BANQUES D*ÉCHANGE
Jusqu'à ce jour, on a emprunté ou pris le capital représenté par la monnaie métallique au moyen de billets payables en espèces à vue, au porteur, ou par l'émission de papier à
* J*ai exposé atee un peu plus de dételoppemenU ia théorie du papier-monnaie dans Tarticle papier-monnaie du Dietioimaire de VÊeonomie politique, a Voir Storcb) Cours d'Éeonomei politique, t. IV.
cours foccé. Il semblait difficile d'imaginer un système mixte et intermédiaire qui ne consistât précisément ni à prendre de force, ni à emprunter de bonne volonté au public la valeur de la monnaie métallique. On Ta tenté cependant en imaginant la banque monétaire d'échange sur laquelle on a fait depuis vingt-cinq ans, en France surtout, des expériences nombreuses.
§ 1. — Banque monétaire d'échange,
La théorie de la banque d'échange, que nous appellerons monétaire pour la distinguer de l'autre, est fondée sur une idée très-spécieuse. « Puisque les services, a-t-on dit, se payent toujours avec des services; puisque la monnaie ne sert qu'en qualité d'intermédiaire dans les échanges, pourquoi cet intermédiaire ne serait-il pas supprimé? Pour y parvenir, il suffit d'évaluer les marchandises existantes, de les représenter et de les monnayer avec du papier au moyen duquel tous les échanges seraient effectués. Qu'on imagine, par exemple, un bazar où se trouvent réunies toutes les marchandises nécessaires à la consommation d'une agglomération d'hommes ; élevons une banque au milieu de ce bazar, et qu'elle délivre à chacun en papier, après évaluation contradictoire, le montant de la marchandise qu'il produit. Tous les achats seront faits par l'intermédiaire de la banque à laquelle les payements seront effectués en billets. Ainsi la somme représentée par les billets sera toujours égale à celle des marchandises existantes, puisque toute consommation sera précédée d'une extinction équivalente des billets en circulation. »
Telle est, dans sa plus simple expression, la théorie de la banque monétaire d'échange. Elle a été exposée pour la première fois, du moins à ma connaissance, en 1818, par M. Fulcrand-Mazel, qui a fondé sur cette idée une banque d'échange à Paris en 1829 et unesuccursale à Marseille en 1832. Plus tard, au commencement de 1848, cette théorie était exposée avec éclat en Ecosse par 3*. John Gray, et à Paris par M. Proudhon. Jamais on n'avait suivi avec une logique plus serrée que M. Gray les conséquences de l'axiome fondamental
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et incoDtes table : « Les services se payent avec des services * .» L'imagination aussi est intervenue et a joué un grand rôle aussi bien dans les écrits de réconomiste [écossais que dans ceux de M. Proudhon.
Leurs projets de banque d'échange étaient-ils réalisables ?
Passons sur les difficultés d'exécution, et supposons que tous les produits de la société, de l'humanité même, sont bien évalués, cotés, emmagasinés dans le bazar de la banque d'é' change. Les opérations commencent ; mais quoi! les prix sont toujours les mêmes, ou du moins ils ne varient jamais du jour de l'entrée au bazar au jour de la sortie, car s'ils varient un seul instant, la somme de la valeur des marchandises cesse de se trouver exactement égale à celle exprimée par les billets ; or, c'est sur cette égalité constante des deux sommes que toute la combinaison de la banque d'échange se trouve fondée. La fixité des prix depuis l'entrée au bazar jusqu'à consommation devrait-elle être décrétée ? Que ferait-on au moment où un accroissement de l'offre d'une marchandise ou la diminution de la demande rendrait nécessaire une baisse de prix? Décidera-on que les marchandises, à l'entrée, seraient évaluées au nouveau cours et subiraient seules la baisse de prix? Mais alors personne ne voudrait des marchandises de môme sorte, déposées antérieuremont au bazar, et, pour les vendre, il faudrait cacher les dernières venues et imposer à la fois à l'acheteur le prix et la marchandise. Ici évidemment on se trouve en face de l'impossible.
On peut, il est vrai, n'évaluer la marchandise déposée dans le bazar de la banque d'échange qu'à une portion de sa valeur, ou retenir, au compte du propriétaire, une somme de billets égale aune fraction, soit un quart, de la valeur, pour faire face aux variations de prix. En ce cas, le déposant se trouverait dans la situation du marchand qui emprunte au sous-comptoir d'escompte sur un certificat de dépôt, avec cette différence que le billet-monnaie de la banque n'aurait point, comme ceux des banques de circulation, une valeur certaine et presque fixe.
* Lectures on the nature and use of money, by John Gray, l vol. in-8*,
Si, au lieu de renfermer dans son bazar toute la société, la banque monétaire d'échange n'est qu'une maison libre opérant en face de la concurrence, voici sa destinée inévitable : ses billets qui représentent non de la monnaie, mais des marchandises, ne peuvent avoir un cours régulier au dehors qu'autant qu'on peut obtenir partout, contre ces billets, une valeur en marchandises ou en services égale à celle^ qu'on obtiendrait pour une même somme de monnaie, en un mot qu'autant qu'ils sont au pair de la monnaie métallique. S'ils tombaient au-dessous du pair, leur dépréciation emporterait . celle de toutes les marchandises qu'ils représentent : tous les déposants souffriraient, et dans une égale proportion, des émissions de la banque ; ils seraient solidaires de ses opérations. Or le papier de la banque monétaire d'échange tomberait rapidement au-dessous du pair, par l'excellente raison que la somme des marchandises existantes en tout temps est bien supérieure à celle des monnaies dont on a besoin et dont on se sert. Dès que les émissions atteindraient la somme inconnue, mais certaine, fixée par les besoins des échanges, la dépréciation commencerait à se faire sentir au préjudice des porteurs de billets qui ne pourraient obtenir hors du bazar de la banque d'échange l'équivalent de la marchandise par eux déposée contre les billets-monnaie.
Enfin, la banque monétaire d'échange encouragerait la spéculation, c'est-à-dire l'achat ou la production de marchandises qui ne sont pas réclamées actuellement pour les besoins du marché. Le producteur, ou le marchand, dégagé de la responsabilité des réalisations, assuré d'obtenir en tout temps de sa marchandise un prix à peu près fixe, et, en tout cas, moins mobile que les prix courants actuels, ne serait pas averti à temps qu'il faut s'arrêter, parce que les débouchés manquent ; il surchargerait le marché : puis viendraient la crise commerciale et les catastrophes ; car je ne pense pas qu'on ait imaginé de prévenir par la banque d'échange les variations naturelles des prix qui résultent d'une opération libre, de la comparaison de l'offre et de la demande.
Pour comprendre jusqu'à quel point la spéculation pourrait être excitée par un établissement où ou aurait la faculté