CHAPITRE I
Pour suivre dans leur succession chronologique et comprendre dans leur portée pratique les négociations d'ordre si divers et d'importance si variée que j'entreprends de raconter, il parait indispensable de présenter en bref le tableau des faits historiques où viennent s'insérer, chacun à sa place, les actes de droit international qui, tous, convergent vers ce but : le rétablissement des rapports pacifiques entre la France et l'Allemagne. On aura ainsi sous les yeux un ensemble récapitulatif qui permettra de situer les documents officiels, de les confronter avec les événements dont ils sont l'aboutissant et de leur donner ainsi leur vraie valeur.
La période de temps sur laquelle s'échelonnent les conventions dont je veux parler embrasse, dans toute son amplitude, un espace de sept années. Elle a commencé, en effet, le 28 janvier 1871, pour finir le 29 juin 1878. Elle se scinde en trois grandes phases qui correspondent à trois moments décisifs : la phase préliminaire qui va de l'armistice au traité de Francfort; la période, relativement fort courte, qui a précédé cet acte et s'est terminée par sa conclu-
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sion; l'époque postérieure, la plus longue, qu'on pourrait dénommer la phase des conventions additionnelles.
Pour la phase préliminaire, la succession des événements se fractionne en trois étapes bien marquées. C'est d'abord la négociation très brève qui aboutit à la convention d'armistice du 28 janvier 1871. Ensuite se placent les préliminaires de paix de Versailles, du 26 février 1871 et les conventions qui s'y rattachent. Enfin, dans une troisième période, du 28 mars au 4 mai 1871, des conférences furent tenues à Bruxelles en vue de rédiger l'instrument définitif de la paix. Mais ces conférences n'aboutirent pas, et la négociation fut transportée à Francfort.
Si l'on sait beaucoup sur les deux premières étapes de cette marche en avant brusquement interrompue, il n'en est pas de même pour la troisième. Les acteurs mêlés à des événements retentissants, comme l'armistice ou les préliminaires, ont parlé. Ils ont dit, non tout ce qui était à dire, mais une grande part de ce qui pouvait être dit. On possède d'ailleurs les actes officiels constatant les accords intervenus au cours de ces deux mois. Sur ce qui s'est passé à Bruxelles, l'obscurité n'est pas encore dissipée. Les négociateurs, sauf un seul, et des moins importants, se sont tus sur la part qu'ils avaient prise à des discussions qui avaient mal tourné. Gomme pour dérouter davantage la curiosité, il n'a pas été tenu de protocole officiel de ces conférences. Certains — Valfrey, fort heureusement, est du nombre — ont été en situation de savoir quelles questions furent abordées, quelle méthode de travail, peu propice à la réussite, fut adoptée. Mais il n'en reste pas moins impossible, encore aujourd'hui, de retracer les péripéties de ces réunions qui ne paraissent avoir été que des colloques. L'histoire générale de l'époque permet seule de deviner pourquoi on en est resté à des^échanges de vues contradictoires, sans pouvoir sur presque aucun point aboutir.
La phase centrale et capitale se resserre dans un très court espace. Elle va du moment où furent rompues les négociations de Bruxelles, 4 mai 1871, jusqu’au 10 du même mois. En six jours, à Francfort-sur-le-Mein, on eut le temps de terminer ce qu’en un mois on n’avait pas même ébauché. On discuta les conditions de la paix définitive sur la base des préliminaires,. mais en y apportant de notables modifications et en les complétant sur plus d’un point important. Le 10 mai fut signé le traité de Francfort, suivi d’articles additionnels.
Ici non plus, on n’a pas jugé à propos de rédiger des protocoles. L’instrument de paix est le seul document officiel qu’on possède. Mais les personnages politiques qui ont conduit la négociation, surtout ceux du côté français, ont tenu note de leurs impressions et consigné leurs souvenirs. Les discours ou rapports au Reichstag ou à l’Assemblée nationale nous renseignent d’une façon non moins précise. Toute cette documentation, quoiqu’un peu maigre, permet de reconstituer assez facilement l’histoire de cette lutte suprême où, comme plusieurs mois auparavant sur les champs de bataille, nous combattîmes en plein désarroi, mal servis par les circonstances, mal secondés par les hommes.
