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LITRE II, CHAPITRE XVK

Les titres négociables sont classés ou déclassés. On appelle rentes ou actions classées^ celles qui appartiennent à des capitalistes qui les ont acquises pour les conserver et en toucher les arrérages ou dividendes, et qui ont fait cette acquisition comme un placement permanent. Ces capitalistes ne vendent leurs inscriptions ou actions que lorsqu'ils en ont besoin. On considère les rentes et actions classées comme retirées du marché, parce qu'en effet elles y sont rarement vendues et achetées.

On appelle rentes et actions déclassées , celles qui appartiennent à des capitalistes qui ne les conservent pas comme placement^ mais qui s'en servent à spéculer ; qui n'achètent que pour revendre et ne vendent que pour racheter, afin de réaliser un bénéfice sur la différence des prix d'achat et des prix de vente. Ces rentes et actions sont l'élément habituel de la spéculation qui s'exerce à la fois par des marchés au comptant et par des marchés à terme.

Nous n'avons point parlé spécialement des fonds étrangers, ni des actions industrielles étrangères, parce que les opérations auxquelles donnent lieu ces deux sortes de titres ne diffèrent qu'en quelques détails insignifiants de celles qu'on fait sur les fonds français et sur les actions industrielles françaises. Les valeurs étrangères ne se négocient pas à la Bourse de Paris aussi couramment qu'à celle de Londres, le plus grand marché de capitaux qu'il y ait au monde, et on n'opère habituellement sur les valeurs de cette espèce qu'au moment de leur émission. Encore faut-il qu'elles soient émises par une maison bien connue et accréditée sur la place.

n n'y a pas longtemps que les gouvernements qui sont souvent les moins dignes de crédit en obtiennent cependant sur les marchés de Londres et de Paris en se mettant sous la protection d'une maison puissante. On attribue à M. Nathan Meyer Rotschild, de Londres, l'introduction dans les affaires des titres étrangers au porteur dont les intérêts étaient payables à Londres et à Paris. C'est ainsi qu'il put négocier facilement l'ancien emprunt de Naples, dont les banquiers les plus hardis hésitaient à se charger.

On appelle éventualités les titres dont la valeur est incer-

taine et problématique, tels que le cautionnement acquis à l'État d'une compagnie en déchéance, etc. Il y a des États étrangers dont les emprunts sont considérés à juste titre comme des éventualités, parce que le payement des arrérages est indéfiniment suspendu.

§ 3. — Des marchés au comptant.

Les achats au comptant sont des affaires sérieuses : ils ont en général pour but des placements durables de capitaux, en vue du revenu que peut produire le titre, plutôt qu'en vue d'un bénéfice résultant de la plus-value du titre lui-même. Ces achats se traitent assez souvent avant l'ouverture de la Bourse, au cours moyen du jour, ou autrement à la criée en la forme ordinaire.

On fait aussi au comptant des spéculations, c'est-à-dire des achats et des ventes pour profiter de la plus-value ou de la moins-value présumée du titre acheté ou vendu.

Toute spéculation, quelle qu'en soit la forme, est fondée sur la hausse ou la baisse des cours. De là la distinction familière, mais juste, qu'on fait journellement à la Bourse entre les haussiers et les baissiers. Celui qui spécule à la hausse achète, celui qui spécule à la baisse vend. Pierre croit à une hausse prochaine: il achète 48,000 fr. de rente 3 p. Vo^u cours de 75 fr., soit moyennant la somme de 375,000 fr., qu'il échange à l'instant contre une inscription de 15,000 fr. Bientôt ses prévisions sont justifiées ; les cours s'élèvent à 77 fr., il vend sou inscription et en retire 385,000 fr., soit < 0,000 fr. de bénéfice, sous déduction des 625 fr. de courtages d'achat et de vente. Si au contraire le cours tombe à 73 fr., il ne pourra vendre qu'en subissant une perte nette de 10,000 fr., plus les courtages.

Paul présume que le cours de la rente baissera ; il vend et attend pour racheter, que les cours soient redescendus de manière à lui faire prévoir une hausse prochaine. Rien ne force, il est vrai, Pierre à revendre ni Paul à racheter : le premier peut garder son inscription et le second son argent ; ni l'un ni l'autre, une fois son marché consommé, n'a d'engagement

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