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L’ÉTENDUE DES ANNEXIONS TERRITORIALES

L'annexion était, dès la première heure, dans les desseins de l'Allemagne. Mais jusqu'où iraient ses prétentions? Elle n'attendit pas qu'on discutât de la paix pour se poser la question, ni même pour la résoudre. Les Allemands ne laissent rien au hasard. Leurs plans sont toujours concertés, préparés de longue date, soigneusement et minutieusement mûris. L'Allemagne n'est pas le pays des improvisations.

Après les batailles du milieu d'août remportées sous Metz, avant la défaite de Sedan, en septembre, avant l'investissement complet de Paris, plus tard lorsque le succès s'affirma chaque jour plus certain et ne fut plus qu'une affaire de patience, le chancelier paraît s’être fixé des limites qu'il ne dépasserait pas. A certains, observateurs superficiels ou imparfaitement informés, ses projets ont pu paraître hésitants et mal assurés; en réalité, ils n'ont jamais varié. Toujours il a réclamé l'Alsace entière, Metz et presque tout le département de la Moselle, avec, en plus, la portion du département de la Meurthe que nous avions continué imprudemment d’appeler la Lorraine allemande. Tel était le maximum de ses exigences territoriales. Tel il fut au début, tel il demeura, toujours identique, lors des négociations infructueuses nouées au cours de la lutte, tel il se révéla officiellement lors du débat définitif.

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Bismarck ne Ta laissé ignorer à personne. Les déclarations qu’il faisait ou laissait faire, les actes émanant des autorités militaires ou civiles, les mesures prises dans les pays occupés, destinés dans sa pensée à devenir allemands, tout prouve un programme prémédité, une préparation consciente et calculée qui n’attendait plus que l’événement. La remarque en fut faite presque immédiatement après la cessation des hostilités (1). Néanmoins, des polémiques acerbes s’élevèrent à ce propos entre les partis. Les adversaires des républicains prétendaient que la continuation de la lutte après le 4 septembre avait coûté plus cher à la France et qu’en traitant à ce moment, nous aurions obtenu de meilleures conditions territoriales. De bonne heure, pourtant, les historiens impartiaux dissipèrent les doutes et firent voir que les prétentions de l’Allemagne s’étaient révélées dès ses premiers succès, qu’elle n’avait fait que les maintenir par la suite et que notre résistance ne les avait pas accrues (2). La démonstration, toutefois, mérite qu’on la reprenne. A la distance où l’on est maintenant des événements, on peut la présenter de façon plus coordonnée et la fortifier de quelques preuves nouvelles.

Le 14 août 1870, un ordre de cabinet du roi de Prusse, daté du quartier général de Herny, créait un gouverneur général de l’Alsace chargé d’administrer les territoires alsaciens déjà- occupés. Le comte de Bismarck-Bohlen était investi de cette fonction (3). En même temps était constitué un gouvernement général de Lorraine, comprenant les dépar-

(1) Discours de Varroy, député de la Meurthe, à l'Assemblée nationale, séance du 3 mars 1871. Villefort, t. II, p. 87.

(2) Voir notamment Sorel, Histoire diplomatique delà Guerre franco-allemande, 1. 1, II, passim. C'est également la conclusion à laquelle aboutit Denis, La Fondation de l’Empire allemand, Paris, 1906, in-8, pp. 514-518.

(3) Nouvelles officielles pour le Gouvernement général de l’Alsace, publiées à Haguenau, n° 1, 1er septembre 1870.

tements de la Meurthe, de la Moselle et de la Meuse. Nancy en était le siège désigné (1). Ce n’étaient là que des mesures d’ordre purement administratif, qui ne faisaient encore rien présager des projets de l’Allemagne. Mais, le 21 août, un autre ordre de cabinet, daté de Pont-à-Mousson, manifestait de la façon la plus claire les intentions annexionnistes des vainqueurs. Il était adressé au chancelier et décidait que les arrondissements de Sarrebourg, Château-Salins, Sarreguemines, Metz et Thionville seraient séparés de la circonscription administrative du gouvernement de la Lorraine, pour être rattachés à celle du gouvernement général de l’Alsace (2). La pensée était bien claire. Deux arrondissements du département de la Meurthe (Sarrebourg et Château-Salins) et trois de celui de la Moselle étaient distraits de leurs départements respectifs, pour être adjoints aux deux départements alsaciens. Une Alsace agrandie était constituée aux dépens de la Lorraine diminuée. L’arrondissement de Metz notamment était englobé dans le gouvernement d’Alsace.