La période qui a immédiatement suivi la signature de la paix s’est prolongée longtemps. Je l’ai nommée : période des conventions additionnelles. Elle n’a pris fin qu’en juin 1878. G’est qu’en effet, durant ce long intervalle, les deux États ont conclu une série de conventions complémentaires destinées à régler le détail des questions multiples dont l’acte de mai 1871 n’avait pu qu’indiquer ou faire présager la solution. Ces conventions touchent à des objets différents qui se groupent cependant sous trois chefs principaux.
Il y a d'abord la série des conventions concernant la date et le mode des paiements partiels de l'indemnité de guerre. Il y en a eu quatre aux dates suivantes : 21 mai 1871, 12 octobre 1871, 29 juin 1872, 15 mars 1873. A ces accords se rattachent de la façon la plus étroite les arrangements destinés à régler le mode d'entretien du corps d'occupation allemand restant en France et en même temps le régime des parties du territoire qui devaient supporter jusqu'à l'entier acquittement de la dette cette charge exceptionnelle. Il y a eu là une situation sans précédent pour l'étendue et la durée. Elle fait l'objet de deux conventions, celle du 11 mars 1871 signée à Ferrières, celle du 16 mars datée de Rouen. Elle continua d'ailleurs à donner lieu à des négociations incessantes entre le quartier général allemand et une mission diplomatique spéciale accréditée auprès de lui par le gouvernement français- Des publications récentes, dont il sera fait état au cours du présent ouvrage, ont permis de suivre pas à pas et par le menu l'histoire de ces relations diplomatiques d'un genre tout nouveau, où un État s'est vu amené à entretenir un envoyé permanent sur son propre territoire, comme s'il était terre étrangère. Emanant de certains des hommes politiques qui ont dirigé ces relations ou qui y ont été mêlés comme agents d'exécution, ces documents ont une valeur d'authenticité indéniable. On avait chance de compléter les lumières qu'ils nous apportent et qui, parfois, ne sont que des lueurs, en recourant à la correspondance administrative du Commissaire chargé par la France de cette mission extraordinaire. Elle se trouve conservée, du moins pour partie, dans les archives du département de Meurthe-et-Moselle. Ce dépôt public, moins jalousement fermé que d'autres, nous restitue un aspect jusqu'alors inédit de la période si troublée qui n'a pris fin que par l'évacuation.
Le second groupe d'accords intervenus postérieurement au traité de Francfort est, sans contredit, le moins riche et le moins important des trois. Il a trait à des questions d'ordre économique. Il concerne, en effet, le régime douanier
transitoire des produits fabriqués en Alsace-Lorraine (convention du 12 octobre 1871) et la réorganisation des relations postales entre la France et l'Allemagne (convention du 12 février 1872). La convention de poste n'est mentionnée ici que pour mémoire et par souci d'exactitude. Il n'a pas paru que l'étude détaillée de son économie rentrât nécessairement dans le cadre du présent ouvrage. Somme toute, les arrangements qui forment ce second groupe n'ont eu ni la portée ni le retentissement des premiers. Et l'on en peut dire autant quand on les compare à ceux qui composent la troisième catégorie.
Dans ce dernier lot figurent, en effet, des conventions additionnelles complémentaires de l'acte de Francfort. L'an- , nexion à l'empire allemand d'une fraction du territoire français soulevait une foule de problèmes qui ne pouvaient pas, tous du moins, être suivis d'une solution immédiate. Des conférences, dont on a conservé les protocoles, furent tenues à ce sujet à Francfort, du 6 juillet au 11 décembre 1871. Elles aboutirent à la signature de la convention additionnelle du 11 décembre, acte qui n'égale pas en importance le traité lui-même, mais qui n'en est pas moins dans un rapport étroit avec lui. Ces conférences, d'ailleurs, ne pouvaient non plus tout terminer. Le traité et la convention additionnelle n'avaient fait que poser des principes. Il fallait les traduire en applications pratiques. Ce fut l'œuvre de trois commissions internationales mixtes.
