‹ Traité théorique et pratique des opérations de banqueChapitre 207 sur 268 · LIVRE V, QHAPITBX I. 4fti · texte numérisé non relu

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vail manuel, afin qu'il ait le temps de parcourir les bureaux, d'observer le travail de chacun et de donner les instructions! qu'il pourra juger convenables et utiles. Les employés anciens et supérieurs doivent aussi dtre prêts à donner poliment ci obligeamment aux débutants tous les conseils que ceux«-ei pourront leur demander.

» Il y plusieurs manières de s'assurer du mérite d'un employé : la plus directe est l'examen des livres qu'il tient. On verra d'un coup d'œil s'ils sont propres, si l'écritiu-e est bonne, s'il n'y a ni taches ni grattages, et s'ils indiquent du soin ou de la négligence. La promptitude est un signe d'habileté ; le commis qui compte vite, qui additionne en un instant une longue colonne de chiffres , est presque toujours un bon com* mis. La promptitude de la main prouve la lucidité du cerveau. Je ne dis pas qu'elle atteste un bon jugement, mais elle n'atteste pas non plus que le sujet en manque, et, chez un commis, elle est toujours un grand titre à la considération.

y> L'opinion d'im confrère fournit aussi un bon moyen de constater la capacité d'un commis. Lorsque des hommes sont associés jour par jour, durant des années, au même travail, ils se connaissent bien les uns les autres. En général, l'opinion exprimée par un commis sur le mérite relatif de ses confrères est exacte.

» PoiH* que les commis acquièrent de bonnes habitudes, il faut qu'ils ne soient pas trop nombreux en proportion du tra«> vail qu'ils ont à faire. S'ils restent oisifs pendant une grande partie du jour, leur attention, leur intelligence, leur activité, diminueront bientôt, et ils ne tarderont pas à travailler moins aux heures même où ils seront occupés. La charge de chacun doit suffire à occuper toute l'activité de son esprit pendant la durée entière des heures de travail. Le banquier dont les commis ont le temps de lire au bureau des livres et des jouDnaux, ou de plaisanter ou de se quereller, emploie trop de mains; En réduisant le nombre de ses employés, il obtiendra un meilleur service et il pourra augmenter les appointements de ceux qu'il aura conservés. Il vaut mieux répartir une même somme de salaires entre un petit nombre de travsdlleurs effectifs qu'entre un grand nombre de travailleurs médiocre».

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» A6n de bien exercer les commis, il serait bon que le ira* vail fût distribué de manière que chaque emploi préparât celui qui Texerce aux travaux de Tèmploi supérieur. En conséquence , il convient de donner au commis qui débute les fonctions qui demandent le moins d'instruction professionnelle et de le faire avancer par degrés, de manière à ce que chaque degré n'exige qu'un petit supplément d'instruction.

» Les absences périodiques ont cet avantage qu'elles procurent aux jeunes commis l'occasion d'apprendre à remplir l'emploi supérieur. 11 se forme de nouveaux arrangements temporairespour une division dutravail différente et, les mains étant moins nombreuses, chacun est porté à travailler davantage. Il est utile aussi que les commis changent de temps en temps de rôle et de les encourager dans l'invention des moyens d'abréger le travail. Lorsqu'une banque a des succursales, il est bon de remplacer à l'occasion le commis absent de l'une par le commis pris dans une autre. Un bon inspecteur des succursales vérifiera la division de la caisse et celle de la comptabilité aussi bien que la direction, et s'il y remarque un perfectionnement, il l'introduira dans les autres succursales.

)> Mais le meilleur stimulant pour les commis est un système impartial d'avancement. Il est bon que parfois un commis plus ancien ne puisse être promu à un emploi supérieur faute de capacité, afin que chacun comprenne bien qu'on ne tient compte que du mérite. Mais il faut que la supériorité du mérite de celui qui est promu soit apparente et évidente. Toutes les fois qu'un commis sera préféré à un autre par favoritisme ou par caprice, par l'influence des amis, des hsd>itués, des actionnaires ou même par des qualités bonnes en elles-mêmes, mais qui n'ajoutent rien à sa capacité spéciale, son avancement produira des effets déplorables, lors même que ses titres seraient égaux à ceux de l'ancien auquel il est préféré.

