VARIATION DU PRIX DES MONNAIES
Si l'on prend une société quelconque dans un moment donné» avec des habitudes déterminées, on* trouve qu'elle a besoin pour ses échanges d'une certaine quantité de monnaie qui varie peu et d'une autre quantité de monnaie également peu variable pour la thésaurisation ou pour les réserves. Comme la monnaie métallique ne produit rien par elle-même, on pourra dire que la société est d'autant plus habile en affaires qu'elle fait plus d'échanges avec moins de monnaie effective.
La monnaie obéit d'ailleurs, comme toutes les marchandises, à la loi générale de l'offre et de la demande. Son prix suit celui des métaux précieux avec lesquels elle est faite, et sa quantité se proportionne aux besoins d'autant plus facilement que le prix des métaux monnayés se rapproche davantage de celui des lingots. En supposant la fixité des habitudes commerciales d'une société, on peut dire qu'elle possède
exactement la quantité de monnaie qui lui est nécessaire pour faire ses échanges.
La demande de monnaie peut augmenter, soit par l'accroissement des échanges, soit par un changement dans les usages, tel que la substitution des ventes au comptant aux ventes à terme : elle diminue par Faction des causes contraires.
On peut donc dire à la rigueur, comme J.-B. Say, qu'en temps d'habitudes moyennes, la quantité de monnaie en circulation n'a aucune influence sur le taux de l'intérêt, parce que la monnaie restant en quantité toujours égale et étant toujours employée, n'est jamais disponible. Mais comme la disponibilité est un fait qui résulte surtout de la distribution des richesses, un rapport de particulier à particulier, et que la monnaie, ayant une valeur exprimée reconnue par l'usage, est toujours facile à échanger, il en résulte que les capitaux sous forme de monnaie sont toujours disponibles pour le particulier qui les possède et qui n'est tenu de les réserver à aucun payement, et que tous les capitaux qui tendent à devenir disponibles cherchent à se convertir en monnaie : il en résulte aussi qu'à toutes les crises, comme nous l'avons déjà observé, les capitaux sous forme de monnaie étant évalués, faciles à transporter et à transformer, sont aussitôt les plus demandés, comme l'atteste la baisse du prix de toutes choses que l'on remarque en ces temps. Du reste, toute crise ayant pour effet de restreindre le crédit, augmente par cela même le besoin de monnaie, soit en en employant une plus grande quantité pour effectuer la même quantité d'échanges, soit en précipitant les échanges par la nécessité des remboursements ou, comme on dit, des réalisations : la demande de monnaie est surtout intense lorsque les remboursements sont réclamés pour thésauriser, comme on le voit dans les crises politiques.
Lorsqu'une société s'enrichit, le mouvement est lent et le crédit s'étend toujours, de manière à ôter toute action à la monnaie sur le taux de l'intérêt. Ce sont des capitaux effectifs et actifs que l'on demande alors et non de la monnaie qui, par elle-même, ne produit point.
Lorsqu'une société s'appauvrit, au contraire, même lentement, on s'attaque aux capitaux anciens, tout évalués, et