La première avait à délimiter la nouvelle frontière qui nous était assignée. Sa tâche comportait une suite d’opérations techniques nécessitées par le tracé de la ligne séparative : pose de bornes, plan général d'abornement, dressé de cartes, arrangements relatifs aux forêts coupées en deux par la ligne nouvelle. Ce n'est que fort tard que ce travail a été achevé. Le procès-verbal définitif de clôture n'est que du 26 avril 1877. De cet accord on rapprochera celui qui a remanié les circonscriptions diocésaines de manière à les faire cadrer avec la frontière politique. Il fallait, pour aboutir ici à un arrangement, l'assentiment de la cour de Rome.
On ne Fobtint qu'en 1874. La commission mixte qui se réunit le 7 octobre de cette même année n'eut d'ailleurs qu'à enregistrer les décrets pontificaux réorganisant les diocèses en tenant compte du changement de souveraineté consacré parle traité de Francfort. Enfin, une commission dite de liquidation a siégé à Strasbourg, à partir du 28 mai 1872. Les procès-verbaux de ses séances ont été consignés dans cent soixante- neuf protocoles qui ne paraissent pas avoir été publiés. Elle avait pour mission de liquider le compte respectif de ce que chacun des États pouvait devoir à l'autre par l'effet de la cession des territoires détachés de la France. Ces comptes de liquidation qui, eux, ont été livrés à la publicité, n'ont été définitivement arrêtés que le 29 juin 1878. C'-est donc à cette date tai dive que se place le dernier document % clôturant officiellement la série des questions soulevées par la mise à exécution du traité de 1871 (1). La liquidation diplomatique, suite nécessaire de la guerre, avait duré plus de sept années. Il est plus facile de troubler la paix que de la rétablir.
Les faits que je viens de rapporter sommairement n'ont pas tous une importance égale. Le récit que j'en ai donné n'est qu'une sorte de tableau d'assemblage destiné à assigner à chacun sa véritable place, soit dans l'ordre des temps, soit dans les rapports de connexité qui le rendent dépendant d'un ou de plusieurs autres. Si ce groupement est nécessaire pour que chacun ait sa valeur vraie, il est logique de suivre l'idée jusqu'au bout et de ne pas se borner pour chaque question à des références bibliographiques appropriées, mais sans lien entre elles. Il y a donc lieu de présenter d'abord une bibliographie générale, convenant au
(1) Sorel, qui écrit en 1875, assigne comme terme ultime aux arrangements diplomatiques nécessités par l’exécution du traité de Francfort, la date (7 octobre 1874) du protocole concernant le remaniement des circonscriptions ecclésiastiques ( Histoire diplomatique de la Guerre franco- allemande, t. II, p. 354). La date que j’indique au texte me paraît la seule vraie.
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sujet tout entier et qui jusqu’à présent n’a point été faite. Mais, au lieu de la borner à une .sèche énumération, j’ai jugé utile de lui donner la forme d’un catalogue descriptif et critique. Ainsi s’explique et se justifie la place que j’ai réservée à l’indication et à l’étude des sources.
Gomme je viens de le dire, on n’a pas songé jusqu’à présent à faire une bibliographie s’appliquant exclusivement aux questions traitées dans le présent ouvrage. Mais il y a un certain nombre de bibliographies de la guerre de 1870-1871. On y trouve d’utiles et Copieuses indications sur la période postérieure à la guerre et les événements d’ordre diplomatique qui l’ont signalée. Dans l’ordre des dates, ces ouvrages sont :
1° Baldamus, Literatur des deutsch-franzosischen Krieges, paru en 4 fascicules, Reudnitz 1870, Leipzig 1871, in-8. Cette publication, hâtivement faite au fur et à mesure des événements, ne contient que la production parue jusqu’au traité de Francfort. Elle ne peut donc être que d’un secours fort minime.