Le 30 août, le gouverneur général d’Alsace faisait connaître aux habitants cette organisation nouvelle. Il déclarait dans sa proclamation que les territoires faisant partie du gouvernement d’Alsace étaient, par le fait même de l’occupation, « soustraits à la souveraineté impériale », au lieu et place de laquelle l’autorité des puissances allemandes était établie « dans les départements du Haut et du Bas- Rhin, ainsi que dans le nouveau département de la Moselle, comprenant les arrondissements de Metz, Thionville, Sarreguemines, Château-Salins et Sarrebourg (3) ». Ainsi se confirmait le projet d’adjoindre à l’Alsace reconquise les

(1) Das Reichsland Elsass-Lothringen, Strasbourg, 1898-1903, III. Theil, p. 596.

(2) Le texte est dans le n° 1 du 1er septembre 1870 des Nouvelles officielles pour le Gouvernement général de V Alsace. Voir, au surplus, la bibliographie du présent chapitre.

(3) Nouvelles officielles pour le Gouvernement général de V Alsace, n° 1, 1er septembre 1870. La proclamation est reproduite dans le n° 1 du Moniteur officiel du Gouvernement général de Lorraine, 8 septembre 1870.

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parties dites allemandes de la Lorraine et, par surcroît, Metz. Et l'on prenait soin de dire que ces territoires étaient soustraits à la souveraineté de l'Empire français, alors qu’il est de principe constant que l'occupation en cas de guerre suspend de fait seulement l'exercice des droits du gouvernement dont le territoire est envahi, mais n'anéantit pas sa souveraineté (1).

Rien de plus catégorique que ce langage dont les termes avaient dû être scrupuleusement pesés. Et, pour corroborer ces déclarations et décisions, déjà assez significatives, le gouverneur général de la Lorraine publiait de son côté un arrêté du 8 septembre, portant que la province de Lorraine comprenait : les arrondissements de Nancy, Toul et Lunéville, formant le département de la Meurthe, les départements de la Meuse et des Vosges, l’arrondissement de Briey (2). Ainsi, l’ancien département de la Meurthe était réduit de cinq arrondissements à trois, les deux autres étant attribués à l’Alsace. L’ancien département de la Moselle avait le même sort, mais avec aggravation, puisque, seul de ses arrondissements, celui de Briey restait affecté à la Lorraine. On dressait donc la carte administrative des pays de la Lorraine française. Mais pour ceux-là on ne parlait pas d’un changement de souveraineté. Après avoir indiqué les territoires qu’on se proposait de garder, on marquait ceux qu’on était disposé à rendre. Les observateurs sagaces ne s’y trompèrent pas (3). .

Après ces mesures administratives, qui donnaient un corps aux prétentions territoriales de l’Allemagne, la diplomatie pouvait entrer en scène. Deux circulaires des 13 et 16 septembre 1870, adressées de Reims et de Meaux par la chancellerie à ses agents à l’étranger, indiquaient à l’Eu-

(1) Voir, pour le principe, l'article de Lœning, cité dans la bibliographie du présent chapitre, pp. 626-627.

(2) Moniteur officiel du Gouvernement général de Lorraine, n° 1, du 8 septembre 1870.

(3) Lacroix, Journal d'un habitant de Nancy pendant l'invasion de 1870- 1871, Nancy, 1873, in-12,p. 129; Rothan, Rapport du 20 septembre 1870, dans L' Allemagne et l’Italie, t. I, pp. 101-102, 122-123.

rope que des cessions de territoires étaient nécessaires pour garantir T Allemagne contre les tentatives ultérieures du peuple français, puissant mais ennemi de la paix. Elles signalaient l'annexion de Strasbourg et de Metz comme pouvant seule assurer ce résultat et marquaient bien le •point jusqu'où l'Allemagne prétendait s'avancer si la victoire continuait à lui sourire (1). A Meaux, Bismarck eut l'occasion de répéter officieusement ces déclarations dans une conversation qu'il eut avec Sir Edward Malet, chargé par le gouvernement anglais de négocier avec lui une intervention en faveur de la France. Mais là, il se montra volontairement moins précis. Strasbourg et Metz lui paraissaient nécessaires, mais il n'était pas, disait-il, disposé à réclamer le reste de l'Alsace et de la Lorraine, pourvu, toutefois, que les pays ainsi laissés à la France ne pussent plus lui servir comme points d'appui dans une guerre future (2). Bismarck voulait amorcer la négociation avec le gouvernement de la Défense nationale avant de commencer le siège de la capitale. Sir Malet rapporterait ses propositions à Paris. Il l'y avait incité. L'apparente modération dont il faisait parade devant l'agent anglais était de bonne tactique. Il ne fallait pas effrayer ceux avec qui il voulait tenter de s'accorder.

Mais, peu de jours après, le 19 septembre, lors des entrevues de La Haute-Maison et de Ferrières, le chancelier se prononça plus nettement. Pressé d'indiquer quelles seraient ses demandes, pour le cas où le principe d'une cession territoriale serait admis, il mentionna « la formation d'un nouveau département de la Moselle, contenant les circonscriptions de Sarrebourg, Château-Salins, Sarreguemines, Metz et Thionville, comme un arrangement conforme à ses intentions ». De l’Alsace il fut à peine parlé, si ce n'est pour Strasbourg, « la clef de la maison », qu'il fallait de toute nécessité

(1) Extraits des deux circulaires dans Sorel, Histoire diplomatique de la Guerre franco-allemande, 1. 1, p. 333.

