‹ Traité théorique et pratique des opérations de banqueChapitre 193 sur 268 · LIVRE IV, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE X

de réaliser à Tinstant le prix de la marchandise, il sufBt de se rappeler que les fabriques et les manufactures ont un prix de revient variable en raison des quantités qu'elles produisent. Soient leurs frais généraux représentés par 10 : quelle que soit la production, ces frais n'augmentent guère ; si donc la production est de 50, les frais généraux absorbent 1/5 du produit; si elle s'élève à 100, ils ne prélèvent plus que 1/10 ; si elle atteint 200, ils n'y figurent plus que pour 1/20, et ainsi de suite. La fabrication a donc un intérêt direct très-grand et très-senti à élever le chiffre de ses produits, et c'est justement ce qui donne un prix si grand aux débouchés. Où s'arrêterait la production industrielle, si elle croyait posséder un débouché certain et presque infini?

Le prêt sur dépôt de marchandises ou de rentes, malgré toutes les restrictions que la prudence des banquiers lui a imposées, encourage souvent la spéculation. On a vu dans le nord de l'Angleterre des marchands de blé remettre en nantissement leurs premiers achats, puis se servir des capitaux obtenus du banquier pour acheter encore, remettre en nantissement encore une fois et retourner aux achats, jusqu'à complet épuisement de leur crédit. Une baisse de prix entraînait la ruine des marchands de grains et celle de la banque puissante qui leur avait fait des avances.

On use en ce moment à Paris, de la même façon, des avances sur dépôts de rentes et d'actions de chemins de fer. Sur ces dernières, la Banque de France avance 60 p. V<,» et le souscomptoir 75 p. Vo de leur valeur au cours de la veille. Le spéculateur fait une première opération sur un capital propre ou un crédit de 100, puis il va au sous-comptoir où il obtient 7î5 p. "/o et fait une nouvelle opération sur laquelle il obtient 75 p. Voî ou, s'il est très-gêné par les formalités du souscomptoir, 60 p. Vo à la Banque. Il va ainsi jusqu'à l'extrémité de son crédit. Avec un capital de 100, il parvient à emprunter rapidement par ce moyen : r 75; 2' 56,25; S*» 42,19; 4- 31,65; 5* 23,74; 6*^ 17,81 ; 7M3,36; 8^ 10,02; soit en tout 270,02, sur des opérations qui ne sont pas réalisées et dont la réalisation est soumise à des éventualités de hausse et de baisse. Le spéculateur ne doute pas, lui; il voit la hausse

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dans sou imagination comme si elle existait, et il attend sans inquiétude les bénéfices qui doivent lui fournir le moyen de remplir ses engagements et de retirer ses titres ; mais si les cours viennent à changer, si la baisse survient?

Tels sont les dangers que font courir au prêteur et à l'emprunteur les prêts sur nantissement ou dépôts de titres. Ces dangers seraient plus grands et plus sensibles dans la banque d'échange de MM. Gray et Proudhon, parce qu'on y courrait à la fois ceux qui résultent de la variation du cours des marchandises et ceux de la variation des cours du papier : on n'aurait plus pour opérer ni base ni mesure.

M. Mazel et ceux qui, après lui, ont essayé de monnayer les marchandises, ont rencontré le même obstacle. Les bons généraux d'échange, payables en produits ou services des adhérents, qu'ils mettent en circulation, forment des engagements dont la réalisation est toujours difficile, parce que le porteur n'en connatt pas exactement les conditions. Il peut et doit arriver souvent, ou que le produit qu'on lui offre ne soit pas celui qu'il demande, ou que, soit le prix, soit la qualité, ne lui conviennent pas. Cependant le titre d'engagement dont il est détenteur est précis, rigoureux et doit être libéré. De là des difficultés énormes dans l'application, môme avec de petits établissements. Combien, avec de grands établissements, ces difficultés ne seraient-elles pas plus considérables ! On s'apercevrait bien vite qu'on a eu tort de croire que la valeur des marchandises était en proportion directe de leur quantité et que la monnaie fiduciaire ne pouvait être en excès, lorsqu'elle représente une quantité donnée de marchandises existantes.

