‹ Traité théorique et pratique des opérations de banqueChapitre 249 sur 268 · LIVRE VI, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE III

que le change de Paris à Londres est de 25 fr. 26 c. ce qui signifie simplement qu'une livre sterling vaut à Paris 25 fr. 26 c.

Il y a des changes directs et des changes indirects. Le change direct est celui qui est inscrit sur la cote. Le change indirect est celui qui résulte d*une place à une autre par une troisième. On peut changer des francs en livres sterling directement à Paris et à Londres ; on peut changer indirectement, soit par Hambourg, en changeant des francs en marcs banco et des marcs banco en livres sterling ou réciproquement. Ainsi lorsque les cotes de change établissent que la livre sterling changée directement vaut 25 fr. 05, qu'elle vaut à Hambourg 13 marcs 4 shellings, et que le marc banco vaut 1 fr. 90; on trouve, en réduisant la livre sterling en marcs et ceux-ci en francs, que par change indirect de Hambourg la livre sterling vaut 25 fr. 17 c.

Du change indirect résulte le pair dit politique ou proportionnel, qui, dans Texemple cité plus haut, serait un cours tel que le change de la livre sterling par Hambourg donnât le même résultat que le change direct.

On voit que cette espèce de pair est aussi variable, que le pair intrinsèque, fondé sur le rapport des quantités de fin contenues dans les diverses monnaies, est fixe et invariable. Dans la pratique, du reste, le pair intrinsèque n'est utile à connaître que lorsqu'on fait des opérations de change pour vendre ou acheter des monnaies comme matières d'or et d'argent. Quant au pair proportionnel, ainsi défini \ ce n'est qu'un degré sur réchelle des innombrables variations des changes indirects sur lesquels on calcule et on opère tous les jours.

Il n'est pas besoin de rappeler qu'on appelle traite une lettre de change tirée; remise y une lettre de change négociée ; neceptatiany une lettre de change acceptée ; qu'une lettre de change représente la monnaie dans laquelle eUe est exprimée; que tirer (lorsqu'il n'existe antérieurement ni dette ni créance) équivaut à vendre, et que remettre équivaut à acheter. Tout

* Quelques auteun et uo grand nombre de praticieni confondent le pair propor* tionnel atee le change indirect lui^niéme. Ce n*est qu'une affaire de nomenclalui^ trop peu importante pour qu'il loit utile d'Ioiiiter lur ce lujot.

858 TEAITi niS OFfoiTIORa M BANQUK.

ceci a été dit dans le cours de cet ouvrage ou résulte immé^ diatement de ce qui y a été dit, Q est évident, en effet, que celui qui fait sur Londres une traite de 100 livres steiiing et qui la négocie sur quelque place que ce soit, vend 100 livres sterling, tandis que celui qui fait une remise de 400 livres sterling achète cette somme de celui auquel il la remet, puisque la somme est en effet passée à son crédit sur les livres du banquiei; auquel est faite la remise, et qu*il a droit de niveler son compte par une traite, c'est-à-dire par une venta de cette somme de monnaie.

L'arithmétique des changes se présente à l'œil comme quel* que chose de difficile et d'eflFroyable. En réalité elle est fort simple. Cependant la pratique de changes s'acquiert lentement à cause du gcand nombre et de la variété des connaissances qui sont nécessaires pour s'y livrer utilement. Il faut connaître en effet le nom, la matière, les subdivisions, le pair intrinsèque de toutes les monnaies des principales places cambistes, se rappeler exactement le cerUnn^ sous-entendu sur chaque cote des changes, savoir comment les diverses places changent entre elles. Ces connaissances positives et qui ne s'acquièrent pas en un jour, sont indépendantes de l'arithmétique. 11 faut en outre à celui qui veut spéculer sur les changes une connaissance approfondie des causes générales qui peuvent faire varier les cours, soit en hausse soit en baisse, et ces causes ne sont autres que l'ensemble du mouvement commercial entre les divers pays, etc. L'arithmétique n'est donc qu'un accessoire dans les opérations qui se font journellement sur les changes.