(2) Sir Edward Malet, Shifting scenes or memories of many men in many lands, Londres, 1901, in-8, chap. X, pp. 266-267.

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avoir, le reste des pays alsaciens devant revenir à T Allemagne par surcroît (1). C’était le maintien des réclamations telles qu’elles avaient été manifestées dès le 21 août. La circulaire de Bismarck aux agents diplomatiques de la Confédération auprès des gouvernements étrangers, datée de Ferrières le 27 septembre, faisait connaître officiellement à l’Europe jusqu’où l’Allemagne voulait aller (2). Dans sa réponse du 17 octobre, J. Favre reconnaissait l’exactitude de ces déclarations relatives à l’étendue des annexions projetées (3).

Metz, à ce moment, était encore étroitement bloquée. Déjà, pourtant, l’Allemagne la traitait en ville prise et réglait son sort en l’englobant, avec son arrondissement, dans les territoires qu’elle entendait garder. La place se rend le 27 octobre. Or, on lit dans l’appendice à la capitulation, relatif aux intérêts de la ville, article 7 : « Les archives, livres et papiers appartenant à l’État resteront en général dans la place et, au rétablissement deJa paix, tous ceux de ces documents concernant les portions de territoires restituées à la France feront retour aussi à la France (4). » Par là, on indiquait en termes voilés que l’ancien département de la Moselle devait rester pour la majeure partie entre les mains de l’Allemagne. Mais, pour dissiper tous les doutes, le Staats Anzeiger du 30 octobre, annonçant la reddition, écrivait que les armées allemandes « avaient conquis le plus fort boulevard pour la défense future de l’Allemagne du côté de l’ouest et la plus sûre garantie pour le maintien de la paix (5) ».

(1) Sorel, Histoire diplomatique de la Guerre franco- allemande, t. I, p. 353; J. Favre, Gouvernement de la Défense nationale, t. I, pp. 165-166, 427-428; d’Heylli, Jules Favre et le Comte de Bismarck, Paris 1870.

(2) La circulaire a été publiée pour la première fois dans le North german Correspondant. Dès le 7 octobre 1870 elle était reproduite par le Moniteur officiel du Gouvernement général de Lorraine. On la trouvera aussi dans d'Heylli, op. cit., p. 40.

(3) D'Heylli, op. cit., pp. 46, 47.

(4) Villefort, t. ï, p. 300.

(5) Roth an. Rapport du 30 octobre 1870, dans V Allemagne et V Italie, t. I, p. 244; Sorel, op. cit., t. II, pp. 62-63.

C'était l'heure précisément où Thiers débattait à Versailles, sans succès, les conditions d'un armistice. S’il fut parlé de cessions territoriales éventuelles, ce ne fut qu'accessoirement et lorsque, déjà, toute chance d'aboutir à l'armistice s'était évanouie. Thiers raconte qu'il rapporta de cette conversation l'impression qu'à ce moment les conditions eussent été moins dures que par la’ suite, que si l'Alsace et une partie de la Lorraine devaient être sacrifiées, Metz, du moins, eût pu être sauvée (1). Mais, eût-on, dans ce cas, obtenu Belfort? N'est-il pas probable qu'ici, encore une fois, comme avec Malet, Bismarck avait intérêt à faire montre de modération et à ne pas étaler toutes ses exigences ? D’ailleurs, il sentait la négociation d'armistice plus que compromise. Il ne risquait donc pas d'être pris au mot en faisant mine de réduire ses prétentions et il se réservait de la sorte la possibilité de les produire plus tard avec toute leur ampleur en invoquant la prolongation de la lutte. Au surplus, le parti militaire ne paraissait guère disposé à céder sur Metz (2). Et il le prouva. Ce fut, en effet, à cette date que l'État-major allemand traça sur la carte du gouvernement général d'Alsace, publiée à Berlin en septembre 1870, le « liseré vert » qui marquait la nouvelle frontière (3). Or, il n'y fut apporté aucun changement lors des préliminaires (4). Dès ce moment, Metz et ses environs s'y trouvaient englobés.

(1) Thiers, Notes et Souvenirs, pp. 95-96, plus complet et plus explicite sur ce point que dans sa déposition dans Y Enquête parlementaire sur le gouvernement de la Défense nationale ( dépositions des témoins, t. I, p. 27).

(2) En ce sens, Karl Jacob, Bismarck und die Erwerbung Elsass-Lothringens, Strasbourg, 1905, in-8.