. 2° Albert Schulz, Bibliographie de la Guerre franco-allemande et de la Commune de 1871 , 2e édit., Paris 1886, in-8, qui donne une liste, dressée avec beaucoup de soin, des publications de tout ordre, en langues française et allemande, ayant surtout trait à la Guerre et à la Commune. Une table systématique un peu trop succincte permet de retrouver les écrits qui sont du domaine historique ou diplomatique.
3° BiEDERMANNjGescfoc/tfe Deutschlands vom Wiener Congress bis zur Aufrichtung des neuen deutschen Kaisertums , Breslau 1891, 2 vol. in-8. A la fin du tome II, il y a une suite d’indications concernant les faits d’ordre international.
4° Palat, Bibliographie générale de la Guerre de 1870- 1871 , Paris et Nancy 1896, in-8. Cet ouvrage considérable, de 581 pages, est divisé en deux parties. La première, la plus étendue, est un répertoire alphabétique; la seconde un catalogue raisonné, fort court et dont les divisions
paraissent trop compréhensives pour pouvoir être utilisées rapidement. Pour les questions relatives au rétablissement des relations pacifiques, il faut recourir au n° 2 du catalogue raisonné : Politique extérieure de la France et de V Allemagne dans ses rapports avec la guerre de 1870 , numéro qui comprend les rubriques suivantes : Histoire diplomatique; Armistice et occupation; Traités entre la France et l'Allemagne ; Annexion de l'Alsaee-Lorraine ; Droit des gens.
5° Pierre Lehautcourt, La Guerre de 1870-1871 , Paris, s. d. (1900), in-8, faisant partie de la « Bibliothèque des bibliographies critiques » publiée par la Société des études historiques. Bien que le dernier paru, ce répertoire n'est pas de ceux qui renseignent le mieux. Il n'a fait aux ouvrages d'histoire diplomatique qu'une place fort restreinte, ce qui se comprend à la rigueur, étant donné son objet. Mais il en omet d'essentiels, tels que le recueil de Villefort, et, parmi les bibliographies générales, il ne fait pas mention de celle de Schulz.
6° Dalhmann-Waitz, Quellenkunde der deutscheh Geschichte , Leipzig, 1906, 7e édit., in-8, où la liste des ouvrages touchant aux questions particulières qui nous préoccupent est peu abondante (Voir nos 9484-9490 sous la rubrique : Friedenverhandlungen, et nos 9295-9340, passim).
Après les bibliographies générales il convient de mentionner les recueils où sont réunis les documents officiels, conventions internationales*de toute sorte, protocoles, discussions dans les Chambres, rapports des commissions parlementaires, etc. Le plus remarquable par la richesse de sa documentation et la manière intelligente dont elle est distribuée, est le Recueil des traités , conventions , lois, décrets et autres actes relatifs à la paix avec V Allemagne, Paris 1872- 1879, 5 vol. in-8. C'est aussi celui qui est le plus complet, parce que c'est lui qui va le plus loin dans le temps. En tête du tome V, le patient éditeur de cette masse de documents, M. Villefort, ministre plénipotentiaire, a écrit un avertissement où il a tenté d'en donner la synthèse. Chaque volume
est terminé par une table analytique des matières. A la fin du cinquième, on trouve en plus trois tables générales d’un grand secours. La plus importante est la « Table analytique des matières contenues dans les cinq volumes ». A elle seule elle suffît pour retrouver immédiatement dans cet amas considérable de matériaux ceux qu’on est appelé à utiliser pour un groupe de questions ou une question particulière (1).
