‹ Traité théorique et pratique des opérations de banqueChapitre 195 sur 268 · LIVRE IV, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE X

mouvement général des échanges, Timportance relative de telle marchandise et de tel homme qui la vend ou la produit. Il doit suivre avec soin les mouvements généraux de l'offre et de la demande, de la production et de la consommation, et chercher la solution de problèmes qui, jusqu'à ce jour, ont peu occupé le commerce, et qui ont été à peine posés par la science. Il faut donc apporter dans les opérations de la banque d'échange Tintelligence des généralités et une volonté qui ne soit ni intimidée, ni rebutée par le détail des affaires.

Le bon d'échange s'adapte avec une grande facilité aux besoins de la petite industrie. « Le bon du producteur primitif qui a reçu la matière première est transmis au second producteur, qui achève la transformation de cette matière ; celui du second producteur est transmis au marchand en gros ; celui du marchand en gros au marchand en détail, et celui de ce détaillant au consommateur, qui le paye aussi en produits de son industrie '. »

On peut observer que le crédit représenté par le bon d'échange court en sens inverse du crédit représenté par le papier de commerce ordinaire. Dans le commerce, le consommateur paye habituellement en numéraire et quelquefois en billets : en ce dernier cas, ces billets sont négociés par le marchand au détail, avec ses billets propres ou ses acceptations, au marchand en gros, par le marchand en gros au fabricant, par celui-ci à l'auteur de la première fabrication, et par celui-ci au producteur ou vendeur de la matière première, laquelle est souvent achetée au comptant par un capitaliste. Le crédit accordé au consommateur est à la charge du producteur : avec la banque d'échange, le crédit, au lieu de naître des affaires faites et réalisées, peut naître d'affaires à venir prochaines, et il se trouve accordé au producteur par le consommateur dont la banque tient en quelque sorte la place. En même temps que la banque d'échange étend le champ du crédit, elle en riéduit l'usage, mais celui qu'elle procure tout directement au travail est plus fécond, comme l'engrais jeté dans la terre

* Compte-rendu de la Banque d*éehange de Marseille, 1852.

est d'autant plus actif qu'il est plus rapproché des racines de la plante.

Est-ce à dire que la banque d'échange soit, comme le pré^ tendent quelques personnes, une panacée sociale ? En aucune façon. Il n'existe et il ne peut exister rien de pareil. La banque d'échange n'est qu'un procédé d'une application trèsdélicate et très-difficile, avec lequel nous ne sachons pas qu'un établissement quelconque ait encore réussi, bien que le succès ne soit pas impossible. Il est difficile que l'usage de cette banque se généralise, et cependant elle peut rendre des services utiles. Mais pour qu'elle produise tous les résultats qu'on est en droit d'en attendre, il faut qu'elle laisse chacun dans sa liberté, qu'elle abrège la durée des engagements en les simplifiant, en les réduisant à leur expression la plus élémentaire : il faut surtout qu'elle s'abstienne de vouloir remplacer la monnaie dans les évaluations, et qu'elle se contente de la rendre inutile dans les accumulations et dans les réserves.

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