(3) Làussedàt, La Délimitation de la frontière franco-allemande, p. 24, raconte qu'à Bruxelles, le lieutenant allemand Liebenow, topographe, lui rapporta qu'il avait tracé la « ligne verte » dès la fin d'octobre, sous la direction de Moltke, aussitôt après la nouvelle de la capitulation de Metz, et qu'on n'y a rien changé le jour de la signature des préliminaires.

(4) L'article 1 des préliminaires porte : « La frontière telle qu'elle vient d’être décrite se trouve marquée en vert sur deux exemplaires conformes de la carte du territoire formant le gouvernement général d’Alsace, publiée à Berlin en septembre 1870 par la division géographique et statistique de l'État-major général. »

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Mais ce n’était pas assez pour l’Allemagne d’annoncer ainsi ses projets. Elle voulut passer à la réalisation et prouver par des mesures non équivoques son ferme dessein de considérer immédiatement comme siens ceux des pays occupés qu’elle s’était par avance attribués. C’est dans cet esprit qu’on la voit préluder, durant les hostilités, à une orgaganisation administrative de l’Alsace et de la portion de la Lorraine qu’elle entendait conserver.

Déjà, le 23 août 1870, un avis du général de Werder, commandant le corps de siège devant Strasbourg, annonçait en allemand aux fonctionnaires que l’autorité du gouvernement français était, quant à l’Alsace, désormais supprimée (1). Toutefois, on ajoutait que les divers organes de l’administration française, préfectures, sous-préfectures, mairies, resteraient en exercice, avec obligation d’exécuter les ordres du général. Cette annonce était, dans son incorrection, caractéristique. L’occupation, on l’a déjà fait observer, n’a pas pour effet de détruire l’autorité de l’État dont le territoire est envahi. Elle est un obstacle de fait à son exercice. Mais on tenait à dire plus, à aller au delà, pour bien marquer aux populations alsaciennes qu’elles devaient renoncer à toute espérance et que c’en était fini de l’autorité française. On le répéta. Le 30 août, dans sa proclamation datée de Haguenau, le gouverneur général de l’Alsace déclarait que les territoires occupés « se trouvaient soustraits à la souveraineté impériale (2) ». Il le redit non moins nettement, après la prise de Strasbourg, en prenant possession du siège de son gouvernement, le 8 octobre : la ville, par suite de la mise à l’écart de l’autorité française, est de nouveau unie à la patrie allemande, et désormais

(1) « Die Autoritât der franzosischen Regierung wird für das Elsass ausser Kraft gesetzt », Les Murailles d’ Alsace- Lorraine, Paris, 1874, in-4, p. 226.

(2) Nouvelles officielles pour le Gouvernement général de l’ Alsace, n° 1, 1er septembre 1870.

elle sera et restera une ville allemande (1). Cette fois, ce n’est plus la parole d’un chef militaire, peu habitué à peser ses termes. C’est le langage officiel d’un administrateur civil.

Aux paroles viennent se joindre les actes. La composition du gouvernement général d’Alsace est révélatrice. La division française en départements est conservée. Les départements du Haut et B as- Rhin subsistent. Toutefois, ce dernier est agrandi, par ordre du roi de Prusse du 7 novembre 1870, d’une partie des deux cantons de Schirmeck et Saales, soustraite au département des Vosges. Ce pays, en effet, formant la vallée supérieure de la Bruche, court au pied de la ligne de faîte des Vosges, mais du côté alsacien. Il avait une importance stratégique considérable, car de là partent deux routes qui, passant par les cols du Donon et de Saales, assurent un débouché facile tant dans la plaine lorraine que dans le cœur du département des Vosges. C’en était assez pour que l’Ëtat-major en réclamât l’adjonction aux pays dont il préparait l’annexion jusque dans les moindres détails (2). Aux départements rhénans on ajoutait un département de formation nouvelle, celui de la Lorraine allemande, composé des arrondissements de Metz, Sarreguemines, Thionville, Château-Salins et Sarrebourg.

A la tête de chaque département on maintient un préfet. Mais l’étendue des sous-préfectures est restreinte et leur nombre, par suite, est augmenté. Le nom de ces circonscriptions administratives est d’ailleurs transformé. On les appelle des cercles, Kreise , et le fonctionnaire chargé de les diriger devient un Kreisdirector (3). Chacun des départements ne forme pas une unité isolée, comme du

(1) Nouvelles officielles pour le Gouvernement général de V Alsace, n° 10, 13 octobre 1870.

(2) Avis du préfet du Bas-Rhin du 7 décembre 1870, dans la Strassburger Zeitung du 11 décembre 1870; Arrêté du gouverneur général de la Lorraine, 12 décembre 1870, dans le Moniteur officiel du Gouvernement général de la Lorraine, 21 janvier 1871.

