‹ Traité théorique et pratique des opérations de banqueChapitre 189 sur 268 · IIVEE IV, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

IIVEE IV, CHAPITRE IX

teuse, six dollars de papier ne valaient plus qu'un dollar d'argent. En juin suivant, la France était intervenue, et la capitulation de Burgoyne assurait le succès de la cause américaine : alors, bien que les émissions eussent atteint 45 millions, le papier-monnaie n'était déprécié que dans le rapport de 4 à 1. Mais en février 1779, l'excès même des émissions fit penser que jamais ce papier ne serait remboursé, et la dépréciation fit des progrès rapides ; à la fin de l'année 1780, elle avait atteint la proportion de 80 à 1.

Le papier-monnaie ne peut fournir à un gouvernement que des ressources très-bornées, et il apporte dans les transactions privées des perturbations fréquentes et déplorables : il altère la fidélité due aux contrats ; il déplace de la manière la plus inégale et la plus arbitraire les fortunes particulières, et trouble bien autrement la société qu'une levée d'impôts équivalant aux capitaux obtenus par les émissions successives. L'impôt pourrait être dur, vexatoire, odieux; il affecterait même les contrats de crédit en rendant les capitaux mobiliers plus rares et plus chers ; mais les créations successives de papier à cours forcé sont plus fâcheuses, parce qu'elles exercent la même influence sur le marché des capitaux mobiliers, et changent en même temps la valeur qu'il importe le ^ plus de maintenir invariable, celle de la monnaie.

Cependant la plupart des gouvernements modernes ont eu recours au papier-monnaie qu'ils n'ont pas inventé. Ce moyen d'exaction ne fut pas inconnu aux anciens ; on s'en servit à Carthage *, et Marco-Polo en trouva l'usage établi en Chine ',

* « Les Garthtgtnois, dit Eschine le philosophe, se servent de la monnaie suivante : dans un petit moreeau de cuir, ils enveloppent quelque chose de la grosseur d*une pièce de quatre drachmes ; mais ce que c*est que la chose enveloppée, voilà ce que savent seulement ceux qui Tout conrectionnée. Puis, cachetée, on la met en circulation ; et celui qui en possède le plus est regardé comme ayant le plus d'argent et étant le plus riche. Mais quelle que fût la quantité qu'en posséderait un homme cbei nous, il n'en serait pas plus riche que s'il avait autant de cailloux. »

s z Dans la ville de Khan-Balikh (Péking), est la monnaie du grand Khan, qui pourrait passer pour posséder le secret des alchimistes, car il a l'art de produire de l'argent au moyen du procédé suivant : il fait enlever l'écorce tfes mûriers avec les feuilles desquels se nourrissent les vers à soie. On en prend la partie intérieure, celle qui touche le tronc de l'arbre, et on la pile dans un mortier, jusqu'à ce qu'elle soit réduite en une pAte dont on forme du papier semblable à celui que l'on obtient du

avant que les gouvernements européens y eussent songé et lorsqu'ils se bornaient à amenuisier la monnaie, c'est-à-dire à en abaisser le titre ^

Les États-Unis pendant la guerre de l'Indépendance, et tous les peuples de l'Europe durant la guerre de la Révolution et de l'Empire, ont eu recours au papier-monnaie ; mais ils n'ont pas tous poussé les émissions à l'extrémité, de telle sorte que leurs billets ont conservé une valeur et sont restés dans le commerce en Angleterre, en Allemagne, en Russie.

Partout le papier-monnaie a été considéré à juste titre comme un expédient extrême et dangereux, comme une ressource dernière dans les temps difficiles. La science et l'opinion en ont proscrit la création toutes les fois que leur voix n'a pas été couverte par le cri de la nécessité. En effet, outre les inconvénients qui accompagnent ses émissions, à la paix même, le papier-monnaie laisse encore aux peuples qui l'ont employé un problème redoutable à résoudre, celui de savoir comment on reviendra à l'emploi exclusif de la monnaie commerciale, métallique et fiduciaire, ou même si on y reviendra.

Quelques pays, l'Autriche entre autres, ont conservé le papier-monnaie en suivant à peu près les procédés du grand

coton, mais plus foncé. Quand il est tout préparé, on le coupe par morceaux de différentes grandeurs, carrés, mais plus longs que larges, et qui sont censés valoir, les uns QD denier tournois, les Hutres un gros de Venise, d'autres enfin 2, 5 et 10 gros, jusqu'à 10 besants d'or.

» Ce papier se fabrique avec autant de cérémonie que si c'était de la monnaie d'or et d'argent; les divers officiers préposés à cet effîetont soin d'apposer dessus leurs noms, leurs cachets; et, finalement, le garde du sceau royal trempe dans du vermillon le scel qui lui est confié, en marque tous les morceaux de papier pour achever de leur donner un caractère authentique. Quiconque contrefait la marque de ce sceau est puni de mort.

» Ce papier est ensuite répandu dans tous les domaines de S. M., et personne n'ose, sous peine de la vie, refuser de le recevoir en paiement. Les individus qui ont en leur possession du papier-monnaie détérioré par suite d'un long usage n'ont qu'à le porter à la Monnaie, où, moyennant un léger droit de 3 pour «/•, on leur en remet de neuf en échange, n Marco Poio. Koblaï-Khan, l'empereur dont parle Marco- Polo, fut bientôt obligé d'abolir son papier-monnaie. Le gouvernement chinois en a depuis cette époque créé plusieurs fois. — Voy. dans le Journal asiatique, les mémoires curieux de M. Ed. Biot sur le papier-mounaie chinois.

* Commines parle d'une monnaie de cuir mise en circulation par c^lui de nos rois qui falsifia le plus souvent les monnaies, le roi Jean.

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