» La balance quotidienne fournit un autre excellent moyen d'exercer les commis. Les livres sont balancés le soir avant que Ton quitte le bureau. Mais comme il s'est nécessairement glissé quelques erreurs dans les écritures de la journée, il faut passer un peu de temps à les découvrir. Le chiffre de l'erreur s'appelle différence^ et les efforts que Ton fait pour rechercher

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Terreur s'appellent recherche de la différence^ et on dit que les commis employés à ce travail sont sur la balance. Dans les grands établissements, le nombre total des commis est divisé par quatre ; chaque quart se livre à son tour à la recherche de la différence, et les autres peuvent s'en aller de meilleure heure. Mais il n*est pas besoin d'un grand nombre pour faire ce travail : six personnes y suffisent dans une banque où Ton compte quarante-deux commis; les plus jeunes ne servent qu'à empêcher le travail. La recherche de la différence oblige non-seulement à travailler, mais à penser, et il n*est pas d'exercice plus propre à familiariser un commis avec le système général de la comptabilité et surtout avec la tenue des livres. On peut même dire que la recherche de la différence est pour un jeune homme, le seul moyen d'apprendre l'ensemble de la tenue des livres; c'est aussi le seul moyen qu'il ait de montrer son savoir-faire et sa promptitude à compter. Le commis qui fuit le travail de la balance perd la meilleure occasion d'apprendre et montre qu'il a conscience de son peu de capacité.

» Entre autres moyens de préparer les commis à remplir les emplois supérieurs, nous devons indiquer comme un des meilleurs la formation d'une bibliothèque professionnelle qui serait ouverte à tous les employés. En 1850, les employés de la Banque d'Angleterre se sont associés pour la création d'une bibliothèque. Les directeurs leur ont accordé trois pièces dans l'intérieur de l'édifice pour les livres, une salle de lecture, une salle de conférences, et ont souscrit SOO {. Plusieurs d'entre eux personnellement ont fait des cadeaux à la bibliothèque, en livres ou en argent. Le temps où l'on reprochait à un jeune homme d'aimer les livres, où l'on supposait que la lecture le rendrait impropre à Taccomplissement de ses devoirs spéciaux doit être passé. On sait maintenant que la culture de l'intelligence rend l'homme plus propre à tous les travaux auxquels il peut être employé. C'est un grand avantage pour une banque d'avoir des serviteurs instruits; leurs connaissances supérieures trouvent toujours un moyen de s'utiliser; l'habitude du travail intellectuel leur facilite l'habitude de travail dans les affaires; les moyens de jouissance qu'ils possè-

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dent en eux-mêmes les préservent des plaisirs coûtent, qui sont les plus puissants excitatifs à la négligence et à Timprobité. n est probable qu'un mouvement d'opinion se mwifes*tera bientôt en faveur de l'éducation de tout le monde, le crois que les banquiers feraient bien de seconder ce mouve»* ment dans leurs localités respectives, et d'encourager, par leur assistance et leur influence, la formation d'établissements scientifiques. Ce serait un moyen de dépenser au profit de l'utilité commune l'énergie qui peut rester après les heures de travail, en ayant soin d'éviter toutes discussions politiques ou religieuses. Ils se procureraient ainsi des plaisirs honnêtes, élèveraient leur caractère dans l'estime publique et augmenteraient par suite leur influence et leur crédit.

» Nous avons parlé de cette espèce d'exercices qui fait les commis habiles. Mais comme dans les banques par actions un commis peut devenir directeur d'une succursale, il est bon de soumettre ceux d'entre eux qui se distinguent par leur aptitude et leur travail à un exercice qui les rende capables de remplir les fonctions de directeur. Ceci est plus difficile dans un grand établissement que dans un petit, car dans une banque où il y a quarante commis, chacun d'eux ne voit que la quarantième partie du travail, tandis que dans une banque oîi il y a dix commis, chacun d'eux en voit la dixième partie et peut acquérir une connaissance passable de l'ensemble. Une banque à succursales peut facilement préparer un commis déjà exercé à devenir directeur, en lui laissant remplacer à l'occasion le directeur d'une succursale.

D Les commis choisis pour cette espèce d'exercice doivent être des jeunes gens prompts et actifs dans l'accomplissement de leurs devoirs, d'un caractère fait et ferme, bien élevés et de bonnes manières, ayant une certaine instruction littéraire et le désir d'augmenter leur science et leurs talents. Il ne faut pas prendre pour cet emploi les jeunes gens qui sont entrés dans la banque en attendant mieux, mais ceux qui veulent rester dans la profession et y parvenir au plus haut degré de l'échelle. Par-dessus tout, il faut qu'ils aient l'habitude des affaires et du travail.