(3) Lœning, Revue de Droit international et de Législation comparée, 1872, p. 639, cite les ordonnances des 11 décembre 1870, 11 et 24 janvier 1871, pour la division du Bas-Rhin en cercles.

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temps de Padministration française. Entre eux, il y a un certain lien de connexité, parce qu'à eux tous ils constituent un groupement territorial auquel on veut conférer une existence à part. C'est pourquoi, au sommet de la hiérarchie on place un gouverneur général, représentant de l'Allemagne, investi de tous les pouvoirs, militaires et civils, avec, à côté de lui, un commissaire civil. Bref, l'Allemagne revient de propos délibéré à l'idée rejetée par la Révolution : elle rétablit l'ancienne province.

Il est vrai qu'au même moment, elle procédait de la même manière dans les autres parties du territoire envahies pas ses armées. On avait créé d'autres gouvernements généraux, celui de Lorraine, celui de Reims, on allait créer celui du nord de la France. Mais, vis-à-vis de celui de l'Alsace et de la Lorraine allemande, l'Allemagne adoptait une ligne de conduite particulière qui faisait présager le sort qui leur était réservé. C'est ainsi que, fin octobre, lors des négociations avec Thiers pour l'armistice, comme il était question de convoquer une assemblée, Bismarck fit des difficultés pour donner à l'Alsace et à la Lorraine allemande la pleine liberté d'élire des représentants. Tout au plus consentait-il à ce que ces pays fussent représentés par des notables choisis par le gouvernement français (1). Le prétexte mis en avant était qu'il fallait éviter une agitation électorale dans ces pays. Mais le fait de ne pas les traiter comme le reste de la France révélait sa pensée secrète. Pour lui, ils n'avaient plus la capacité électorale française. Par contre, l'Allemagne essayait de s'attirer la sympathie des populations en renvoyant de captivité les gardes mobiles alsaciens et ceux de la Lorraine allemande, à condition de ne pas porter les armes contre les armées allemandes (2). Presque en même temps, un ordre du roi de Prusse prescrivait de réunir dans des garnisons particulières, à Juliers notamment, les prisonniers français de

(1) Thiers, Notes et Souvenirs, pp. 77, 80.

(2) Avis du préfet de la Lorraine allemande. Comte Henckel Donnersmarck, du 28 novembre 1870, dans Les Murailles d’ Alsace- Lorraine, p. 104.

langue allemande, de façon à améliorer autant que possible leur situation (1).

Ce n'était pas seulement les militaires ou leurs familles qu'on s'efforçait de gagner à la cause allemande. On cherchait à se ménager les industriels, en rapportant, dès septembre, la défense d'importer des charbons en France, et en organisant l'introduction des charbons allemands en Alsace en rendant les canaux praticables à la navigation dans toute l'étendue du territoire alsacien. Guidé par les mêmes vues d'avenir, soucieux de conserver intact le riche domaine forestier qui allait lui échoir, le gouvernement d'Alsace se gardait bien de se livrer, comme en Lorraine, à des coupes irrégulières et abusives. Il exploita en bon père de famille (2). Les faveurs, il est vrai, n'allaient pas toujours sans des charges. Les trois départements alsaciens- lorrains n'étaient pas exempts de réquisitions. Mais on faisait pressentir qu'elles seraient remboursées par l'Allemagne (3). Quand, en décembre 1870, on imposa à tous les habitants des départements occupés une contribution extraordinaire de 25 francs par tête, elle ne fut réclamée que bien plus tard, le 20 février 1871, dans le gouvernement d'Alsace et presque immédiatement, on cessa de la percevoir.

Par ces tempéraments et cette mansuétude, on essayait de pallier les tentatives qu'on faisait d'autre part. Les grands services publics auxquels la guerre n'apporte pas d'interruption étaient réorganisés un à un selon le plan allemand. Le personnel était désigné (4). De bonne heure, on avait songé à la poste. Un ordre royal de Reims, du 12 octobre, avait décidé que le service postal dans « toute l'étendue du

(1) Moniteur officiel du Gouvernement de la Lorraine du 29 novembre 1870, et Moniteur officiel de Seine-et-Oise du 1er décembre 1870.

(2) Ces agissements sont constatés par Lœning, dans la Revue de Droit international et de Législation comparée, 1873, pp. 103, 104, 115. Et il en comprend très bien la raison : « Dès le début, on eut l'intention d'acquérir la province à la conclusion de la paix. »

(3) Lœning, Revue précitée, 1872, p. 647.

(4) « Uebersicht des bei der Civilverwaltung im Elsass und Deutschlothringen besch&ftigten Personals », dans la Strassburger Zeitung des 11, 14-17, 21-23, 27, 29 décembre 1870.

