que les dépôts avaient été l'objet d'une disposition réglementaire dans les derniers statuts du comptoir d'escompte de Paris. C*est une innovation déplorable, un triste précédent.

mark, en Pologne et dans toute rAllemagne, des associations de propriétaires ont fondé, avec ou &ans le concours des gouvernements, des agences pour la négociation des emprunts hypothécaires ; la France vient d'imiter cet exem« pie.

Yaut-il mieux séparer le crédit foncier du crédit commercial proprement dit? Yaut-il mieux que des établissements mixtes satisfassent les besoins de Tun et de Tautre? Cette question, omise par la science, est posée par la pratique, et son im* portance est grande.

On peut négliger les grands centres de capitaux, d'affaires et d'aptitudes; là tout tend à la spécialité, parce que les administrations mixtes y excèdent sensiblement les facultés de quiconque voudrait les embrasser, et la division du travail s'y établit d'elle-même. Dans les localités isolées, dans les campagnes, il en est tout autrement; le travail est peu divisé parce qu'il faut réunir plusieurs spécialités pour suffire à l'activité d'un seul homme ; on le voit par ce qui se passe dans le commerce, dans l'industrie, dans l'agriculture, et ce n'est ni la fantaisie, ni la coutume qui réunit ainsi les diverses espèces de travaux, c'est la nécessité.

Est-il possible à radministi*ation des affaires de crédit de suivre des lois différentes et de se diviser sans dommage, dans les campagnes, en deux branches distinctes? On peut en douter. Les agences de crédit foncier avec les statuts inflexibles, et la nécessité où elles sont placées de ne voir que l'hypothèque, auront de la peine à pénétrer aussi loin que le crédit peut aller, car elles ne peuvent avoir rien de personnel, et elles tiendront toujours moins compte de l'homme que de la terre. Elles laissent d'ailleurs en dehors de leurs opérations tout le crédit commercial qui ne peut suffire à lui seul à alimenter des banques de campagne.

Il y aurait une amélioration importante à introduire dans la législation qui établit des lettres de gage. Si l'émission de ces lettres était facultative à tout citoyen, sous certaines conditions déterminées, elle pourrait donner lieu à la création de banques fondées sur une combinaison nouvelle des procédés anciens et éprouvés. Ces banques se livreraient à toutes les

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opérations qui peuvent ôtre faites sur le crédit dans les cam«pagnes : elles tiendraient compte, à la fois ou tour à tour, de la personne et du gage, du cultivateur et de la terre, et, par une nouvelle organisation légale plus puissante que celle des banques d'Ecosse elles-mêmes, tenteraient sur le continent ce que celles-ci ont réalisé avec tant de succès dans leur lie.

Les crédits hypothécaire et personnel, s'ils restent isolés Tun de Tautre dans les campagnes, ne se développeront qu*avec une extrême difficulté. Réunis Tun à Tautre et combinés, ils se prêteraient un mutuel appui et se développeraient plus facilement. Et que Ton ne croie pas que la création et la prospérité des banques agricoles soient sans intérêt pour celles des villes : toute heure perdue pour le travail, soit par les capitaux, soit par les hommes, dans la Corrèze ou dans la Corse, prive tous les producteurs de France d'un débouché naturel pour leurs produits; tout obstacle opposé au progrès des opérations de banque, dans les contrées où ces opérations sont rares, restreint le rayon d^action des banques existantes et réduit la quantité du papier négociable, qui est la matière même sur laquelle elles opèrent.

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