L OCCUPATION
pas d'avoir eu le patronage de Thiers. Quand tout fut terminé, quand le dernier soldat étranger eut repassé la frontière, le gouvernement de Mac-Mahon s'abstint de donner à notre représentant au quartier général les témoignages de gratitude auxquels il eût été en droit de prétendre, s'il avait pu, au cours de sa carrière, conserver des illusions sur la reconnaissance des hommes politiques (1). Sacrifié à de mesquines rancunes de parti, Saint-Vallier dut attendre jusqu'en 1877 pour être replacé dans un poste où il pouvait rendre d'utiles services. Il fut jusqu'en 1881 notre ambassadeur à Berlin. Son nom reste inséparable de celui de l'homme d'Ëtat qui sut se l'attacher comme collaborateur de tous les instants dans l'œuvre de la libération du territoire.
Sur l'histoire générale de l'occupation et des incidents notables auxquels elle a donné lieu, Valfrey, Histoire du traité de Francfort, t. I et II passim, donne, comme toujours, des renseignements qu'on sent de première main, bien que, par une réserve de mise à l'époque où il écrit, il n'ait pas indiqué ses sources. Sorel, Histoire diplomatique de la Guerre franco-allemande, t. II, passim, z st moins complet que Valfrey.
Doniol, dans l'étude très approfondie, intitulée : M. Thiers, le comte de Saint-Vallier, le général de Manteuffel, Paris 1897, (2e édit. 1898), s'est particulièrement attaché à raconter l'œuvre diplomatique accomplie en collaboration constante par les protagonistes dont il met les noms en vedette. Préfet de Meurthe-et- Moselle durant les derniers mois de l'occupation, il a été dans une certaine mesure mêlé aux efforts de Thiers dans la poursuite de son œuvre libératrice. Pour la fin de l'occupation, le livre a donc toute la valeur d'un témoignage inspiré par la vue directe des événements. Mais l’auteur ne s'est pas contenté de ses souvenirs personnels qui eussent été insuffisants. Il a eu l'occasion de puiser à des sources plus abondantes et plus sûres. La famille
(1) Saint-Vallier à Thiers, 27 septembre 1873. Thiers, Occupation et libération du territoire, t. II, p. 422.
de Thiers lui avait, par avancé, donné communication des documents qu’elle avait l’intention de publier. Doniol a utilisé largement ces archives si libéralement ouvertes. Les dépêches qu’il reproduit textuellement ou dont il s’est constamment aidé donnent à son ouvrage une saveur marquée d’authenticité et font oublier les imperfections d’un style cahoteux, embarrassé, parfois obscur.
Les renseignements fournis par Valfrev et par Doniol ont été confirmés et complétés par la publication due à la famille de Thiers. Les deux volumes qu’elle a donnés en 1900, sous le titre : Occupation et libération du territoire, 1870-1873, Correspondances, contiennent la majeure partie de la correspondance diplomatique échangée entre le Président, les représentants de la France à Nancy ou Berlin et les chefs militaires de l’occupation allemande. Nombreux, ordonnés avec soin en série chronologique, se complétant et s’éclairant l’un par l’autre, ces documents précieux se suffisent à eux-mêmes. Comme l’insinue Doniol (Introduction, xvn), ils dispensent de recourir au Dépôt du quai d’Orsay, beaucoup plus pauvre qu’on ne l’imagine sur cette époque, et où l’on ne trouverait, paraît-il, que des échos affaiblis de la vérité. On peut presque dire, tant ils sont vivants, qu’ils dispensent ou découragent d’écrire l’histoire de ce moment.
Sur la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays, on consultera : Gabriac, Souvenirs diplomatiques de Russie et d’ Allemagne, Paris 1896; Broglie, La Mission de M. Gontaut-Biron à Berlin, Paris, 1896, et Gontaut-Biron, Mon Ambassade en Allemagne (1872-1873), Paris 1906. Ces trois ouvrages, le dernier surtout, contiennent des précisions sur le rôle diplomatique de Saint-Vallier et Manteuffel à Nancy. Hanotaux, mieux placé que tout autre, pendant un temps, pour donner de l’inédit, s’est borné, ici comme ailleurs, aux surfaces. On trouve chez lui des portraits vivement enlevés d’une pointe alerte et fine (cf. celui de Manteuffel, I, 295) et des anecdotes caractéristiques (cf. sur Arnim, I, *357-359).
Comme il s’agissait de l’histoire politique et diplomatique de l’occupation, on n’a pas cru devoir procéder à un dépouillement méthodique de la presse locale des divers départements occupés. Cette recherche n’eût enrichi, croyons-nous, que le côté anecdotique de l’ouvrage. Tel n’était pas le but qu’on se proposait. Pour la même raison, on a estimé inutiles les investigations dans les archives de tous les départements occupés. Tout au contraire pour les archives départementales de Meurthe-et-Moselle. Là, du moins, à raison de la présence prolongée de Saint-Vallier, il y avait chance de trouver quelques pièces inédites et d’une portée
l'occupation
générale. On peut voir qu'en effet notre attente n'a pas été trompée. Nous indiquons les cotes des dossiers que nous avons compulsés, pour le cas où l'on voudrait, derrière nous, poursuivre le même travail, en descendant dans les détails : un carton coté : série R, Affaires allemandes 1870-1873 ; un dossier désigné ainsi : Affaires franco-allemandes 1871-1872 ; un dossier : Pièces sur V évacuation allemande 1873; un dossier : Évacuation allemande; un dossier : Affaires diverses concernant V occupation allemande en 1871-1872. Tous ces dossiers renferment un grand nombre de lettres de Saint-Vallier, ayant surtout trait à l'exécution, à la mise en vigueur de ses instructions, dans le département de Meurthe-et-Moselle. Elles permettent de le suivre au jour le jour dans sa tâche ingrate et montrent avec quel scrupule il s'appliquait, même dans les plus petites choses, à ne rien négliger de son devoir.