On ne peut monnayer sûrement ni la terre, ni des titres dont la valeur soit susceptible d'accroissement ou de diminution, ni des marchandises, mais seulement ce qui se rapproche le plus des conditions de la monnaie métallique, savoir des promesses exprimées en monnaie et à une échéance assez prochaine. Après tout, la banque de circulation ordinaire, telle qu'elle existe eu Ecosse et dans la Nouvelle- Angleterre, est encore l'instrument le plus sûr que l'on puisse employer pour emprunter à la circulation la valeur de la monnaie mé-

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tallique. Lorsque cette monnaie est réduite dans un pays à la quantité de 3 fr. 38 c. par tête d'habitant, comme en Ecosse, il n'est pas besoin de courir la chance de bouleverser tous les marchés et toutes les transactions pour emprunter cette somme : il vaut mieux se tenir aux moyens connus et éprouvés, qui exercent une influence utile sur la production et jusque sur Tàme du producteur.

§ 2. — Banque d'échange simple.

Cependant il est incontestable que les services et les produits se payent avec des services et des produits, et il y a quelque chose qui confond la raison dans le spectacle d'une société placée sous le coup d'une crise commerciale profonde. Quoi I cette société possède les mêmes instruments de travail, les mêmes entrepreneurs, les mêmes ouvriers, en un mot la même puissance productive que la veille, et cependant le travail s'arrête, les débouchés se ferment, les transactions ces-* sent, et une vague inquiétude agite toutes les âmes. Tous ceux qui ont des engagements à remplir et particulièrement les entrepreneurs d'industrie se trouvent ruinés par la baisse de prix de toutes les marchandises. Et d'où vient cette baisse? Uniquement de la retraite de quelques capitaux sous forme de monnaie, car d'ailleurs les besoins et les goûts sont restés les mêmes. Évidemment une telle situation présente un problème à résoudre.

Il ne faut donc pas s'étonner qu'un grand nombre d'esprits se soient obstinés à travailler sur l'échange, à réfléchir, à expérimenter, afin d'y découvrir un procédé nouveau pour économiser l'usage de la monnaie et améliorer le contrat de crédit. Enfin M4 Bonnard on a trouvé un.

Ce procédé n'est autre chose qu'une simplification des moyens employés par les banques monétaires d'échange, l'in* troduction du bon particulier d'échange négociable sam ga^ rantie de la banque. Un exemple en fera comprendre l'emploi et l'usage :

Un bottier a besoin de cuir ; il est bon ouvrier, laborieux, solvable même, mais son petit capital est tout entier engagé

en chaussures fabriquées qui garnissent son magasin. Il pourrait bien acheter des cuirs à crédit chez un marchand ordinaire, mais celui-ci peut-être les lui vendrait plus cher, en raison du risque : d*ailleurs pour obtenir ces cuirs à crédit, il faudrait contracter une dette exigible en espèces, ce qui constitue pour le bottier l'engagement implicite d'avoir vendu à l'échéance assez de chaussures pour payer son billet et d'avoir pu en réserver le prix. En souscrivant ce billet, il contracte, ainsi que nous l'avons f^it observer, quelque chose de plus qu'un engagement de crédit, un véritable marché à livrer dont chacun connaît les conséquences.

Au lieu de procéder ainsi, le bottier s'adresse à la banque d'échange et lui demande les cuirs dont il a besoin. Supposons un moment qu'elle les ait en magasin et qu'ils conviennent quant à la qualité et quant aux prix : le marché se conclut, soit pour une somme de 1,000 fr. La banque demande au bottier pour 1,000 fr. de bons payables en produits de son commerce et de son industrie.

Ces bons au porteur, à vue ou à terme convenu, sont signés par le bottier qui emporte son cuir. La banque, à laquelle le bottier a payé une commission, met ces bons dans son portefeuille. Elle procède successivement de la même manière avec des producteurs de toute profession, de manière à garnir son portefeuille de bons qui représentent des marchandises de toute espèce.

Lorsque tous les besoins viennent tour à tour se manifester à la banque, il arrive nécessairement qu'on lui demande des marchandises de son portefeuille, si l'on peut s'exprimer ainsi, et, sans aucun doute, des chaussures. Elle offre un bon du bottier auquel elle a fourni des cuirs, soit un bon de 10 fr. : c'est à celui qui traite avec elle de voir s'il lui convient de prendre de la chaussure chez le signataire du bon : il est libre de tout engagement. Accepte-t-il? La banque lui transmet le bon, sans lui en garantir le payement : il le reçoit comme marchandise et donne en échange ses propres bons.

Que devient maintenant ce bon de 10 fr.? Il ne produit aucun intérêt au porteur et ne lui est point garanti par la banque. Il est donc très-probable que le porteur, qui ne peut

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