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LIVRE IV, CHAPITRE X

guère négocier ce titre, ne l'accepte que parce qu'il en a besoin, et qu'au lieu de le considérer comme monnaie il se hâtera de le réaliser. Il va chez le bottier et fait son emplette librement, choisit sa marchandise, en vérifie la qualité, en débat le prix comme à l'ordinaire, puis au moment de payer, il remet le bon, qui éteint, jusqu'à concurrence de 10 fr., la dette qu'il vient de contracter.

Dans cette suite de transactions, tout le monde a contracté librement, dans les conditions ordinaires du marché, en se servant de la monnaie courante comme commune mesure des évaluations. Le crédit et les signes fiduciaires à la création desquels il donne lieu ne se sont pas multipliés, car les bons d'échange souscrits par le bottier remplacent exactement le billet qu'il aurait souscrit à son marchand de cuirs. Mais il est bien plus avantageux pour lui de souscrire un engagement à la banque qu'au marchand de cuirs. En souscrivant les bons d'échange, il n'a pris qu'un engagement simple ; le marché à livrer qui résulte nécessairement de tout contrat de crédit, est bien moins onéreux pour lui, puisqu'il doit payer en celle de toutes les marchandises qu'il peut fournir le plus facilement et sur laquelle il réalise un bénéfice. C'est du débiteur de la banque d'échange qu'on peut dire ajuste titre : Qui paye ses dettes s'enrichit. Le bottier dont nous avons parlé ne s'est point obligé à avoir vendu et réalisé mille francs de marchandises au jour de l'échéance ; au lieu d*avoir besoin de vendre d'abord et de payer ensuite, il vend et paye par une seule opération ; il ne peut devenir insolvable qu'autant qu'il cesserait de travailler ou qu'il dissiperait follement ou frauduleusement les produits de son travail, et ses ventes ne sont jamais forcées par la nécessité de faire face aux échéances. Plus il a d'échéances, au contraire, plus il est assuré d'avoir des débouchés et, par suite, un travail rétribué au cours; puisque la banque est intéressée à négocier promptement ses bons et que les porteurs ont intérêt à les consommer promptement.

Pas n'est besoin de dire que la banque a trois moyens de se procurer les marchandises qui lui sont demandées : l"" par l'achat direct au comptant, et dans ce cas elle jouit de la remise ordinaire du commissionnaire ; 2^ en recevant des mar-

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chandises eu consignation ou en nantissement avec mandat pour vendre ; 3" par les bous d'échange de son portefeuille. Dans tous les cas et sans rien innover aux usages du commerce, elle perçoit un droit de commission. Avec un capital médiocre, mis eu œuvre par un homme habile et actif, il lui est facile de réaliser des bénéfices considérables.

Mais pour réussir dans la banque d'échange, il faut surmonter des difficultés pratiques très-grandes et qui ont une grande analogie avec celles que l'on rencontre dans les banques proprement dites. Il est vrai que tout bon sorti du portefeuille de la banque d'échange est éteint pour elle et ne laisse après lui aucun engagement éventuel, mais elle court le risque direct de voir les souscripteurs des bons 'de son portefeuille devenir insolvables : elle court en outre et surtout le risque de se laiser encombrer de marchandises d'une réalisation difficile. Il y faut, exactement comme dans les autres banques, avoir soin de tenir son capital disponible et actif, c'est-à-dire sous ]a forme de marchandises demandées et d'un débit facile, soit par leur nature môme, soit à cause de la qualité et de la façon. Le directeur d'une banque d'échange doit donc en quelque sorte prévoir les besoins du public pour chaque espèce de marchandises, et y pourvoir, de manière à se tenir toujours au milieu du grand courant des échanges. Or cet art n'est pas facile : pour le pratiquer avec succès, il faut une grande connaissance des besoins et des habitudes de la place sur laquelle on opère : il faut savoir accepter beaucoup d'affaires et en refuser un plus grand nombre, car, on doit le remarquer, le directeur d'une banque d'échange dispense jusqu'à un certain point ceux avec lesquels il fait affaire de la recherche des débouchés ; il se charge à ses risques et périls de leur en procurer, et dans la nouvelle division du travail qu'il vient introduire, il prend à sa charge une grande partie des soucis de la prévoyance. S'il s'encombre de marchandises d'un écoulement difficile^ son capital se trouve immobilisé ou trop longtemps engagé et improductif : il éprouve le même embarras s'il acquiert en quantité trop grande des marchandises môme dont le débit n'éprouverait d'ailleurs aucune diCBculté.