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gouvernement général de l'Alsace et de la Lorraine allemande sera organisé définitivement par l'administration des postes de la Confédération de l'Allemagne du Nord (1) ». En exécution de l'ordre de Reims, une direction supérieure des postes pour la Lorraine allemande était organisée le 16 octobre, avec siège provisoire à Nancy. Mais après la chute de Metz, le siège de la direction est transporté dans cette ville (2). Enfin, une décision du commissaire civil en Alsace, du 16 décembre 1870, destitue tous les employés français des postes dans l’Alsace et la Lorraine, à moins qu'ils n'aient reçu une nouvelle investiture de la direction supérieure de la poste à Strasbourg ou à Metz. Après les postes, ce sont les finances. Une circulaire du commissaire civil, du 14 octobre 1870, réorganise l'administration financière sur un plan tout différent de celui qu'avait établi la France. On fait de même pour les forêts (3).

Quant aux écoles, elles avaient non moins vivement sollicité l'attention du gouvernement, désireux de procéder au plus tôt, sur ce terrain qu'il croyait favorable, à l'œuvre de germanisation. Dès le 21 septembre, le commissaire civil se substitue au ministère français de l'instruction publique et soustrait les écoles à l'autorité des recteurs des académies de Strasbourg et de Nancy (4). Le 30 décembre, le même haut fonctionnaire ordonne la réouverture, pour le 3 janvier 1871, de l'école normale d'institutrices et de directrices de salles d'asile protestantes, avec une organisation applicable à l’Alsace et à la Lorraine et un programme d'études qui réduit le français au rang de langue accessoire (5). Enfin, ailleurs qu'à l'école, on s'essayait à supprimer la langue française. Le journal Les Nouvelles officielles pour le Gou-

(1) Nouvelles officielles pour le Gouvernement général d'Alsace du 21 septembre 1870.

(2) Strassburger Zeitung des 22 octobre et 11 novembre 1870.

(3) Strassburger Zeitung des 21 décembre, 23 octobre, 6 décembre 1870.

(4) Nouvelles officielles pour le Gouvernement général de l'Alsace, 24 septembre

(5) Strassburger Zeitung, 30 décembre 1870. Le programme n'admet à côté de la langue allemande que « die Anfangsgründe der franzôsischen Sprache ».

vernement général de V Alsace annonçait, le 2 octobre 1870, que désormais la partie officielle paraîtrait exclusivement en allemand et, le 7 décembre 1870, un avis du gouverneur de Metz prescrit d'avoir à se servir de la langue allemande pour les pétitions adressées aux autorités, sous peine de voir la requête laissée sans réponse (1).

r Ces faits étaient trop concluants, trop nombreux, trop concordants pour ne pas avoir de bonne heure éveillé l'attention des observateurs intelligents et suscité dans les milieux politiques des inquiétudes assurément bien légitimes. Avant même que les hostilités eussent commencé, un de nos agents diplomatiques, un de ceux qui avaient le mieux pénétré les desseins politiques de la Prusse, avertissait notre Office des affaires étrangères du danger que nous courions de perdre, en cas d’insuccès, nos provinces de l'Est. Après les premiers désastres, les avertissements de Rothàn se succèdent de plus en plus positifs et précis. Le sort de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine n'est plus douteux. L’Allemagne les veut garder irrévocablement. Si quelque hésitation se trahit encore dans le langage de la presse inspirée sur l'étendue des annexions, c’est qu'on n'a pas encore décidé à qui attribuer ces conquêtes. On craint d'éveiller les convoitises et les appétits rivaux des alliés de la Prusse, de retomber dans les dissensions et les fautes de 1815. Ainsi s'explique la demi-obscurité que Bismarck laisse planer volontairement sur la portée de ses plans annexionnistes. Mais voici qu'on a trouvé la solution élégante, la combinaison ingénieuse, qui consiste à faire de ces pays une terre d'Empire, un Reichsland (2). De la sorte, on

(1) Les Murailles d' Alsace- Lorraine, p. 97, avis du gouverneur von Lœwenfeld.

(2) Déjà un article de la Gazette de Spener, reproduit dans une correspondance de Berlin du 28 septembre, met en avant l'idée de faire de l'Alsace et de la

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ne risque de mécontenter personne, puisqu'on associe tout le monde à la conservation et à la défense des territoires conquis par les efforts combinés de tous. Notre ministère des affaires étrangères en est avisé dès la première heure (1). Et son agent, toujours perspicace, dégage les conséquences de cette résolution. Le programme arrêté de longue date peut être repris. On ne s'arrêtera pas devant l'objection tirée de la différence des nationalités. Ce n’est pas l’Alsace seule, avec la Lorraine dite allemande, qui seront annexées. Les considérations stratégiques, les exigences du parti militaire l'emportent : Metz et les principaux districts de la Moselle, bien que n'étant pas de langue allemande, sont voués au même sort que le reste (2).