Une collection faite dans le même esprit, mais avec un moins grand luxe de pièces et qui, surtout, n’embrasse pas une aussi longue période de temps, est celle d’ANGEBERG, Recueil des traités , conventions , actes , notes , etc., concernant la guerre franco-allemande, Paris 1873, 5 vol. in-8. De ces cinq volumes, le dernier seul concerne notre étude. Il contient, énumérés dans l’ordre chronologique, les conventions diplomatiques, protocoles, documents législatifs et aussi, ce qui n’est pas d’un mince secours, un choix de dépêches diplomatiques échangées entre l’Allemagne et la France ou émanant de puissances non mêlées à la lutte. Mais il s’arrête en 1873. La dernière pièce qu’il rapporte est la convention du 15 mars 1873 pour le paiement définitif du reliquat de la contribution de guerre.
Le recueil de de Glercq, Recueil des Traités de la France, t. X, 1867-1872; t. XI, 1872-1876; t. XII, 1877-1880, Paris, 1872, 1880, 1881, in-8, est d’un emploi commode pour qui veut suivre la succession des conventions dans leur ordre historique. Mais la collection de Villefort, qui va aussi loin quant aux dates, lui est supérieure par la méthode et l’abondance des documents reproduits.
On peut citer pour mémoire un volume composé de pièces officielles, publié en novembre 1873, sous le titre : Traités de la France avec V Allemagne, janvier 1871 à octobre 1873, Paris 1873, in-8, qui contient l’essentiel, mais qui s’arrête
(1) C'est ce recueil auquel je renverrai pour toutes les citations de pièces officielles. Pour abréger, j’omettrai le titre, trop long, et je le désignerai sous la rubrique : Villefort, avec l’indication du tome et de la page. Cf. sur ce recueil, l’article de Cogordan, Revue des Deux-Mondes, 1er juillet 1880.
au 6 septembre 1873. La publication de Villefort, plus copieuse et qui va plus loin, La rendu inutile.
L'Allemagne est moins riche, semble-t-il, en publications analogues à celles que je viens de rapporter. On ne peut citer comme recueil de documents officiels que le volume intitulé : Friedensvertrag zwischen dem deutschen Reiche und Frankreich , vont 10 mai 1871 , mit dem Præliminaire- Frieden und den Schluss-Protokollen , Berlin 1871, in-8, forcément incomplet. Plus abondante en pièces de toute sorte est la publication de Ludwig Hahn : F ürst Bismarck, sein politisches Leben und Wirken , Berlin 1878-1891, 5 vol. in-8, dont le volume II, 1878, pp. 214-251, 299-320, donne dans Lordre chronologique tous les actes concernant l'armistice, les préliminaires, le traité, les discours prononcés dans les assemblées délibérantes, des dépêches diplomatiques et des extraits, précieux à consulter, de journaux officiels ou inspirés.
En tête des ouvrages qui ont traité avec le plus d'ampleur les questions spéciales qui font l'objet du présent livre, se place, tant à cause de sa date que de son importance, celui de Valfrey, Histoire du traité de Francfort et de la libération du territoire français, Paris 1874-1875, 2 vol. in-8. Valfrey est le premier et le seul qui ait étudié les événements et les actes officiels sous leur aspect technique, sans pourtant les isoler du milieu politique où ils s'encadrent. Je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai dit de son travail dans mon Introduction. On consultera avec non moins d'intérêt le tome III de son Histoire de la diplomatie du gouvernement de la Défense nationale, Paris 1871-1872, 3 vol. in-8.
Du même ordre et de la même valeur est l'ouvrage de Sorel, Histoire diplomatique de la Guerre franco-allemande, Paris 1875, 2 vol. in-8, dont j'ai dit aussi tout le bien que je pensais dans l'Introduction. Pour les faits dont il est question ici, c'est surtout le tome II qui est à consulter.