Encore l'action du temps et de la civilisation a-t-elle merveilleusement simplifié l'arithmétique des changes. Depuis trente ans environ , les opérations sur les changes se sont presque toutes (concentrées sur les places de Londres et de Paris, et sur quelques places accessoires, telles que Hambourg, Amsterdam, Uvoume, Vienne, Pétersbourg. Les villes cambistes telles qu'Augsbourg ou Auguste, comme on l'appelait en banque depuis les premiers banquiers lombards, ont perdu presque toute leur importance spéciale. En même temps plusieurs États, comme la Hollande et bientôt l'Espagne, le Por-

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tugal ODt perfectionné leur système monétaire et y ont introduit système décimal. Les décimales ont été admises dans les calculs, môme dans les paya où elles n'étaient pas représentées par des monnaies réelles : le commerce, sur ce point, a pris les devants sur les gouvernements.

Enfin on tend de toutes parts à changer Tune contre l'autre les monnaies de compte de chaque pays, et à négliger les anciennes monnaies de chauge, et Ton cote les changes euxmêmes, à Paris surtout, de manière à faire prévaloir le système décimal.

Ainsi déjà les changes avec la Belgique, la Suisse et le royaume d'Italie sont devenus en quelque sorte intérieurs, pour les banquiers de France, et Ton ne change pas avec Anvers, Bâle, Genève ou Turin et Gènes autrement qu'avec Lyon et Marseille, Pour les places qui ont un système monétaire diQérent du nôtre, on a pris la monnaie de compte de chaque pays et on Ta comparée à la nôtre, de telle sorte qu'aujourd'hui, pour parler l'ancien langage, Paris donne partout l'incertain. Voici quelle y est actuellement la cote officielle.

Changes de Paris.

Amsterdun 214 fir. plus ou moins p. 100 florins.

Hambourg. .... 188 — — 100 marcs.

Berlin . 371 — — 100 tbalers.

Londres 25.21 — — 1 Uy. sterling.

^'^"^ I 525 - - 100 piastres de 1848.

Vienne l 260 - - 100 fl. d'Autriche 0. W.

Trieste ]

Auguste 215 - — 100 fl. S. V^.

Francfort 215 — - 100 fl. id.

Pétersbourg. . * . . 400 — — 100 roubles.

Bien que les autres places ne comptent pas toutes avec Paris comme Paris compte avec elles, qu'Amsterdam, par exemple, donne 56 florins plus ou moins pour 120 fr. tandis que Paris donne 214 fr. plus ou moins nour 100 florins, les réductions sont devenues, presque partout, infiniment plus faciles qu'autrefois.

Voici les changes ordinaires de Londres, de Hambourg et d'Amsterdam.

Changes de Londres.

Amsterdam 11 florins, plus on moins p. 1 liv. sterling.

Copenhague 9 thalers rixbanq. — —

Hambourg 13,64 marcs banco. — —

Paris 25,21 francs. — —

Francfort 117,93 fl. pied de 24 pour 10 liv. sterl.

J[*""'i' ) 10,45 florins. l -

Trieste j '

Pétersbourg 37,58 pence pour 1 rouble d'argent.

^■^**^ I 49 pence — 1 piastre forte.

Livoume \

Milan i

nÎÎÎ^, .' .' .';.*( ^^'^^"'' " 1 livre sterl.

Palerme \

Messine j

Lisbonne 52,72 pence — 1 milreit.

Rio-Janeiro 30 pence — t milreis effectif.

CalcutU \

Bombay | 25 pence — 1 roupie.

Madras )

Changes de Hambowrg,

Londres 13,63 marcs b* p. 1 livre sterling.

Paris \

Gênes I 188 ftrancs p. 100 marcs banco.

Livourne /

Péterbourg 34,17 scbel. b* p. 1 rouble d'argent.

Madrid ) .«^i. . • . # .

Cadix } 43,05 - p. 1 piastre forte.

Lisbonne ) ^^ . m •

P«rlo I " - P- ' ""'"'"•

Amsterdam 35,06 florins p. 40 marcs b^

Anvers 188 francs p. 100 —

Francfort-sur-Mein. . . 90 florins p. — —

Aogsbourg 150 — p. 200

Prague.

Vienne [ 176 fl. conv. p. — •

Trieste.

Breslau.

Beriin \ 154 thalers p. 300

Leipzig.

Changes d'Amsterdam.

Paris fl. 56,70 pour 120 francs,

Maaria ou Cadix, . , 344 - too piaitr«s.