» Lorsqu'un commis est devenu directeur de succursale.

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son éducation a besoin d'ôtre complétée. Bacon observe que la lecture donne de la sagesse, récriture de Teiactitude, la conversation la promptitude et Fà-propos. Quelque science qu'il ait acquise par la lecture ou autrement, quelque exaet qu'il puisse être, le directeur d'une succursale doit acquérir cette dernière qualité. Il doit apprendre à faire l'application de ce qu'il sait promptement et avec indépendance, mais en même temps avec sagesse. Cette habitude, il l'acquerra avec le temps . L'exercice de l'autorité sur les hommes donne de la maturité à l'intelligence, en même temps que la nécessité de prendre un parti sur-le-champ, en causant avec les habitués, tend à rendre le jugement plus prompt. 11 n'est pas de profession dans laquelle Texpérience soit plus utile que dans celle de banquier; mais elle est moins utile encore par la science qu'elle apporte que par le perfectionnement de toutes les facultés. C'est par une pratique assidue que toutes les facultés humaines acquièrent de la force : les habitudes se forment par des actes répétés et ne peuvent se former d'aucune autre manière. » Lorsqu'on prépare un jeune homme aux fonctions intelligentes du métier, il ne faut pas lui donner trop d'instruction sur les détails minutieux : il importe qu'il s'accoutume è penser par lui-môme . Le talent d'un homme ne se développe jamais si on ne le laisse pas, jusqu'à un certain point, aller seul. Si à chaque difâculté il recourt à son chef et prend des instructions pour les exécuter à la lettre, il n'acquerra jamais cette décision et cette fermeté qui sont indispensables dans les emplois supérieurs. Les jeunes gens qui ont peu de volonté demandent un soin particulier : on fera bien de leur confier quelques détails inférieurs, sans instructions positives; et lorsqu'on examinera leur travail, de les louer, s'ils ont bien fait ; de les instruire et non de les gronder, s'ils ont mal fait. La crainte du blâme et de la responsabilité déprime toutes les facultés mentales, et l'intelligence ne peut se développer complètement qu'avec l'indépendance du caractère. Il faut encourager cette indépendance dans les fonctions supérieures. Un banquier qui donne des instructions minutieuses surtout, qui gronde lorsqu'on fait mal et ne loue jamais lorsqu'on fait bien, peut être lui-même un habile homme, mais il

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n'aura jamais d'employés forts, et il sera réduit à épuiser ses forces sur des objets d'une importance très-secondaire. »

Je cite en entier ce passage, bien que plusieurs des précepest qui y sont contenus se rapportent à des habitudes autres que les nôtres et même à un état social différent. Il y a dans les maximes de ce genre, la part de Tapplication directe et la part de la comparaison. L'une peut être aussi profitable que l'autre.

On comprend du reste à merveille, en lisant ces préceptes minutieux fondés sur une observation exacte et délicate, ces études judicieuses sur l'éducation pratique et le gouvernement des hommes, pourquoi certaines entreprises, certaines opérations très-ordinaires chez nos voisins, sont inconnues chez nous : pourquoi par exemple leurs banques, leurs banquiers multiplient leurs agences et succursales, tandis qu'en France chaque maison est isolée et ne songe pas à s'étendre par cette yoie.

L'importance accordée à l'instruction, le désir de la voir se répandre dans les masses ne sont pas moins remarquables de la part d'un praticien éclairé. Ce sentiment devrait être général dans la banque du commerce, car personne n'a plus d'intérêt qu'elle à Toir se développer au sein des populations toutes les puissances productives qui y sont en germe et que l'ignorance tient enfouies. Le développement normal des affaires est une conséquence nécessaire de la diffusion des connaissances pratiques, et aucune classe de la société ne profiterait plus que les banquiers de cette diffusion. — Quant au reste des instructions que nous venons de citer, elles peuvent être l'objet d'utiles méditations, non-seulement pour ce qu'elles expriment, mais aussi et plus encore pour les réflexions qu'elles suggèrent et dont la seule indication nous mènerait trop loin.

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