Gomment admettre dès lors l'assertion de nos négociateurs prétendant qu'au moment de traiter ils ignoraient les conditions territoriales de la paix? Que toutes le» déclarations et surtout les actes du gouvernement allemand aient échappé à Jules Favre enfermé dans Paris, on peut à la rigueur se l'expliquer. Mais il en était sorti après l'armistice, il était allé à Bordeaux, il avait pu revoir Chaudordy, le délégué de province aux affaires étrangères (3). Quant à Thiers, demeuré libre de se renseigner, il n'avait pas, comme Favre, l'excuse de l'ignorance obsidionale. Pourtant il arrivait à Versailles mal armé pour discuter utilement, terrifié par les revendications volontairement exagérées de certains publicistes allemands, ne sachant pas au juste jusqu'où Bismarck voulait aller, redoutant les pires solutions, les exigences les plus insensées, croyant qu'avec

Lorraine ein reichsunmittelbares Vorland. Le même projet est indiqué avec une non moins grande précision dans Gustav Lenz, Die alten Reichslande Elsass und Lothringen, Greifswald, 22 novembre 1870, pp. 56, 65-67. Voir également un article de la^trassburger Zeitung du 11 décembre 1870.

(1) Rothan, Rapport du 24 septembre 1870, dans U Allemagne et l’Italie, t. I, pp. 12*2-123.

(2) Rothan, Rapports des 14 juillet, 20, 24, 27 septembre 1870, dans L’Allemagne et l’Italie, t. I, pp. 22, 23, 101, 102, 122, 123, 132, 134, 135.

(3) Favre reconnaît qu'en quittant Versailles, après l'armistice, il n'avait aucune idée des conditions qu’on nous imposerait, Gouvernement de la Défense nationale, t. III, pp. 49, 51.

l’Alsace, on allait lui demander la Lorraine tout entière (1). C’était se présenter à la négociation dans de fâcheuses dispositions d’esprit. Un pessimisme plus clairvoyant eût été nécessaire.

Le chancelier signifia ses prétentions. Rien n’était changé au programme dont la formule se trouvait inscrite, dès le 21 août 1870, dans l’ordre de cabinet de Pont-à-Mousson, délimitant le gouvernement général d’Alsace. On exigeait les deux départements du Rhin tout entiers et le nouveau département de la Moselle avec Metz. La Lorraine dite française devait nous rester. On peut croire que Thiers ne savait pas ou qu’en tout cas il ne vit pas avec sa lucidité coutumière qu’il y avait là un maximum de demandes susceptible d’être réduit. Sans doute, il protesta avec véhémence et discuta par devoir (2). Mais comme il redoutait des sacrifices plus considérables, pressé de mettre fin à une lutte dont il estimait la continuation impossible, il céda plus facilement qu’il n’eût fallu, regardant comme une chance inespérée la modération apparente de l’Allemagne. Il fit partager à Favre, à la commission de l’Assemblée, cette conviction erronée. « Nous avions craint de perdre toute la Lorraine, écrit Favre, nous en conservions la majeure partie (3). » Nos négociateurs se contentaient de ce qu’on n’avait jamais eu l’intention sérieuse de nous prendre. De la Lorraine, on nous enlevait cinq arrondissements, comprenant 768 communes avec 534.944 habitants (4). Nous perdions Metz que peut-être on eût pu sauver au prix d’un démantèlement. Mais Thiers, qui sentait qu’il fallait un effort, le fit porter du côté de l’Alsace. Là il fut plus heureux. Son énergie, sa ténacité, nous valurent de ressaisir Belfort.

(1) Favre, op. cit., t. III, p. 90, où il raconte les impressions de Thiers pendant son voyage de Bordeaux à Versailles.

(2) Thiers, Notes et Souvenirs, pp. 116, 118, 119, 121, 123, 124.

(3) Favre, op. cit., t. III, p. 93, et Thiers, op. cit., p. 121 : « Nous conservions la plus grande partie de la Lorraine, mais Metz était perdu ».

(4) Villefort, t. II, p. 507.

l'étendue des annexions territoriales 101

Sorel, Histoire diplomatique de la Guerre franco-allemande, t. I, pp. 209, 273-275, 277, 281, 327, 328, 333, 353; t. II, pp. 10, 15, 18, 62, 70, 205, 227, 228, fournit les preuves des projets allemands concernant l'étendue des annexions. Sa démonstration, convaincante et sérieusement appuyée, a pu être complétée dans le présent chapitre grâce à des documents qu'il n'a pas connus ou n'a pu se procurer. De ce nombre sont, avant tout, les actes officiels ou articles insérés dans les journaux publiés pendant la guerre par les gouvernements généraux d'Alsace et de Lorraine : 1° Nouvelles officielles pour le Gouvernement général de V Alsace (onze numéros parus à Haguenau, la suite à Strasbourg sous le titre : Strassburger Zeitung und amtliche Nachrichten fur das general Gouvernement Elsass) ; 2° Moniteur officiel du Gouvernement général de Lorraine (du 8 septembre 1870 au 28 mars 1871). On y joindra les documents reproduits par Les Murailles d’ Alsace- Lorraine, Paris, 1874, in-4.