A côté de ces deux oeuvres capitales, viennent des livres dont les auteurs ont pu observer et noter les faits auxquels ils furent mêlés comme acteurs principaux. C'est tout d'abord
le récit que Jules Favre a consigné dans les deux derniers volumes de son Gouvernement de la Défense nationale , Paris 1871-1875, 3 vol. in-8 : narration attachante, généralement exacte, quoique avec des lacunes, mais où Ton sent parfois l’emphase et le plaidoyer pro domo. Favre y a joint une série de pièces justificatives qu’on retrouve maintenant ailleurs. Une publication dont l’intérêt n’est pas moindre, mais beaucoup plus complète comme documentation, est celle qu’on doit aux héritiers de Thiers. Un volume intitulé : Notes et Souvenirs de M. Thiers, 1870-1873 , Paris 1901, in-8, contient le récit, fait par l’homme d’Ëtat lui-même, des événements où il a joué un rôle personnel. On y trouve, sinon des révélations inattendues, du moins des précisions sur plusieurs points importants, notamment sur les négociations qui ont précédé les préliminaires de Versailles. Des pièces explicatives intéressantes sont jointes comme annexes. Deux autres volumes, qui ont pour titre : Occupation et Libération du territoire, 1871-1873; Correspondances, Paris 1900, 2 vol. in-8, donnent les dépêches conservées en originaux ou en copie dans les papiers de Thiers et qui concernent les négociations relatives à l’occupation et à l’évacuation. Si les Notes et Souvenirs affectent, malgré leur caractère de haute impartialité, une tendance quelque peu apologétique, il n’y a plus rien que d’impersonnel dans les deux volumes de Correspondances , mine fructueuse de renseignements inédits sur une des périodes les moins connues de l’histoire du rétablissement des relations pacifiques entre la France et l’Allemagne. Les assertions contenues dans les écrits de Favre et de Thiers doivent être contrôlées et complétées par les dépositions faites devant la Commission parlementaire d’enquête sur les actes du Gouvernement de la Défense nationale.
D’un intérêt un peu moindre que les ouvrages précédents sont les livres où nos agents diplomatiques en Allemagne ont consigné leurs impressions à mesure que se renouaient les rapports normaux entre les deux pays. Citons d’abord les Souvenirs diplomatiques de Russie et d’ Allemagne, Paris
1896, in-8, par le marquis de Gabriac, notre chargé d’affaires à Berlin en 1871, postérieurement au traité de Francfort. Il a eu à suivre de près les discussions de la conférence de Francfort et il fournit à ce sujet des éclaircissements ap-v puyés par des citations de dépêches inédites. On y trouve aussi d’importantes déclarations rétrospectives de Bismarck sur les raisons qui poussèrent le parti militaire à réclamer l’annexion de Metz. Par contre, il y a peu à tirer du livre de Broglie, La Mission de M. de Gontaut-Biron à Berlin, Paris 1896, in-16. Seul, le premier chapitre est utilisable, parce qu’il donne quelques détails sur la position délicate faite à notre ambassadeur à Berlin en 1872 et 1873. Mais les questions de politique intérieure occupent dans l’ouvrage une place prépondérante et les préoccupations du chef de parti font tort à l’historien. Au surplus l’intérêt de cette publication a été éclipsé par l’apparition du livre du vicomte de Gontaut-Biron, Mon Ambassade en Allemagne , 1872- 1873 , Paris 1906, in-8. On y trouvera des éclaircissements sur la question de l’amnistie des prisonniers français retenus en Allemagne après la paix, ainsi que sur les négociations relatives à la libération du territoire (chap. II, III, IV, VIII). Il y a moins à prendre dans le volume destiné à faire suite à celui-là : Dernières années de l’ambassade en Allemagne de M. de Gontaut-Biron , 187 1-1877 , par André Dreux, Paris 1907, in-8.
