LIVRE y, CHAPITRE I
» Maîtres, donnez à tos serviteurs ce qu'il est juste et équi* table de leur donner, en vous souvenant que vous aussi avez un maître dans le ciel. Soyez justes dans vos distributions d'avancement, et choisissez ceux qui sont les plus dignes et les plus capables de remplir l'emploi auquel ils sont destinés. Soyez justes dans la fixation du salaire, et souvenez-vous qu'ayant plus de responsabilité que les serviteurs ordinaires, ils doivent être payés en conséquence. Soyez justes dans les promotions et ne laissez jamais supplanter le mérite par le patronage et le favoritisme. Soyez justes dans la quantité de travail que vous exigez : ayez assez d'employés pour qu'ils puissent accomplir leur tâche sans s'excéder de fatigue ; ne les faites pas veiller trop tard et ne leur refusez pas quelques congés utiles à leur santé et à leur récréation. Soyez justes dans vos reproches : que vos censures soient mesurées aux torts, et reconnaissez aussi facilement le mérite de vos commis que leurs défauts. Soyez justes dans vos pensions, et récompensez avec respect et libéralité vos vieux serviteurs : souvenez-vous qu'ils ont été jeunes et que vous avez eu le bénéfice de leurs services. •
y> Dans toutes les banques, les employés fournissent habituellement deux cautions de 500 {. chacune, et ces cautionnements sont plus élevés dans les grades supérieurs. En 184i,la banque d'Angleterre a renoncé au système des cautions et l'a remplacé par un autre système. Chaque employé souscrit en entrant 10 p. Vo de la somme pour laquelle il était tenu de fournir caution : les anciens ont souscrit pendant cinq ans 3 p. 7o de la même somme et le revenu de ce fonds fixé à 6,000 l. est versé à la caisse des veuves d'employés, fondation patronnée par là banque. Si les secours abaissaient cette somme audessous de 6,000 /., on comblerait le déficit avec les arrérages des rentes qui forment cette dotation ; on recourrait à de nouvelles contributions, si le cautionnement commun devenait inférieur à 4,700 /., mais jamais la contribution ne peut s'élever au-dessus de 2 p. ^'/ode l'ancien cautionnement personnel, et jamais la banque ne peut réclamer au fonds de garantie une somme supérieure au montant de cet ancien cautionnement. Les employés sont, en outre, personnellement engagés
pour toute la somme dont ils seraient responsables, et le fonds de garantie n'est jamais qu'un cautionnement. — La retenue annuelle pendant cinq ans a été fixée à une livre. »
Discipline. — « Comme la discipline du bureau dépend principalement du commis-chef, la description de ses fonctions servira à expliquer celles des autres.
» Le commis-chef doit connaître à fond le bureau. Il doit aussi posséder certaines qualités morales, telles que le sangfroid, Tamour de Tordre et de la régularité, le sentiment de la discipline joint à une grande bienveillance naturelle. Il doit surtout prêcher d'exemple.
» Les fonctions du commis-chef consistent : — à veiller à ce que les autres commis viennent au bureau le matin à heure fixe, à ce qu'ils ne s'absentent pas sans motif dans la journée et à ce qu'ils ne quittent pas la banque jusqu'à ce qu'ils aient rempli leur tâche ; à vérifier de temps en temps si les livres sont en bon ordre, et, s'ils n'y sont pas, à faire les avertissements et les remontrances nécessaires ; à voir pendant le jour si les guichets sont bien tenus de manière à ce que le public y soit à son aise ; à vérifier si les livrets des habitués sont bien et convenablement écrits, et, en cas de plainte, à examiner la chose et à s'expliquer avec l'habitué ; à voir, le matin de bonne heure, si la balance de la veille au soir est exacte, et si elle ne l'est pas, à venir le soir ou le lendemain, et à trouver le moyen d'empêcher la chose de se reproduire : à vérifier de temps en temps les caisses, et à faire, sur le résultat de la vérification, son rapport au banquier; à veiller à ce que tous les employés de la maison soient polis les uns envers les autres et envers le public, etc. »
« Il doit veiller d'une manière spéciale à ce que chacun arrive exactement à l'heure; quelques banques ont établi une feuille de présence.