Pour les mesures d'administration prises dans le gouvernement général d'Alsace au cours de la guerre, en vue de préparer l'annexion, on se référera, en même temps qu'aux publications officielles susdites, à deux articles de Lœning, professeur à l’Université de Strasbourg, dans la Revue de Droit international et de Législation comparée, 1872, pp. 622 et suiv.; 1873, pp. 69 et suiv. On lira aussi avec intérêt : Alb. Dumont, U Administration et la Propagande prussiennes en Alsace, Paris, 1871, in-12; Ramb aud, « La Lorraine sous le régime prussien », Revue des Deux- Mondes, 1er mars 1871, pp. 138-177; Mézières, « La Lorraine pendant l'armistice », Revue des Deux- Mondes, 1er mars 1871, p. 85.

L'ordre de cabinet adressé de Pont-à-Mousson au chancelier le 21 août 1870 est un document capital, tant par sa date que par son contenu. Il fut publié en deux langues, comme tous les avis officiels, par les Nouvelles officielles pour le Gouvernement général de V Alsace, n° 1, du 1er septembre 1870. Le texte français ne mentionne pas l'arrondissement de Metz parmi les arrondissements lorrains séparés du gouvernement général de Lorraine et réunis à celui d'Alsace. Mais cette omission n'a rien de prémédité. Elle est le résultat d'une erreur matérielle, car le texte allemand mentionne l'arrondissement de Metz. Il s'exprime ainsi : « Auf ihrem Yortrag bestimme Ich hierdurch dass die Arrondissements Saarburg, Château- Salins, Saargemünd, Metz

und Thionville, von den Verwaltungs-Bezirken des General-Gouvernements in Lothringen getrennt und dem General-Gouvernement im Elsass zugewiesen werden. » U Indépendance belge du 7 septembre 1870, reproduisant l’ordre du 21 août, ne donnait que la version française où Metz ne figure pas. Mais il n’y a pas à douter que l’arrondissement de Metz fut, dès le 21 août 1870, réuni au gouvernement général d’Alsace. Bismarck-Bohlen le constate dans sa proclamation datée de Haguenau le 30 août 1870, où il parle du nouveau « département de la Moselle comprenant les arrondissements de Metz », etc. ( Moniteur officiel du Gouvernement général de Lorraine du 8 septembre 1870). C’est, d’ailleurs, ce que précise à deux reprises l’ouvrage : Das Reichsland Elsass- Lothringen, Strasbourg, 1898-1903, 3 parties en 4 vol. in-8, III. Theil, Lothringen, p. 596, Elsass, p. 256, où on lit, à propos de la composition du gouvernement d’Alsace : « so waren diesem General- Gouvernement in Elsass von Anfang an die Gebiete unterstellt, welche das deutsche Reich durch den Pràliminarfrieden von Versailles... erworben hat. » Karl Jacob, dont l’opuscule, très riche en renseignements, est consacré au rôle de Bismarck dans l’annexion de l’Alsace-Lorraine, Bismarck und die Erwerbung Elsass-Lothr ingens, 1870-1871, Strasbourg, 1905, in-8, n’a pas manqué non plus de souligner l’importance de l’ordre de cabinet du 21 août; voir pp. 33-35 et note 22.

Il y a une carte de Kiepert, datée de 1870, sans indication de mois, intitulée : Specialkarte der deutsch-franzosischen Grenzlànder, mit Angdbe der Sprachgrenze. C’est la carte de la. frontière des langues. L’éditeur annonçait, pour paraître ultérieurement, la carte de l’Alsace et de la Lorraine d’après leurs divisions actuelles. Elle parut, en effet, datée de Berlin 1870, sans indication de mois. Elle porte comme titre : Elsass und Lothringen nach ihrer gegenwàrtigen Eintheilung seit der deutschen Besitzergreifung, et contient les deux gouvernements d’Alsace et de Lorraine. Celui d’Alsace comprend tout le Haut-Rhin avec Belfort, le Bas- Rhin, le nouveau département de la Moselle englobant Metz et ses environs avec, par exemple : Gravelotte, Mars-la-Tour, Xonville, Gorze, Novéant, Corny. Un liseré carmin cerne les contours du gouvernement d’Alsace, un liseré vert clair ceux du gouvernement de Lorraine qui lui est contigu. Le liseré vert clair marque donc la ligne séparative des pays qu’on annexera et de ceux qu’on laissera à la France.

Pouvait-on obtenir des Allemands qu’ils renonçassent à Metz? Hanotaux, Histoire de la France contemporaine, t. I, pp. 111 et suiv., sur la foi de renseignements qui viennent de l’entourage

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