On aurait pu s’attendre à trouver sinon des déclarations sensationnelles, du moins des compléments d’informations dans les Pensées et Souvenirs , par le prince de Bismarck, trad. Jæglé, Paris 1899, 2 vol. in-8. Les narrations de Favre et de Thiers eussent pu ainsi être utilement contrôlées. Malheureusement l’auteur, qui savait tour à tour être abondant et fermé, s’est tu sur les négociations où il a joué un rôle prépondérant. Peut-être a-t-il jugé que ses discours politiques suffisaient. C’est, en effet, à cette source recommandable qu’il faut recourir pour suppléer au silence voulu des Pensées et Souvenirs . Il a paru en Allemagne diverses éditions des discours politiques. Celle de Horst Kohl : Die
politischen Reden des Fürsten Bismarck , Stuttgart 1892- 1905, 13 vol. in-8, avec, en plus, un volume intitulé : Nachtrage und Gesammtregister , contient dans les tomes V et VI les discours de la période qui nous intéresse. Plusieurs traductions françaises des discours ont été également publiées en Allemagne. Citons : Les Discours de M. le prince de Bismarck, avec sommaires et notes , 1862-1889 , Berlin 1876-1880, 15 tomes en 9 vol. in-8 (Voir particulièrement les 3e, 4e, 5e, 6e volumes) et aussi : Les Discours de M. le prince de Bismarck, avec notices historiques sommaires et notes , Berlin, 1885-1889, 7 vol. in-8 (Voir tomes III et V) où les discours paraissent ordonnés selon un groupement plus méthodique.
Bien qu'écrits par des hommes ayant fait figure dans la politique de l'époque, les livres de Jules Simon, Le Gouvernement de M. Thiers , Paris 1879, 2 vol. in-12, et de Marcère, V Assemblée nationale de 187 i, Paris, 1904, in-12, paraissent avoir considéré les questions diplomatiques et surtout leurs aspects juridiques comme un domaine réservé auquel ils devaient s'abstenir de toucher. Le récit facile, clair et quelque peu superficiel de Jules Simon, l'écrit de de Marcère où prédomine le côté anecdotique n'ajoutent rien à ce qu'on savait par ailleurs. Un autre témoin des faits qui les a enregistrés au jour le jour, de Mazade a réuni ses articles de la Revue des Deux- Mondes en un livre écrit sous l'impression encore toute vive des événements : La Guerre de France , Paris 1875, 2 vol. in-8. Mais les problèmes de droit international n'ont pas eu à ses yeux une importance capitale. Les passages du tome II (pp. 398-468), qu'il leur a consacrés, n'offrent qu'un intérêt purement narratif.
Ces ouvrages n'ont donc pas au même degré que les précédents la valeur d'un témoignage direct. Pour leurs auteurs, contemporains pourtant des faits, les événements des années 1871 et suivantes, encore trop actuels, semblent plutôt promis à l'histoire que faire déjà partie de l'histoire. Il en est tout autrement des écrits plus récents. Je n'ai pas eu l'intention d'en fournir un catalogue complet. J'ai choisi ceux où l'on pouvait s'attendre à des jugements plutôt qu'à
des informations nouvelles. Chez leurs auteurs, en effet, les faits d’allure spéciale et presque technique qui avaient frappé les écrivains de la période précédente, apparaissent maintenant dans la demi-teinte de l’arrière-plan. Ce qu’on voit, ce qui frappe, ce sont les résultats. La France, bien que vaincue et mutilée, a continué à figurer comme un des facteurs essentiels du système politique européen. Lentement elle s’est remise du choc, a essayé de se reprendre à la vie, de rentrer dans ses voies traditionnelles. Le traité de Francfort, les actes préparatoires ou additionnels, ont peu à peu changé de physionomie. Ils sont devenus l’origine d’une situation nouvelle qui se développe à cette heure dans les incertitudes du présent, au milieu d’obstacles qu’ils ont contribué à créer. Ils sont maintenant montés au rang de causes après avoir été des effets. Les auteurs d’histoires contemporaines ne leur consacrent plus qu’une place parcimonieusement mesurée, peu en rapport avec leur importance. Aucun ne se peut comparer aux ouvriers méritants de la première heure, aux Valfrey et aux Sorel.