» L'exactitude est un signe du caractère. On peut conclure avec raison que celui qui est exact à l'heure remplit ses devoirs avec exactitude pendant le jour, qu'il a les habitudes les plus régulières et qu'il est le plus digne d'avancement. Les plus exacts sont ceux qui méritent le mieux d'obtenir des congés au besoin, car les autres prennent les leurs en détail chaque
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jour de Fannée; chaque fois qu'un employé demande un congé, il est bon de voir s'il est exact à Theure. Quant aux absences pour cause de maladie, on ne peut pas supposer qu'elles ne soient pas légitimes et qu'un employé se dise malade lorsqu'il ne Test pas réellement; s'il s'en trouvait quelqu'un capable d'un tel mensonge, cette action indiquerait une telle absence de dignité personnelle qu'on ne devrait pas tolérer la présence de son auteur dans une banque. »
Vacances. — « Il est désirable, sous plusieurs rapports, que tous les employés d'une banque, et spécialement ceux qui sont chargés de la garde du portefeuille ou de la caisse, aient tous les ans une semaine ou deux au moins de vacances. Les vacances ne devraient pas même être facultatives ; elles devraient être établies comme une règle fixe et placées à l'époque où elles ont le moins d'inconvénients dans la maison. La bienveillance et l'humanité devraient suffire à décider le patron à prendre ce parti ; mais à défaut de ces sentiments, celui de l'intérêt personnel doit le faire accéder à toute demande légitime de vacances. En premier lieu, le défaut de récréation. et de repos peut à la longue déterminer une maladie qui occasionne toujours un grand dérangement dans la maison, lorsqu'elle atteint un employé important. En ce cas la banque éprouve plus de dommage que si le congé avait été accordé. Ensuite les absences momentanées, lorsqu'elles sont prévues, améliorent la discipline du bureau ; en effet l'absent est remplacé par celui qui le suit immédiatement en grade, et lorsque tous les employés se sont absentés, il y a dans la banque deux personnes au moins familiarisées avec chaque emploi, de telle sorte qu'en cas d'absence forcée d'un employé, pour cause de maladie ou autrement, le service est moins empêché. Ces absences rendent la banque plus indépendante des services de qui que ce soit, tandis qu'autrement si l'on est surpris par l'absence accidentelle d'un employé supérieur, l'embarras qui en résulte rend les services de cet employé plus apparents et figoute même à leur importance effective. Les vacances qui le reposent et le rendent capable d'un meilleur service réel lui font seotir en même temps qu'il n'est pas indispensable.
4« ÉDITIOK. *S
» Ce n'est pas tout ; Tabsence temporaire des employés est ime garantie de plus de leur probité. Je connais des cas dans lesquels un employé supérieur a pu continuer durant plusieurs années des fraudes qu*une absence d'un jour aurait mises à découvert. Lorsqu'un commis a des vacances et qu'il sait qu'à une époque déterminée les valeurs dont il est dépositaire se-» ront confiées à d'autres mains, cette prévision suffit pour l'éloigner d'une carrière dans laquelle son improbité ne pourrait tarder à être connue et punie. »
Déficits de caisse. « — Il ne faut pas s'attendre à ce qu'un caissier reçoiveet paye durant des journées entières sans jamais commettre une erreur. Il y en aura toujours quelqu'une dont le caissier est responsable. Pour couvrir ces déficits, quelques banques accordent une indemnité, soit 20 ou 30 {. par an. D'autres supportent les déficits et se contentent d'un aveitissement au caissier, lorsque l'erreur est grosse. Une exactitude supérieure sous ce rapport est considérée comme un mérite. Partout il est bien convenu que le caissier ne doit jamais se servir des fonds de la caisse, même temporairement, pour son usage personnel, ni avancer aucune somme, quelque faible qu'elle puisse être, aux autres commis, sans encourir un renvoi immédiat.
ï)' Quelques banquiers renvoient ceux de leurs employés qui jouent à la Bourse. Les effets de cette espèce de jeu sont trèsfâcheux, et il est impossible que des engagements de spéculation ne distraient pas un commis de ses devoirs. S'il perd, le voilà dans les dettes,... il ne s'appartient plus. »
Instruction. — « Quelle que soit l'aptitude naturelle d*un jeune homme qui débute dans la carrière, il ne faut pas attendre un bon service de sa part tant qu'il n'a pas acquis l'instruction pratique. 11 y a une méthode bonne et nue méthode mauvaise pour faire la plus simple opération : des habitudes d'incorrection ou de relâchement une fois acquises ne se perdent pas facilement. Lors donc qu'un jeune homme entre dans une banque, il convient de le mettre sous la direction d'un commis plus expérimenté, capable de lui enseigner les détails de la besogne dont il est chargé. Il est bon également que le chef de comptabilité ne soit pas trop surchargé de tra-