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Quant aux crédits à accorder, les principes de la banque d'é* change ne diffèrent guère de ceux des banques proprement dites, si ce n'est en ceci que l'échange étend le crédit personnel plus loin, parce qu'il est infiniment plus facile au débiteur de se libérer en produits de son industrie que de toute autre manière.

En principe, la banque d'échange a des débiteurs, mais point de créanciers. Sans doute elle pourrait recevoir des dépôts et les rembourser à l'échéance, mais dans l'administration de ces dépôts elle courrait plus de danger que les banques ordinaires, parce que celles-ci ont en portefeuille des engagements exigibles en espèces, qui laissent toutes les chances de réalisation à la charge des signataires, tandis que l'actif de la banque d'échange est en marchandises, ce qui laisse à sa charge une partie des chances de réalisation. Elle ne peut accepter prudemment que des dépôts remboursables en bons d'échange, et ces bons, il faut le remarquer, n'ont pas un titre uniforme qui les rende propres à satisfaire aux convenances ordinaires des déposants. Mais toutes les opérations de placement dans lesquelles le banquier n'est que commissionnaire, s'adaptent à merveille aux banques d'échange.

L'usage des banques d'échange tendrait à économiser à la fois l'emploi de la monnaie et l'emploi des capitaux mobiliers évalués en monnaie. En effet, aux engagements de crédit exigibles en monnaie, elles substituent des engagements exigibles en marchandises diverses. Il en résulte que, dans l'hypothèse de la propagation de ces banques, si le marché du crédit vient à éprouver quelque perturbation, toutes les demandes des capitalistes n'auront pas pour objet une seule marchandise, qui est la monnaie; par conséquent ces demandes ne tendront pas à élever le prix de la monnaie aux dépens de toutes les autres marchandises, bien au contraire. Ainsi les engagements résultant de l'usage des banques d'échange seraient en quelque sorte les compensateurs des engagements exigibles en monnaie, et autant la réalisation précipitée de ceux-ci abaisse le prix des marchandises, autant la réalisation de ceux-là tendrait à élever ce prix. Dans ce système d'échange, les prêts à long terme seuls seraient exigibles en monnaie ; les crédits commerciaux, exigibles en mar-

chandises, ne seraient que médiocrement atteints par les crises qui pourraient survenir.

L'usage de la banque d'échange économise Temploi des capitaux, en ce sens que ceux qui s'en servent peuvent exercer un commerce ou une industrie avec moins de capitaux que s'ils souscrivaient des engagements exigibles en monnaie. Ils n'ont besoin d'aucune réserve en fonds de caisse ou en crédit chez le banquier, pour subvenir à leurs échéances : il leur suffît, pour être en mesure de remplir leurs engagements, d'avoir de la marchandise demandée par la consommation. Ils peuvent avoir de la peine à trouver du crédit, à traiter avec la banque ; mais une fois qu'ils ont obtenu ce crédit, ils n'ont plus qu'à travailler avec ardeur, sûrs qu'ils sont d'avoir un débouché pour les produits de leur travail, et sans crainte de se voir dépouillés par des méventes forcées, consenties sous le coup des échéances. Ce service vaut bien une commission.

Ainsi dans le mécanisme des affaires, la banque d'échange, sans attenter en quoi que ce soit aux droits du capital, et en lui ouvrant même des débouchés nouveaux par la mise en valeur des aptitudes productives, tend à améliorer surtout et à assurer les conditions du travail, à augmenter la liberté éco* nomique de celui qui travaille. A ce point de vue, son introduction dans les affaires a une immense portée, mais ce n'est pas ici le lieu d'insister sur cet ordre de considérations : nous préférons faire ressortir son caractère commercial et sa méthode générale.

Elle se présente au premier abord sous l'aspect d'un commerce de détail hérissé de difficultés, parce qu'il touche à toutes les marchandises, et, en effet, il est difficile d'y réussir si on craint les détails et si on n'a pas des connaissances très-variées sur les hommes et les choses du commerce. Mais ces connaissances n'ont pas un caractère proprement spécial : sur chaque marchandise, il suffit de pouvoir répondre à ces deux questions : « Dans quelles proportions se vend-elle et à quel prix? » Quant à l'homme, il suffit de savoir s'il sait acheter ou fabriquer et vendre, et s'il est de bonne foi. Mais le travail d'esprit du directeur d'une banque d'échange doit porter plus haut : il doit rechercher incessamment quelle est, dans le

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