Le livre de Duret, Histoire de quatre ans, 1870-1873 , Paris 1876-1881, 3 vol. in-12, n’est qu’un résumé des faits, qui a puisé ce qu’il a de substantiel dans Valfrey et Favre. Et c’est encore de cette manière écourtée que les présentent : Debidour, Histoire diplomatique de l’Europe depuis l’ouverture du Congrès de Vienne jusqu’à la clôture du Congrès de Berlin, Paris 1891, 2 vol. in-8; Zévort, Histoire de la troisième République, Paris 1896, in-8 (pp. 279-286) et même l’Histoire de la France contemporaine, de Hanotaux, Paris, 1903 ss. in-8 (t. I, chap. I, II, V, VI) qui, sous des dehors brillants, est moins révélateur d’inédit qu’on ne l’a prétendu et où la verve de primesaut dépensée par quelqu’un qui n’a pas à compter, se contente facilement du trait sans aller jusqu’aux profondeurs. Il y a plus et mieux dans le Manuel historique de politique étrangère de Bourgeois, t. III, Paris 1905, in-8 (pp. 742-748; 755-763) où l’historien se hausse à des vues générales qui valent d’être méditées et retenues. La bibliographie un peu trop brève de la
page 755 est heureusement enrichie, page 815, d'une liste beaucoup plus ample où il n’y a que des choix judicieux. Denis, La Fondation de V Empire allemand, 1852-1871 , Paris, 1906, in-8,.ne touche qu'à peine aux questions qui nous occupent (pp. 514-520). Il parle surtout des cessions territoriales et du rôle de Thiers dans la négociation des préliminaires.
L’ouvrage consciencieux et attachant que Paul Matter vient d’achever, intitulé : Bismarck et son temps, Paris, 1905-1908, 3 vol. in-8, ne pouvait manquer de réserver la place qui leur était due aux tractations qui eurent pour point de départ nos défaites des années 1870-1871. Les chapitres VII, VIII, X du tome III, pp. 226-260, 271-282, 348-358, 368-376 sont consacrés pour une grande part à l’armistice, aux préliminaires, au traité de Francfort, au paiement de l'indemnité de guerre, à la libération du territoire. La narration forte et vive s’appuie sur une documentation abondante empruntée aux meilleures sources, allemandes et françaises.
Il m'a paru inutile de compléter cette liste des livres français par l'indication des articles parus dans nos Revues. Il n'y a guère que des périodiques spéciaux qui aient touché à ces questions et encore ne les ont-ils jamais abordées d'ensemble. La Revue des Deux- Mondes n'a rien donné, en dehors des articles de Mazade, sur les sujets qui nous intéressent. Les articles publiés par elle en 1871 et dans les années suivantes, ou bien traitent de la politique générale, ou bien sont consacrés à la condition de l'Alsace-Lorraine après l'annexion, ou encore à l'état des départements français pendant la période des hostilités, et aux procédés financiers proposés pour le paiement de l'indemnité de guerre. Elle n'a donné aucune étude sur les négociations et sur les accords si importants qui les ont suivies.
Quant à la bibliographie des ouvrages parus en Allemagne, l'observation que j'ai faite dans l'Introduction trouve ici de nouveau sa place. Le lecteur curieux d'indications un peu plus amples sur la littérature de provenance allemande
pourra se reporter soit à la bibliographie donnée par Sorel dans les appendices de son tome II, pp. 435-439, soit aux ouvrages de bibliographie générale cités plus haut.
Au surplus, la révision qui précède ne vise pas à être complète. Je la présente comme un choix plutôt que comme un catalogue. Certaines omissions y sont parfois volontaires. Elles seront réparées dans les notices bibliographiques spéciales qui terminent chacun des chapitres.