LIVBE VI, GHÀPITHE III. S61

Lisbonne 45,89 — 40 crusades de 400 reis.

Londres 10,88 — 1 litre sterling.

Gènes \

LîToume > 46,8 i — 100 livres neuves.

Naples ;

Franefort 101,34 — 100 florins pied de 24.

Vienne et Angsbourg.'. . 36,49 — 30 —

Pètersbourg 187,10 — 100 roubles d'argent

Hambourg 35,05 — 40 marcs banco *,

Tous les calculs relatifs aux changes se réduisent à évaluer la monnaie du pays où Ton est en monnaie de tel ou tel autre pays sur lequel on veut vendre ou sur lequel on veut acquérir une lettre, par voie directe ou par voie indirecte.

Les changes par voie directe se calculent ordinairement par des multiplications et des divisions. Ainsi pour changer des francs en livres sterling, on divise la somme des francs par le nombre qui exprime le change, soit 2S fr. OS. En général, pour évaluer les francs en monnaies étrangères, il faut diviser, [parce que les unités de change des pays étrangers valent plus; d'un franc.

La réduction des francs en fractions de la monnaie de change, dans les pays qui n'ont pas encore adopté le système décimal, comme TAngleterre, Hambourg, etc., impose des calculs plus compliqués. Soit donnée une traite de 4,000 fr. à changer en monnaie anglaise, au cours de 25,05. Ce nombre 25,05 exprime la livre sterling en un nombre de même sorte que les 4,000, mais avec deux décimales : il faut donc ajouter deux zéros à droite de 4,000 et diviser par 25,05, ainsi qu'il suit:

On trouve au quotient 159 et un reste de 17,05 centimes qu'il faut réduire en shillings. Comme le shilling n'est que le vingtième de la livre, il faut diviser par 20 les 25,05 ou conserver ce nombre au diviseur et multiplier le reste de la pre-

* J'ai laissé subsister ici les cotes de la l'* édition. On trouvera à TAppendice les fouilles de Bourse ou cours officiels complets et actuels des deux grandes places cambistes, Londres et Paris, et la liste des valeurs qui se négocient sur l'une et sur l'autre.

S62 TRAITÉ DE8 OPiRATlOKS DE BAHQUS.

mière division par 20. Si Ton prend ce dernier parti, on continue ropération de la manière suivante :

Soit au quotient 13 shillings et un reste indivisible 1535 qui exprime des vingtièmes de centime. Pour le réduire en deniers ou pence sterling qui valent un douzième du shilling» il faut, ou diviser par 12 le diviseur 25,08, ou multiplier le reste par 12 et conserver encore le môme diviseur. On continue donc :

On a pour quotient 7 pence plus un reste indivisible 885. Si Ton voulait continuer Topération et obtenir des farthings dont 4 = 1 pence, on multiplierait le reste par 4 et Ton continuerait à diviser par 23,05. Mais comme dans le commerce on ne compte jamais au delà d'un penny, il convient de négliger ce reste. On dit donc : 4,000 fr. = 1591. 13 sh. 7 d. sterling.

S'agit-il, au contraire, de réduire en francs une somme exprimée en monnaie anglaise, il faut faire Topération inverse, c'est-à-dire mettre des multiplications à la place des divisions, et plus clairement encore, procéder par des règles de trois. Soit à réduire en francs la somme de 159 I. 13 sh. 7 d. au change de 25,05. Une première multiplication de 159 par 25,05 donne la réduction des livres en francs, soit :

LITRE Ti, GHAPITRB III. 568

On a 3,982 (r. 95 cent. Reste à évaluer en francs et à ajouter à cette somme celle que représentent les shillings et les deniers ou pence. Le shilling est le 30* de la livre, donc :

20 sh. : 25,05 :: 13 : x.

Donc:

De même, pour réduire les pence en monnaie de France, on dit :

240 pence : 25,05 :: 7 : x.

Ou, ce qui revient au même :

On ajoute ensuite les trois nombres successivement obtenus, soit :

La différence de 4 centimes entre celte somme et 4,000 fr. provient des fractions négligées dans Tune et Tautre opération, comme dans la pratique.

On aurait pu encore changer 159 1. 13 sA. 7 d. en monnaie de France en réduisant d'abord cette somme en pence, soit :

llî9x20Xl2-hl3Xl2+7-38323.

Puis en posant la proportion :

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